Département des Manuscrits > Grec > Ancien fonds grec > Grec 2674-2780

Grec 2675

Cote : Grec 2675  Réserver
Ancienne cote : Colbert 1215
Ancienne cote : Regius 2765.3.
Pseudo-Dracon de Stratonicée
Deuxième moitié du XVIe siècle
Ce document est rédigé en grec .
Bibliothèque nationale de France. Département des Manuscrits

278×201 mm
[I-VI] + 1-125 + [I-V]

ECRITURE :
Ce manuscrit est entièrement dû à Jacques Diassorinos (RGK, II 191), copiste de la deuxième moitié du seizième siècle, dont l’écriture, d’après le jugement de C.B. Hase (p. 34) « ressemble à celle d’Ange Vergèce, sans cependant être aussi belle ». La Bibliothèque nationale de France possède au moins 52 manuscrits qui ont été copiés en partie ou intégralement par Jacques Diassorinos.
Diassorinos, tout comme son compatriote Constantin Palaeocappa, est un faussaire bien connu (voir ci-dessous).
Surface écrite : 175×105 mm. Marge externe : 57 mm. Marge interne : 30 mm. Marge supérieure : 40 mm. Marge inférieure : 66 mm. 20 lignes par page environ. Cette mise en page se retrouve à l’identique dans d’autres manuscrits de Diassorinos, par exemple le Paris. gr. 2674 .

DECORATION :
Rubrication : bandeaux (ff. 1r et 90v), initiales ornées, initiales, titres et sous-titres. Des représentations schématiques des différents mètres sont tracées à l’encre rouge au milieu du texte.

MATIERE :
Papier très épais et opaque, préparé à l’italienne. Pliage in-quarto. Écart moyen des fils de chaîne : 23 mm. L’angle inférieur externe des ff. 39, 54, 71 et 85 présente une déchirure. Le f. 74 est troué en son centre, sans que cela occasionne de perte de texte.
Deux filigranes très proches se succèdent : tous deux représentent un monogramme dont l’écu parti est surmonté d’une fleur à quatre pétales. Sous l’écu du premier (ff. 1-83 et 110-125) se trouve une banderole. Ce filigrane est compris entre deux fils de chaîne et est très proche du monogramme 9871 de Briquet, attesté en 1545 à Utrecht et qui porte le nom du papetier troyen C. Pinete. On retrouve ce même filigrane dans un autre manuscrit parisien copié par Jacques Diassorinos, le Paris. gr. 2674.
Sous l’écu du second (ff. 84-109) est accroché un N. Ce filigrane est très proche du monogramme 9863 de Briquet, attesté en 1538 à Chalis. La différence principale est que dans le Paris. gr. 2675 la marque est non pas entre les fils de chaînette mais sur un fil de chaînette (le cinquième en partant du haut). Ce filigrane provient de l’est de la France.
Les folios de garde, dont le pliage est in-folio, ont en leur centre un filigrane représentant un pot avec couvercle, doté d’une seule anse au trait simple et surmonté d’une décoration palmée, elle-même sommée d’une fleur à quatre pétales. Le corps du pot porte une lettre, probablement un G. Ce filigrane est proche de Briquet 12 732, attesté au Mans en 1550-1555, à cette différence près que dans le Paris. gr. 2675 il présente une lettre et non deux. La provenance de ce type de marque serait, d’après Briquet, la Champagne. Le répertoire en ligne de Piccard comporte aussi un filigrane proche, le numéro 31 452, attesté en 1559 à Frauenburg. L’écart moyen des fils de chaînette est de 20 mm.

FOLIOTATION :
La foliotation moderne, à l’encre noire, de 1 à 125 se trouve dans l’angle supérieur externe. Trois erreurs sont intervenues lors du foliotage : l’on passe du f. 7 au f. 9, ce qui fait que le premier cahier, un quaternion, s’étend du f. 1 au f. 9 ; de même il n’existe pas de f. 88 ni de f. 90.

