Fonds Talleyrand, Auguste de

Fonds Auguste de Talleyrand
[Ca 1795-ca 1830]
Bibliothèque nationale de France (BnF). Département de la Musique. Paris
Les oeuvres vocales sont majoritairement en français, celles composées ou copiées jusque vers 1800 sont en italien, parfois en dialecte vénitien.
1,2 mètre linéaire.

Présentation du contenu

Le fonds faisait partie d'une collection musicale beaucoup plus vaste (environ 12 mètres linéaires), dite "bibliothèque musicale Talleyrand", rassemblant de la musique imprimée et manuscrite ayant appartenu principalement à Auguste de Talleyrand et à sa mère Louise-Fidèle de Saint-Eugène de Montigny, baronne de Talleyrand ; certaines pièces sont toutefois entrées à la suite du mariage d'Ernest de Talleyrand-Périgord, fils aîné d'Auguste, avec Marie-Louise de Mortefontaine.

Le fonds Auguste de Talleyrand acquis par la BnF contient exclusivement de la musique manuscrite, presque exclusivement vocale. Plusieurs oeuvres figurent à la fois sous forme de partition, généralement autographe, et de matériel d'exécution non autographe. L'ensemble du fonds était considéré par le vendeur comme étant l'oeuvre de Talleyrand, mais un examen plus approfondi a permis d'attribuer plusieurs oeuvres à d'autres compositeurs.

Seuls les manuscrits autographes de l'opéra I gemelli di Bergamo et de la cantate Le monache a matutino sont signés. Les autres oeuvres attribuables à Talleyrand, toutes vocales (dramatiques ou non), sont pour la plupart d'une veine comique. Certaines existent en plusieurs versions (jusqu'à quatre pour le trio vocal Aimons, aimons quand tout nous y convie). Quelques morceaux sont utilisés, avec ou sans remaniements, dans deux oeuvres. À part l'opera buffa La costanza castigata , les oeuvres dramatiques de Talleyrand, pour la plupart situées dans un cadre paysan, réutilisent des livrets ou comédies antérieurs à la Révolution, avec des modifications plus ou moins importantes, peut-être dues au compositeur, et en les transformant au besoin en opéras-comiques. Dans ses oeuvres non dramatiques, il met fréquemment en musique des auteurs liés au théâtre du Vaudeville, mais aussi des poètes ou dramaturges nettement plus anciens, comme Antoinette Des Houlières, Charles Du Fresny ou Jean-Joseph Vadé. L'orchestration des oeuvres datables de sa résidence en Suisse se caractérise par la présence de deux altos. Les parties de piano des oeuvres vocales sont rarement très élaborées.

Certaines oeuvres ont été considérées comme anonymes en l'absence tant d'un manuscrit autographe que de raisons pour les attribuer à Talleyrand : ainsi, la musique du vaudeville La vallée de Barcelonnette ou Les deux ermites utilise bien les timbres prescrits dans le livret, alors que Talleyrand n'utilise jamais de timbres. Certaines canzonette vénitiennes copiées par Talleyrand, tant sur feuilles volantes que dans le volume RES VMC MS-156, ont des concordances dans d'autres sources et il est donc peu probable qu'elles soient de lui.

Les manuscrits sont difficiles à dater précisément, mais l'origine géographique des papiers utilisés, éventuellement complétée par le contenu (par exemple la date de publication des textes mis en musique) permet en général de les assigner à une des périodes de la vie de Talleyrand. Onze manuscrits se rattachent à la période italienne (avant 1800), onze autres sont notés sur des papiers français et datent donc probablement d'avant 1808, mais les papiers fabriqués en Suisse sont les plus nombreux (29 manuscrits). Enfin, sept manuscrits n'ont pas de filigrane ou n'en présentent qu'un fragment de motif ne permettant pas d'en définir l'origine avec certitude, l'Italie étant toutefois exclue dans tous ces cas.

Biographie ou histoire

Augustin-Louis de Talleyrand-Périgord, plus tard connu sous le nom d'Auguste de Talleyrand, naît à Paris le 19 février 1770. Son père, le baron Louis-Marie-Anne de Talleyrand-Périgord (1738-1799), nommé ambassadeur de France à Naples en 1785, est remplacé en 1791, mais restera dans cette ville avec sa famille jusqu'à sa mort. Sa mère, née Louise-Fidèle de Saint-Eugène de Montigny (1751-18..), est musicienne et compose.

Un recueil de travaux d'école (RES VMC MS-156) témoigne d'un séjour d'Auguste de Talleyrand à Venise vers 1796. À Naples, il reçoit probablement aussi l'enseignement de Giovanni Paisiello, qui est un familier des Talleyrand et dont la bibliothèque musicale Talleyrand contenait un grand nombre de manuscrits autographes ou non. C'est probablement à Auguste de Talleyrand que Paisiello dédie Riede omai la nuova aurora, Rob 2.19. "Augusto Talleyrand" compose ses premières oeuvres, dont deux opéras, avant de regagner la France avec sa mère en 1800.

