Latin 7789

Cote : Latin 7789
Ancienne cote : V 65
Ancienne cote : yyy
Ancienne cote : Regius 55473
Marcus Tullius Cicero, Oratio pro Marcello ; De Senectute , traduit en français par Laurent de Premierfait sous le titre Livre de vieillesse.
XVe siècle (début, 1405-1410)
Ce document est rédigé en latin et français.
Paris. Écriture gothique. Deux copistes : A (f. 1-7v, 28 l. par page), B (f. 8-104, 26 l. par page).

Décoration :
La première œuvre, l’Oratio pro Marcello, ne comporte aucune illustration, à l’exception de l’initiale ornée. Le texte est annoncé par un titre rubriqué en petits caractères.
Le Livre de vieillesse (texte latin et traduction française) est orné de huit peintures (95/110 x 95/100 mm) : la première au début du texte latin, les sept autres rythmant les divisions du texte français : dédicace à Louis de Bourbon (f. 34), prologue (f. 37), préambule ou 1ère période (f. 39), 2e période (f. 47v), 3e période (f. 56), 4e période (f. 65v), 5e période (f. 86).

Selon A. Hedeman, l’illustration de la seconde partie du volume serait due à deux ou trois artistes proches du Maître des Cleres femmes (appelé ainsi d’après le ms. des Cleres et nobles femmes de Boccace, BnF., Français 598) : Artiste I : f. 8 ; Artiste II : f 34, 37, 56, 65v et 86 ; Artiste III : f. 39 et 47v ? (cf. Hedeman, « Making the Past present… », p. 68).
Le rôle de l’illustration comme partie intégrante du texte de Laurent de Premierfait a été analysé par Anne Hedeman (« Making the Past present… »). Scènes de dédicace parallèles au début du texte latin (f.8) et de la traduction (f. 34), en l’honneur l’une d’Atticus ou Caton, l’autre de Louis de Bourbon ; autre scène de présentation au début du prologue dédiée à Atticus (f. 37) ; représentation de l’enseignement dispensé par le maître à ses élèves (f.39) ; deux exempla illustrant la négation des reproches adressés habituellement à la vieillesse : absence de force physique (f. 56), absence de plaisirs charnels (f. 65v) ; conclusion mettant en lumière la peur de la jeunesse opposée à la sérénité du vieillard face à la mort.

Légende des miniatures : F. 8 : interprétation différente selon les auteurs : pour A. Hedeman, présentation par Cicéron de son livre à un jeune homme qui le tend à Atticus ; selon É. Pellegrin, Scipion et Lelius reçoivent un enseignement sous forme de livre l’un de Cicéron, l’autre de Caton ; F. 34 : scène de dédicace, le traducteur remettant son ouvrage à Louis de Bourbon ; F. 37 : Cicéron et Caton devant Atticus ; F. 39 : Scipion et Lelius écoutant leur maître (Cicéron pour É. Pellegrin, Caton pour A. Hedelman) ; F. 47v : Scipion et Lelius écoutant Caton ; F. 56 : Milon de Crotone portant un bœuf sur ses épaules regardant s’exercer deux lutteurs dans un enclos ; F. 65v : Lucius Flaminius faisant exécuter, sur l’ordre d’une courtisane, un prisonnier ; F. 86 : la mort debout entre un jeune homme et un vieillard, les menaçant de son javelot (cf. É. Pellegrin, «Notes sur deux manuscrits enluminés...», p. 278-279).

Décoration secondaire :
Décoration secondaire réduite à l’initiale (4 l.) ornée en son centre de vignettes finement ciselées sur fond or, de couleur bleue sur fond mauve filigrané, à prolongement marginal de rinceaux de vignettes pour l’Oratio pro Marcello (f. 1). Selon A. Hedeman, la décoration du texte serait contemporaine de la seconde partie du manuscrit.
Décoration secondaire identique pour la suite du volume. Même encadrement de baguette avec prolongement marginal de rinceaux de vignettes avec ou sans dragon à chaque division du texte latin et français (f. 1, 8, 9, 12v, 16, 19v, 28, 34, 37, 39, 47v, 56, 65v, 86). Treize initiales ornées (3 ou 4 l.), bleues ou rose sombre, à filigrane inversé, au début de chaque division ou chapitre : six pour le texte latin (f. 8, 9, 12v, 16, 19v, 28), sept pour la traduction (34, 37, 39, 47v, 56, 65v, 86), moins travaillées que l’initiale du f. 1.
Pieds-de-mouche couleur or sur fond alternativement bleu ou rose sombre marquant le début des paragraphes, des citations, des dialogues.

