Français 2090-2092

Cote : Français 2090-2092 
Ancienne cote : Béthune min. 35, 36 et 37
Ancienne cote : Regius 7953, 7954, 7955
Yves de Saint-Denis,Vita et passio sancti Dionysii, traduction en français par Denis Boitbien
XIVe siècle (premier quart : 1317)
Ce document est rédigé en latin et français.
Bibliothèque nationale de France. Département des Manuscrits
Paris.

Écriture : le copiste est Guillaume Lescot qui signa et data la chronique fragmentaire de la Vie de saint Denis offerte à Philippe le Long (BnF, ms. Latin 13836), qui est parfois considérée comme la dernière partie du manuscrit Français 2090-2092. Les deux manuscrits très proches sont probablement sortis du même atelier (voir Rouse 2000, t. II, p. 42).

Décoration:
La décoration luxueuse et la qualité du cycle iconographique confirment que le manuscrit était destiné à un personnage royal.
L'illustration de l’ouvrage est l’œuvre d’un artiste parisien désigné sous le nom de Maître de la Vie de saint Denis, et de son atelier. Le traitement quasi-sculptural des personnages, la fermeté du dessin et la solidité des formes marquent l’irruption d’un courant nouveau dans l’enluminure parisienne du début du XIVe siècle. L’initiale historiée au f. 17 du vol II (Français 2091) annonce l’art de Jean PucelleJean Pucelle : voir Fastes du gothique, p. 286, n° 232.
77 peintures illustrent le manuscrit dans son état actuel. Ornées de vignettes couleur or dans les marges, elles sont le plus souvent serties dans des motifs architecturaux évoquant l’orfèvrerie. Placées en vis-à-vis du texte, les images se rapportent essentiellement aux scènes de l’enfance, de la conversion, de la prédication et du martyre de saint Denis, de saint Rustique et de saint Eleuthère. Certaines peintures sont organisées sur deux registres : le plan supérieur est consacré à la vie du saint ; les scènes de la partie inférieure évoquent divers aspects de la vie quotidienne à Paris à l’époque, notamment l’activité artisanale autour de la Seine. Scène de dédicace au f. 4v : voir Lacaze 1979, p. 87-339.
Le cycle complet du manuscrit nous est conservé par une copie contemporaine illustrée de dessins à l’encre (BnF, ms. Latin 5286).
Lettres historiées : vol. I, f. 20v ; vol. II, f. 2 et 17.
Légendes : cf. infra, description des volumes.


Parchemin 3 volumes : 178 f, 133 f et 112 f.; 240 x 150/160 mm .

Mise en page : À l’image de l’illustration, la mise en page du manuscrit est luxueuse. Dans les tables, l’énoncé des chapitres est inscrit alternativement à l’encre rouge et bleue, introduit par des initiales ornées (1 l.) sur fond or. Dans les marges inférieures, les légendes des peintures sont, de même, écrites alternativement à l’encre rouge et bleue. Les numéros des chapitres, indiqués à l’encre bleue dans les marges latérales, sont précédés d’un pied de mouche filigrané. Quelques réclames à l’encre rouge et brune. Rubriques à l’encre bleue et rouge.
Le manuscrit, composé à l’origine pour Philippe le Bel, fit l’objet d’importants remaniements lorsque les moines se trouvèrent dans l’obligation d’ajouter une traduction française avant d’offrir l’ouvrage à Philippe V, en 1317. Une traduction copiée sur des feuillets ou des groupes de feuillets isolés, fut intercalée dans le corps du volume, chapitre par chapitre, en fonction des contraintes de la mise en page et de l’agencement des cahiers (Hasenohr 1990, p. 310).
On note au sein des trois volumes des traces d’onglets, des traces de feuillets collés sur des onglets, des cahiers irréguliers. Les réclames écrites avant l’addition de la version française ne sont pas toujours en face du feuillet dont elles reproduisent l’incipit. La réglure est différente sur les feuillets latins et français. Des titres courants en chiffres romains filigranés indiquant le numéro des livres figurent sur le recto des feuillets latins, le verso portant pour titre le mot « Pars ». Ceux-ci manquent sur nombre de feuillets de la traduction française (Delisle1865 ; Lacaze 1979, p. 34-55).