Grâce à l'appui de son cousinCharles-Maurice de Talleyrand-Périgord, il est nommé chambellan du Premier consul Bonaparte et épouse en 1804 Caroline-Jeanne-Julienne d'Argy (1791-1847), alors âgée de seulement treize ans et héritière du château de La Ferté-Saint-Aubin. Devenu empereur, Napoléon 1er lui confie la surintendance de l'Opéra-Comique (1805-1807). Les jumeaux de Bergame , représentés à la cour impériale à Saint-Cloud le 3 mai 1806, semblent avoir été répétés mais non représentés à l'Opéra-comique.

En 1808, Auguste Talleyrand est nommé ambassadeur auprès du grand-duc de Bade (16 mars) puis de la Confédération helvétique (23 octobre). Les Autrichiens l'arrêtent et l'expulsent de Suisse en 1813, mais Louis XVIII le confirme dans le même poste en 1814. Il est par ailleurs admis à la Chambre des pairs le 17 août 1815. À côté de ses activités diplomatiques, où il réussit tant sous l'Empire que sous la Restauration à préserver les intérêts de la France tout en se faisant apprécier des Suisses, il s'implique dans la vie musicale, notamment à Berne. En 1817, la Bernische Musikgesellschaft choisit sur sa recommandation comme directeur musical le violoniste Franz Brath (1771-1847), qui sera cependant renvoyé l'année suivante. À Berne, Talleyrand fait représenter deux de ses opéras, respectivement pendant la saison 1817-1818 et le 3 mars 1821, et la Bernische Musikgesellschaft interprète le 28 décembre 1822 une ouverture dont il offre la partition à la Société. Il s'agit peut-être celle du Maréchal ferrant , dont le fonds Talleyrand contient un matériel séparé, mais pas de partition. Par ailleurs, l'opéra-comique Les vendangeurs semble avoir été représenté à Soleure. En tout, la moitié environ des manuscrits du fonds peut être datée de sa résidence en Suisse.

Rappelé en France en 1823, il publie l'année suivante une brochure politique contre le nouveau mode de renouvellement de la Chambre des députés. Toujours en 1824, il acquiert de Gabriel-René Bocher le château de Breuilpont (Eure). Ayant refusé de prêter serment à Louis-Philippe après la révolution de juillet 1830, il s'exile en Italie, où il meurt le 20 octobre 1832, semble-t-il à Milanino (commune de Luisago), ou selon d'autres sources à Milan.

Historique de la conservation

Après la mort d'Auguste de Talleyrand, la bibliothèque musicale Talleyrand a été conservée par ses descendants au château de Breuilpont. Le musicologue polonais Albert Sowiński dit avoir été chargé par Louis de Talleyrand-Périgord, fils d'Auguste, d'en rédiger le catalogue.

Elle a été vendue à Paris le 4 avril 2006 en un seul lot.

Informations sur les modalités d’entrée

Achat auprès de Musikantiquariat Dr. Ulrich Drüner, Stuttgart (ACQ PAT-MUS-2007-5).

Caractéristiques matérielles et contraintes techniques

Nombreuses annotations au crayon d'Ulrich Drüner, notamment des identifications de titres.

Documents séparés

Parmi les autres documents ayant fait partie de la bibliothèque musicale Talleyrand, la collection de manuscrits de Paisiello se trouve à présent à

, de même qu'une collection de musique pour harpe ayant appartenu à la baronne de Talleyrand. D'autres documents ont été acquis par la bibliothèque de la Gesellschaft der Musikfreunde à Vienne.

Sur la bibliothèque musicale Talleyrand

Beaussant-Lefèvre. Photographies, livres, autographes & souvenirs, bibliothèque musicale Talleyrand... bibliothèque maurrassienne... architecture & beaux-arts : vente, Paris, Drouot Richelieu, salle 4, 6 avril 2005. Paris : A. Nicolas : P.-M. Richard, [2005], lot 88.

Sur Auguste de Talleyrand compositeur

Musikantiquariat Dr. Ulrich Drüner. La collection des compositions musicales d'Auguste de Talleyrand, cousin du "grand " Talleyrand. Stuttgart : U. Drüner, [2006 ?].

Informations sur le traitement

Fonds empoussiéré, présentant des traces suspectes, qui a fait l'objet d'analyses laboratoire (RIL 2014-083) et d'un dépoussiérage approfondi.

Classement

À l'intérieur de chaque série, les manuscrits ont été classés par grandes catégories (Musique dramatique, Musique vocale, Musique instrumentale), puis par ordre approximativement chronologique.

Un livret provenant de Suzanne Louise de Mortefontaine et donc entré dans la collection après la mort d'Auguste de Talleyrand n'a pas été signalé dans l'instrument de recherche. Il est toutefois décrit dans le catalogue général.