Parchemin ;104 ff, précédés et suivis d’un feuillet de garde en parchemin, 285 x 205 mm (justification : 165 x 100 mm).

Quaternions réguliers, à l’exception des ff. 32-33v : 1-48 (f. 1-31v), ff. 32-33v ajoutés, 5-128 (f. 34-97v), 134+3 ( f. 99-104). Réclames visibles à partir du f. 41v. Signatures de feuillets visibles dans certains cahiers.

Les différences entre les deux parties du manuscrit apparaissent nettement. Aucun pied-de-mouche dans l’Oratio pro Marcello, ponctuation réduite aux points marquant la fin d’une phrase ou l’abréviation d’un nom, une seule rubrique au début du texte (f. 1).
Ponctuation variée dans le texte latin du De senectute (f. 8-33v): colon (point), comma (deux points), periodus (point-virgule) à la fin des phrases ; point suivi d’une minuscule correspondant à une pause plus brève ; point d’interrogation (cf. C. Barbance-Guillot, « La ponctuation médiévale : quelques remarques sur cinq manuscrits du début du XVe siècle », dans Romania, 113, nos 3-4, 1992-1995, p. 505-527). Signes suscrits sur certains noms propres : « Marce » (f. 9), « Cato »(f. 10v), « Scipio » (f. 11r). Ponctuation réduite au point dans la traduction française (f. 34-104). Capitales rehaussées d’un trait de couleur jaune dans l’ensemble du manuscrit.

Réglure à l’encre (f. 1-33v ; f. 51-104v), à l’encre rouge (f. 34-50v).

Reliure contemporaine du manuscrit avec ais recouverts de velours rouge. Traces de l’emplacement de cinq clous sur les plats.

Estampille de la Bibliothèque royale (Ancien Régime, ap. 1735) au f. 1 : modèle Josserand-Bruno, type B, n° 14.

Documents de substitution

Numérisation effectuée à partir d'un document original.

Historique de la conservation

Historique :
Le volume est considéré comme l’exemplaire original du Livre de vieillesse qui fut offert par Laurent de Premierfait à Louis de Bourbon (1337-1410), frère de l’épouse de Charles V, Jeanne de Bourbon. Le colophon indique le nom du traducteur et la date de l’achèvement de l’oeuvre : « Cy fine le Livre de Tulle de vieillesse translaté de latin en françois du commandement de tres excellant, glorieux et noble prince Loys duc de Bourbon par moi, Laurent de Premierfait, cinquiesme jour de novembre mil quatre cens et cinq » (f. 104). La miniature du f. 34 représente Laurent de Premierfait remettant le manuscrit au prince. Élisabeth Pellegrin note cependant que le volume ne comporte ni les armes ni la signature de Louis de Bourbon et qu’il présente des fautes de transcription (omissions, erreurs de lecture dans le texte latin), « des maladresses dans les peintures un peu surprenantes dans un exemplaire de représentation » (« Notes sur deux manuscrits enluminés… », p. 279). L’auteur se montre donc moins affirmatif en concluant qu’il « est possible, au moins chronologiquement, que le manuscrit ait appartenu au duc de Bourbon » (art. cit., p. 280).
Le volume ne figure pas dans les inventaires de la bibliothèque des ducs de Bourbon à Aigueperse et à Moulins établis en 1507 et en 1523, (éd. A. Le Roux de Lincy, « Catalogue de la Bibliothèque des ducs de Bourbon », dans Mélanges de littérature et d’histoire recueillis et publiés pour la Société des bibliophiles françois, Paris, 1850, p.73-137).

Sur le contre plat supérieur se lit, à la lampe de wood, le nom du conseiller au Parlement (1556), puis maître des requêtes (1557)Adrien de Thou (1527-1570), oncle du célèbre bibliophile Jacques Auguste de Thou: "Adrian de Thou" (cf.M. Etchechoury, Les maîtres des requêtes de l’hôtel du roi sous les derniers Valois (1553-1589), Paris, 1991).