Au bas du f. 112 du troisième volume (Français 2092) : mention du nombre de feuillets du manuscrit originel : « .IIII.C .XX. fueillez et .IIII.XX histoires ».

Conditions d'accès

Communication exceptionnelle, soumise à l’autorisation du directeur du département, sur demande motivée.

Historique de la conservation

Cet exemplaire d’une compilation en l’honneur des saints martyrs Denis, Rustique et Eleuthère, était dédié à l’origine à Philippe le Bel. Après la mort du roi, l’abbé de Saint-Denis, Gilles de Pontoise, l’offrit en 1317 à Philippe V le Long.
Le recueil devait comporter trois parties. Seules les deux premières, réunies à l’origine en un seul volume, firent partie de la bibliothèque de VCharles V, ainsi que l’attestent les inventaires de la Librairie du Louvre dressés entre 1380 et 1424 :
1° inventaire de Gilles Malet établi en 1373 et récolé en 1380 par Jean Blanchet [Inv. A] : « La Vie saint Denys et la Vie de .XLVI. autres sains, bien ystorié, a chemise de toille » (BnF, ms. Français 2700, f. 9v, art. 154) ; copie du même inventaire, 1380 [inv. B] : même description (BnF, ms. Baluze 397, f. 4, art. 155)
2° inventaire de 1411 [inv. D] : « Item la Vie saint Denis et la Vie de quarante-six autres sains bien historie, a chemise de toille a queue, escript de lectre formee, en françois et latin, commençant ou .II.e foillet : nobis ut (sic pro in) mundi, et ou derrenier : donnant aus royaulx, a deux fermouers d’argent dorez » (BnF, ms. Français 2700, f. 61, art. 100)
3° inventaire de 1413 |inv. E] : même description (BnF, ms. Français 9430, f. 8, art. 98).
L’identification des incipit confirme que le ms. Français 2090-2092 est le manuscrit cité dans les inventaires : le f. 2 du premier volume (Français 2090) commence par les mots : « nobis in mundi [hujus pelago…] ». Les mots-repère du dernier feuillet figurent à la première ligne du f. 111 du troisième volume (Français 2092) : « donnant aus loiaus ».
Le manuscrit sortit des collections royales dès 1414. Il est, en effet, mentionné au nombre des ouvrages disparus entre 1413 et l’achèvement de l’inventaire E en 1415 : même description que précédemment (BnF, ms. Français 9430, f. 65v, art. 924).

Au XVe siècle, le volume appartint à Jeanne de Laval, seconde femme de René Ier d’Anjou, roi de Naples. Ses armoiries, parties d’Anjou et de Laval, sont représentées au bas du f. 1 du Français 2090. Au verso du f. 111 du volume III (Français 2092) a été peint l’écu de Laval ancien : « de gueules au léopard d’or, armé et lampassé d’argent » : voir A.-M. Legaré 2009, p. 158, 165.

Au XVIIe siècle, le manuscrit faisait partie des collections de Philippe de Béthune. Les plats de la reliure porte ses armes (« d’argent à la fasce de gueules, au lambel à trois pendants de même »), et le dos son chiffre formé de deux P entrelacés, surmontés d’une couronne de comte. Le volume est répertorié dans l’inventaire des « manuscrits du comte de Béthune, Livres de miniatures » publié par Omont sous les nos 35-37 : « La vie de saint Denis, en prose latine et françoise ; in-4°, 3 volumes » (Omont, IV, p. 244, nos 35-37).

Par lettres datées de décembre 1663, enregistrées au Parlement le 4 janvier 1664, Louis XIV accepta le don que lui fit Hippolyte de Béthune , fils de Philippe, de sa bibliothèque. Le manuscrit, qui fit désormais partie de la Bibliothèque royale, est répertorié dans l’inventaire que dressa, en 1682, Nicolas Clément : « La vie de S. Denis, apostre de France, avec figures » (Omont, IV, p. 63, nos 7953-7955).