CAHIERS :
Le manuscrit est composé presque exclusivement de quaternions, la seule exception étant le septième cahier, qui est un quinion : 6×8 (49) + 1×10 (59) + 8×8 (125).
Il y a en réalité 122 folios : trois erreurs dans la foliotation (les numéros 8, 88 et 90 ont été sautés) sont responsables de l’écart entre le nombre de folios et le numéro du dernier folio.
Le fil de couture est visible au centre de la plupart des cahiers.
Présence d’un mot de réclame, à l’encre noire, à la fin de chaque cahier. Ce mot est disposé perpendiculairement au texte, dans la marge inférieure.

SIGNATURES :
Absence de signatures.

PIQÛRES :
Absence de piqûres.

REGLURE :
Type 00D1 Leroy-Sautel. La réglure est très légère et difficilement discernable.

RELIURE :
Reliure de Mesmes en maroquin brun. Le centre des plats est orné de deux filets dorés qui encadrent un médaillon et sont soulignés par quatre écoinçons. Le dos est couvert de motifs végétaux dorés. Les tranches sont dorées et ciselées. Le maroquin qui couvre les plats est en mauvais état au dos des plats et l’on peut voir que les ais ont aussi été attaqués. Le corps d’ouvrage est protégé par un fond de cahier en parchemin sur lequel on peut apercevoir, dans sa partie postérieure, une mention de prix qui est caractéristique des manuscrits de la famille de Mesmes (D. Jackson, p. 91). Ce fond de cahier est relié aux plats par l’intermédiaire de six lacets qui sont visibles au dos des plats. Comme beaucoup de manuscrits reliés pour la famille de Mesmes, le Paris. gr. 2675 est protégé par de nombreux folios de garde qui sont alternativement en papier et en parchemin. Ainsi les six gardes antérieures sont composées, dans l’ordre, d’un folio de parchemin, de deux folios de papier, d’un folio de parchemin et de deux folios de papier ; deux folios de papier suivis d’un folio de parchemin puis de deux folios de papier forment les cinq gardes postérieures. Entre le fond de cahier et le dernier folio de garde un talon de parchemin est visible. .

ESTAMPILLES :
Estampille utilisée par la Bibliothèque royale au début du XVIIIe siècle (modèle Josserand-Bruno n°5) aux ff. 1r et 125v.

Historique de la conservation

Le Paris. gr. 2675 a été copié par Jacques Diassorinos, copiste originaire de Rhodes et actif à Chios en 1541, à Venise en 1543-1545. Jacques Diassorinos a ensuite été bibliothécaire de la Bibliothèque royale de Fontainebleau, dont il a rédigé, avec Ange Vergèce et Constantin Palaeocappa, le catalogue.
Ce manuscrit a fait partie de la bibliothèque de la famille de Mesmes, initiée par Henri de Mesmes. Puis il est passé dans la bibliothèque de Jean-Baptiste Colbert, dans laquelle il portait la cote 1215. Les manuscrits de Colbert ont été intégrés à la Bibliothèque royale à partir de 1732. La cote 2765.3 a alors été attribuée à ce manuscrit par l’abbé de Targny, chargé du département des manuscrits de la Bibliothèque du roi jusqu’en 1737. Cette cote fut éphémère puisque l’actuelle cote date de 1740.
Au dos du plat supérieur, directement sur l’ais, se trouve une note de Belin de Ballu : « Ce manuscrit de Dracon a été copié par moi Belin de Ballu pour le publier, ce 17 mars 1786 ». Cette édition n’a jamais vu le jour ; en revanche ce savant s’est servi du traité du Pseudo-Dracon dans son commentaire aux Cynégétiques d’Oppien de Syrie. Un peu en dessous on a collé une étiquette sur laquelle le contenu du manuscrit est décrit et son ancienne cote apposée : « Dracontis Stratonici liber de metris poeticis. 1215. ». C. B. Hase, p. 33, croit y reconnaître la main de Charles du Fresne, sieur du Cange, historien et philologue ami de Colbert.