Deux cotes qui n’ont pas été identifiées sont inscrites sur le f. 1 et la contregarde : la cote « yyy », tracée en haut du f. 1 d’une écriture du XVIe s, que l’on retrouve sur le ms. Latin 217 de la Bibliotheca Vaticana Apostolica (Firmiani Lactantii opera tria : cf. M. Vatasso et P. Franchi de Cavalieri, Codices Vaticani Latini, I : Codices 1-678, Romae, 1902). Cote « V 65 » apposée sur une étiquette collée au revers du plat supérieur, d’une écriture du XVIIe s.

Le manuscrit entra à la Bibliothèque royale en 1733 avec la collection Lancelot : cf. Montfaucon, Bibliotheca bibliothecarum manuscriptorum, II, « Manuscrits de M. Lancelot », p. 1669 : « Cicéron de l’amitié et de la vieillesse, traduit par Laurent de Premierfait en 1405, dédié à Louis duc de Bourbon ». Il porte au f. 1 la cote de la bibliothèque royale : [Regius] 55473.

Présentation du contenu

F. 1-7v. Marcus Tullius Cicero, Oratio pro Marcello. « Marcii Tullii Ciceronis pro Marco Marcello coram senatu et Cesare. Oratio incipit (rubr.) ». « Diurturni silencii patres conscripti quo eram his temporibus usus non timore aliquo sed partim dolore, partim verecundia, finem hodiernus dies attulit …-…Itaque, G. Cesar, sic tibi gracias ago, ut, me omnibus rebus a te non conservato solum sed eciam ornato, tamen ad tua in me unum innumerabilia merita, quod fieri jam posse non arbitrabar, magnus hoc tuo facto cumulus accesserit » (éd. M. Lob, p. 36-50)

F. 8-33v. Marcus Tullius Cicero, De senectute.
F. 8-9. Prologue. « Marci Tullii Ciceronis super libro suo qui Major Cato appellatur de senectute ad Aticum amicum suum prologus incipit feliciter ». – [Texte]. « O Tite, si quid ego adjuto curamve levasso, que nunc te toquit et versatur pectore fixa, et qua deprimeris sed quid erit precii ? Licet enim michi versibus eisdem affari te, Atice …-… Sed quid opus est plura ? Jam enim ipsius Catonis sermo explicabit nostram omnem de senectute sentenciam » (éd. Marzano, p. 48-50).
F. 9-12v. [Préambule ou 1ère période]. « Scipio ammirans ». « Et hic incipit tractatus preambule disputacionis ». – [Texte]. « Sepenumero ammirari soleo cum hoc Gaio Lelio cum ceterarum rerum tuam excellentem, Marce Cato, perfectamque sapienciam, tum vel maxime quod nunquam tibi senectutem gravem esse senserim …-…Annos septuaginta natus, tot enim vixit Ennius. Ita ferebat duo que maxima putantur onera, paupertatem et senectutem, ut eis pene delectari videretur » (éd. Marzano, p. 50-66).
F. 12v-16. [2ème période]. « Enumeratio causarum cur senectus apud Scipionem et Lelium misera videatur. Et hic est tocius libelli periodus secunda refellens primam vituperationem ». – [Texte]. « Etenim cum contemplor animo, quatuor reperio causas cur senectus misera videatur : unam quod avocet a rebus gerendis …-… Quod cum fecisse Socratem in fidibus audirem, vellem equidem etiam illud addiscere. Discebant enim fidibus antiqui, sed in literis certe laboravi ». « Finitur secunda periodus. Et incipit tercia ejusdem libelli in qua refellitur vituperatio secunda objecta senectuti » (éd. Marzano, p.68-82).
F. 16-19v. [3ème période]. « Ne nunc quidem vires desidero adolescentis, is enim erat locus alter de viciis senectutis, non plus quam adolescens tauri vires aut elefanti desiderabam …-…Semper enim in hiis studiis laboribusque viventi non intelligitur quando obrepat senectus ; ita sensim sine sensu etas senescit nec subito frangitur, sed diuturnitate extinguitur ». « Finita periodo tercia. Incipit quarta in qua refellitur vituperatio tercia objecta senectuti » (éd. Marzano, p.82-99).
F. 19v-27. [4ème période]. « Sequitur vituperatio senectutis quod eam carere dicunt voluptatibus. O preclarum munus etatis, siquidem id aufert a nobis quod est in adolescencia viciosissimum …-…Severitatem in senectute probo et eam, sicut alia, modicam ; acerbitatem nullo modo. Avaricia vero senilis quid sibi velit non intelligo : potest enim quicquam esse absurdius quam quominus me restat eo plus viatici querere ? ». « Finita periodo quarta. Incipit quinta hujus libelli et ultima, qua refellitur quarta vituperat[i]o obbjecta senectuti » (éd. Marzano, p. 100-134).
F. 28-33v. [5ème période]. « Quarta restat causa, que maxime augere atque solicitam habere nostram etatem videtur, appropinquatio mortis que certe a senectute non potest longe abesse …-… Senectus autem etatis est peractio tanquam fabule, cum defatigationem fugere debemus, presertim adjuncta satietate. Hec habui de senectute que dicerem, ad quam utinam perveniatis, ut ea que ex me audistis re experti probare possitis ». « Marcii Tullii Ciceronis de senectute liber explicit feliciter » (éd. Marzano, p. 136-166).

F. 34-104. Laurent de Premierfait, Le Livre de vieillesse [traduction française du De senectute].
F. 34-36v. [Prologue du translateur]. « A tres excellant, glorieux et noble prince Loys, oncle de roy de France, duc de Bourbon, conte de Clermont et de Forestz, seigneur de Beaujeu, grant chamberier et per de France, droitement et bien user de vostre dignité et puissence terrienne, victoire desiree de tous voz ennemis manifestes et cachiez …-… Si requier humblement et deprie celui Dieu, qui par sa toute puissence puest toutes choses bonnes, qu’il enlumine mon obscur entendement, qu’il mette en ma bouche droictes et bien sonnans paroles, et qu’il conduie ma main, afin que je ne mette paroles ne sentences contraires a bonnes et sainctes meurs ». « Cy fine le prologue du translateur » (éd. Marzano, p. 45-47).
F. 37-39. Prologue. « Translacion du prologue de Tulle en son Livre de vieillesse, lequel il envoie et adrece a ung sien ami appellé Aticus, començant ou latin : O Tite, si qui ego et cetera ». – [Texte]. « Mon ami Aticus, combien que je sçai certeinement que tu n’es point nuit et jour cusançonneux du gouvernement de la chose publique, ainsi comme est Titus Flaminius consul de Romme …-… Il n’est ja mestier de plus dire a la louange de ce livre, car le langaige de Caton declarera ja tantost toute nostre sentence touchant l’eage de vieillesse ». « Ci fine le prologue. Et commence le preambule de la disputoison de Tulle, commençant ou latin : Sepenumero. Et premierement Scipion avec Lelius se esmerveille et demande a Caton : » (éd. Marzano, p. 49-51).
F. 39-47. [Préambule ou 1ère période]. « O noble philosophe et vaillant duc Caton, je Scipion me donne souvant merveille, et aussi fait cestui Gaius Lelius, mon compaignon, tant pour la haulte et parfaite sapience que tu as en toi et tes aultres choses, comme sont les sciences, vertus et bonnes œuvres, et aussi mesmement je me soeul merveillier que je ne apperceu onques que l’eage de vieillesse te feust ennuieuse ne poisante …-… Le poete Ennius estant vieillart, comme j’ay dit, portoit et enduroit si patiemment et si bien deux fardeaux que l’en repute trés grans, c’est assavoir pouvreté et vieillesse, que presques il sambloit que Ennius y eust delectacion et plaisir ». « Cy fine le preambule de la disputaison de Tulle ». (éd. Marzano, p. 51-67).
F. 47-55v. [2ème période]. « Et cy aprés commence le nombrement des causes par quoy vieillesse samble estre mescheant. Et en ceste mesme distinction Tulle confute et reprend Scipion et Lelius du premier vitupere qu’ilz opposent a vieillesse et commence ou latin : Etenim cum contemplor et cetera ». – [Texte] (f. 47v). « Scipion parle pour lui et pour Lelius. Quant je considere a certes en mon courage pour quantes et queles causes l’eage de vieillesse samble estre mescheant et ennuieuse, je en trouve seulement quatre …-… car les ancians nobles hommes philosophes, pour le confort et soulaz de vieillesse, apprenoient a jouer en instrumens de cordes ; mais je mis mon estude et mon labour a apprendre et a savoir les letres et le langaige de Grece ». « Cy fine la seconde distinction du Livre de vieillesse. Et aprés commence la tierce en laquelle Tulle reprend et confute la seconde vituperacion opposee a vieillesse » (éd. Marzano, p. 69-83).
F. 56-65. [3ème période]. « Ou nombre des quatre causes ci-dessus racomptees par quoy vieillesse samble estre maleureuse, la seconde distinction contenoit la cause par quoi vieillesse samble estre mescheant, c’est assavoir pour ce que elle fait le corps floible, maladif et enferme …-… Et par ainsi son eage pou a pour s’envieillist sanz ce que l’omme l’apperçoive ne sente, et son eage n’est brisee ne derompue soubdainement par vieillesse, mais son eage se exteint et default par la longuesse du temps ». « Cy fine la tierce distinction et aprés commence la quarte, en laquele Tulle reprend et confute la tierce vituperacion opposee a vieillesse. Et commence ou latin : Sequitur tercia et cetera » (éd. Marzano, p. 83-99).
F. 65v-85v. [4ème période]. « Aprés les deux reprouches opposez contre vieillesse, s’ensuit la tierce vituperacion par laquele les juenes hommes dient que vieillesse soit mescheante parce que elle n’a presques aulcunes delectacions charneles …-… Or est ainsi que vieillesse selon la nature est la fin du chemin des vieillars. Par quoi, selon raison, ilz doivent moins soy cusançonner de amasser plus grans tas de richesses ». « Cy fine la quarte distinction de ce livret. Et aprés commence la .V.e et derreniere par quoi Tulle confute et reprend la quarte vituperation opposee a vieillesse, commençant ou latin : Quarta restat et cetera » (éd. Marzano, p. 101-135).
F. 86-104. [5ème période]. « Pour ce que en la quarte distinction prochaine de ce livret, je ay souffisamment respondu a la tierce opposicion, que Juenesse mettoit contre dame Vieillesse, maintenant convient dire la quarte cause respondant a la quarte vituperacion qui samble principalment constreindre et cusançonner nostre eage de vieillesse …-… Je ay eu en ma pensee de vous dire de vieillesse ainsi comme vous avez ici ouy, a laquele je desire que vous puissiez parvenir, afin que par experience de fait vous puissiez approuver les choses que vous avez ouyes de moy, lesqueles sont par moy escriptes en cestui mien livret appellé De vieillesse ». « Cy fine le Livre de Tulle de vieillesse translaté de latin en françois du commandement de trés excellant, glorieux et noble prince Loys, duc de Bourbon, par moi, Laurent de Premierfait, cinquiesme jour de novembre mil quatre cens et cinq » (éd. Marzano, p.137-167).