Présentation du contenu

(f. [I]v) Article de la Souda sur Dracon, éd. A. Adler, Suidae lexicon, II, Stuttgart, Teubner, 1931 : [titre] E Suida.
(ff. 1r-125v) Pseudo-Dracon de Stratonicée, Sur les différentes sortes de vers, éd. G. Hermann, Draconis Stratonicensis Liber de metris poeticis ; Ioannis Tzetzae exegesis in Homeri Iliadem, Leipzig, Weigel, 1812 : (ff. 1r-6r) Introduction, [titre] Δράκοντος Στρατονικέως περὶ μέτρων ποιητικῶν. Καὶ πρῶτον περὶ χρόνων ; (ff. 6r-90r) Livre I, [titre] Τοῦ αὐτοῦ περὶ χρόνων κατὰ στοιχεῖον ; (ff. 90v-125v) Livre II, [titre] Δράκοντος Στρατονικέως τοῦ γραμματικοῦ περὶ μέτρων ποιητικῶν.

Ce texte est en réalité un faux composé par Diassorinos à partir de textes divers.
En 1812 G. Hermann a publié ce texte sous le titre Draconis Stratonicensis Liber de metris poeticis. À l’époque il avait déjà mis en lumière le rapport de certains passages avec la grammaire de Janus Lascaris. Cependant il considérait que ce traité était un épitomé d’une œuvre authentique, le περὶ μέτρων, cité dans la Souda à l’article Dracon de Stratonicée. C. Lehrs a en fait pu démontrer, en utilisant des preuves internes, que l’ensemble du texte est un faux du XVIe siècle : la première partie contient des extraits du περὶ διχρόνων du grammairien Hérodien, de l’Etymologicum Magnum, de Lascaris et de Phavorinus. La deuxième partie procède en très grande partie du traité d’Isaac Monachos, περὶ μέτρων ποιητικῶν, et de l’editio princeps d’Héphestion, parue à Florence en 1526, date qui constitue dès lors un terminus post quemterminus post quem pour la création de ce texte. L. Cohn a ensuite montré, dans un article publié en 1888, que l’auteur de cette compilation est le même que celui qui a composé, sous le nom de Philemon, le λεξικὸν τεχνολογικόν du Paris. gr. 2616, à savoir Jacques Diassorinos lui-même.

Bibliographie

L. Cohn, « Konstantin Palaeokappa und Jakobos Diassorinos », Philologischen Abhandlung Martin Herz, zum 70. Geburtstage von ehemaligen Schülern dargebracht, Berlin, 1888, p. 133-143.
L. Cohn, « Drakon aus Stratonikeia », Paulys Real-Encyclopädie der classischen Altertumswissenschaft, neue Bearbeitung, Stuttgart, Metzler, 1997, V, 2, p. 1662-1663.
C. B. Hase, « Notice d'un manuscrit de la Bibliothèque impériale, contenant l'ouvrage de Dracon de Stratonicée sur les différentes sortes de vers », Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque impériale, VIII, Paris, Impr. impériale, 1807.
Ph. Hoffmann, « Un mystérieux collaborateur d’Alde Manuce : l’Anonymus Harvardianus », Mélanges de l’École française de Rome , 97, 1985, p. 45-143, p. 104-105.
D. Jackson, « Greek Manuscripts of the De Mesmes Family », Scriptorium, 63, 2009, p. 89-120, p. 112.
C. Lehrs, Herodiani Scripta tria emendatiora, Regimontii Prussorum, Regimontii Prussorum, impensis A. Samteri, 1848, p. 402 sqq.
A. Ludwich, « Ein neuer Beitrag zur Charakteristik des Jakob Diassorinos », ByzZ, 1, 1892, p. 293-302.
J. Schneider, Les Traités orthographiques grecs antiques et byzantins, Turnhout, Brepols ; [Paris], CNRS, 1999, index.
L. Voltz, De Helia monacho, Isaaco monacho, pseudo-Dracone, scriptoribus metricis byzantinis, Argentorati, C. J. Truebner, 1886, p. 39 sqq.

Notice d'H. Omont issue de l' Inventaire sommaire des manuscrits grecs de la Bibliothèque nationale (1888) :
Grec 2675. Dracontis Stratonicensis liber de metris.
XVI siècle. (Copié par Jacques Diassorinos.) Papier. 125 fol. (Colbert. 1215.) Moyen format.

Informations sur le traitement

Notice rédigée par Morgane CARIOU.