Le manuscrit contient deux parties distinctes : le Oratio pro Marcello et la traduction française du De senectute par Laurent de Premierfait précédée du texte latin. Le texte du Oratio pro Marcello, copié sur les sept premiers feuillets (f. 1-7v) aurait été ajouté au volume avant qu’il ne fût relié (Manuscrits à peintures du XIIIe au XVIe siècle, notice n° 161, p. 180). Le discours faisait partie des Orationes Caesarianae (Discours pour Marcellus, pour Ligarius et pour le roi Dejotarus) qui furent prononcés par Cicéron en présence de César en 46 et 45. Écrit pour rendre grâce au dictateur de sa mansuétude envers son ancien adversaire Marcellus, il est plus un remerciement qu’un plaidoyer. Pour Anne Hedeman, son inclusion dans le recueil n’est pas fortuite. L’attitude de César est un exemple de la maturité et de la modération que le traducteur recommande à Louis de Bourbon à une époque de troubles politiques (« Making the Past present… », p. 66).
La suite du recueil, dédiée à Louis de Bourbon fut achevée le 5 novembre 1405 (f. 8-104). Sur les vingt-sept manuscrits qui nous ont transmis le texte du Livre de vieillesse, deux seulement conservent la disposition originale, comprenant le texte latin du De senectute et la traduction française : le ms. Milan, Trivulziana 693 (T) et le ms. BnF.,Français 7789 (P). Élisabeth Pellegrin a établi que T était une copie de P (« Notes sur deux manuscrits enluminés… », p. 280) : reproduction du texte dans le même ordre, mêmes titres, mêmes divisions, peintures identiques. Contrairement à T dont la copie a été revue par un correcteur, le texte de P comporte des omissions et des erreurs de lecture (É. Pellegrin, art. cit., p. 278).
Jacques Monfrin a souligné l’originalité de l’ouvrage de Laurent de Premierfait, laissant le texte original au premier plan et faisant de sa traduction un moyen d’accès au latin : les termes difficiles à saisir par son public sont expliqués en notes marginales. Des développements sont insérés dans le texte à tel point que la traduction compte 72 folios pour les 23 du texte latin. Le traducteur a suivi le même schéma pour les deux parties : texte latin et traduction française sont divisés en « distinctions » ou périodes annoncées par des sommaires et arguments (J. Monfrin, « Humanisme et traductions… », p. 180).

Bibliographie

Catalogues:

B. de Montfaucon, Bibliotheca bibliothecarum manuscriptorum, II, « Manuscrits de M. Lancelot », Parisiis, 1739, p. 1669.
Catalogus codicum manuscriptorum Bibliothecae regiae, t. IV, Parisiis, 1764, p. 396, n° VII M DCCLXXXIX.


Texte:
É. Pellegrin, « Notes sur deux manuscrits enluminés contenant le De senectute de Cicéron avec la traduction française de Laurent de Premierfait », dans Scriptorium, 12, 1958, p. 276-280.
J. Monfrin, « Humanisme et traductions au Moyen Ấge », dans Journal des savants, 1963, n° 3, p. 161-190, en part. p. 177-180
. –
C. Bozzolo, « La lecture des classiques par un humaniste français : Laurent de Premierfait », dans Un traducteur et un humaniste de l'époque de Charles V. Laurent de Premierfait . S.d. C. Bozzolo, Paris, Publications de la Sorbonne, 2004, p. 69-82, cité p. 73-75, 80-81
. –
C. Bozzolo, dir., Un traducteur et un humaniste de l'époque de Charles VI : Laurent de Premierfait, Paris, Publications de la Sorbonne, 2004
. –
C. Bozzolo, « La conception du pouvoir chez Laurent de Premierfait », dans ibid., p. 53-68, cité dans le cadre de l'étude
. –
Anne D. Hedeman, Translating the Past : Laurent de Premierfait and Boccaccio's "De casibus", Los Angeles : J. Paul Getty Museum, 2008
.

Éditions :
Cicéron, Discours, t. XVIII : Pour Marcellus, Pour Ligarius, Pour le roi Dejotarus, Texte établi et traduit par M. Lob, Paris, 1968, p. 23-50.
S. Marzarno éd., Laurent de Premierfait, « Livre de vieillesse », Turnhout, 2009.


Codicologie:
P. Josserand et J. Bruno, « Les Estampilles du département des imprimés de la Bibliothèque nationale », dans Mélanges d’histoire du livre et des bibliothèques offerts à Monsieur Franz Calot, 1960, 261-298.
C. Barbance-Guillot, « La ponctuation médiévale : quelques remarques sur cinq manuscrits du début du XVe siècle », dans Romania, 113, nos 3-4, 1992-1995, p. 505-527.
Olivier Delsaux, Manuscrits et pratiques autographes chez les écrivains français de la fin du Moyen Âge: l'exemple de Christine de Pizan, Genève : Droz, 2013, cité p. 353 et 384
.

Illustration :
A. Hedeman, « Making the past present in Laurent de Premierfait’s translation of De senectute », dans D. Areford et N. A. Rowe, Excavating the medieval image : Manuscripts, Artists, Audiences. Essays in honor of Sandra Hindman, London, 2004, p. 59-73, cité pp. 59-73 + ill.
.

Histoire:
L. Delisle, Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque impériale [puis nationale], t. I, Paris, 1868, p. 166-167, 409.
M.-P. Laffitte, « Les ducs de Bourbon et leurs livres d’après les inventaires », dans Le duché de Bourbon : des origines au connétable. Actes du colloque des 5-6 octobre 2000 organisé par le Musée Anne-de-Beaujeu de Moulins, Saint-Pourçain-sur-Sioule, 2001, p. 176.


Expositions:
J. Porcher, Manuscrits à peintures du XIIIe au XVIe siècle, Paris, Bibliothèque nationale, 1955, p. 79-80, n° 161
. –
Paris. 1400. Les arts sous Charles VI, Paris, Musée du Louvre 22 mars-12 juillet 2004, Paris, Réunion des Musées nationaux, 2004, cat. n° 144
.

Informations sur le traitement

Notice rédigée par Véronique de Becdelièvre ; mise à jour octobre 2018.

Documents de substitution

Microfilm en noir et blanc. Cote de consultation en salle de lecture : MF 12472. Cote de la matrice (pour commander une reproduction) : R 117581