Le volume I (Français 2090) fut exposé avec les manuscrits les plus précieux de la BnF à la fin du XIXe siècle (av. 1881), dans la grande galerie de la Bibliothèque nationale, ainsi qu’en témoigne la cote inscrite sur la première garde: « Exp. XX – 231 » (Bibliothèque nationale, département des Manuscrits, Notice des objets exposés, Paris, 1881, p. 42, n° 231).

Présentation du contenu

Le texte est la traduction en français par Boitbien de la Vita et passio sancti Dionysii, compilation historico-hagiographique rédigée à partir de 1313-1314 par Frère Yves sur l'ordre de Gilles de Pontoise, abbé de Saint-Denis (1304-1326). L’épître adressée au roi Philippe V le Longa été rédigée par l’abbé qui, selon Charles Liebman, prit une part prépondérante dans la composition du recueil, notamment pour certains épisodes du règne de Philippe le Bel (Étude sur la vie en prose de saint Denis, p. XXXIII ; Translations médiévales. Cinq siècles de traductions en français au Moyen Age (XIe-XVe siècles). Etude et répertoire, 2/2, 2011, p. 1127, n° 962).
Comme l’indique le prologue suivant l’épître dédicatoire, le livre est divisé en trois parties : la première comprend l’histoire de saint Denis depuis sa naissance jusqu’à la prédication de saint Paul à Athènes ; la seconde est un récit des actes de saint Denis depuis sa conversion au christianisme jusqu’à sa mort ; la troisième est un abrégé de l’histoire de France principalement envisagée dans ses rapports avec le culte de saint Denis.
Cf infra le contenu de chacun des trois volumes.

Bibliographie


Catalogues :
Bibliothèque impériale, Département des Manuscrits, Catalogue des manuscrits français. I : Ancien fonds, Paris, 1868, p. 356-357, n° 2090-2092.

Sources imprimées :
L. Delisle, Recherches sur la librairie de Charles V, Paris, 1907, I, p. 306-307, n° LXXXV ; II, p. 151, n° 921. – H. Omont, Anciens inventaires et catalogues de la Bibliothèque nationale, IV, Paris, 1913, p. 63, nos 7953-7955 [inv. 1682] ; p. 244, nos 35-37 [inv. Béthune].

Codicologie :
G. Hasenohr, « Discours vernaculaire et autorités latines », dans H.-J. Martin et J. Vezin dir.,Mise en page et Mise en texte du livre manuscrit, Paris, 1990, p. 289-315, en part. p. 310-311. – R. H. Rouse and M. A. Rouse, Manuscripts and their Makers. Commercial Books Producers in Medieval Paris 1200-1500, London, 2000, I, 194, 375, n. 159 ; II, p. 42.

Fac-similé et édition:
H. Martin, Légende de saint Denis. Reproduction de miniatures du manuscrit original présenté au roi Philippe le Long, Paris 1908. – Ch. Lacaze, « The Vie de St Denis » Manuscript (Paris, Bibliothèque nationale, Ms. fr. 2090-2092), New York, 1979.

Travaux :
M. J. Liebman, Étude sur la vie en prose de saint Denis, Genève, 1942.. – G. Spiegel, The Chronicle Tradition of saint Denis : a Survey, 1978. – S. Lusignan, « Culture écrite et langue française à la cour de Philippe le Bel », in La moisson des lettres: l'invention littéraire autour de 1300, Turnhout, 2011, p. 31-48.

Illustration :
G. Graf von Vitzthum, Die Pariser Miniaturmalerei von des Zeit des Ludwig bis zur Philipp von Valois und ihre Verhältnis zur Malerei in Nord-westeuropa, Leipzig, 1907, p. 185-190, pl. XXXIX-XL. – . W. Egbert, On the bridges of mediaeval Paris. A record of early Fourteenth Century Life, Princeton, 1974. – F. Avril, L’enluminure à la cour de France au XIVe siècle, Paris, 1978, p. 10-11, 31, 34, pl. 1. – Ch. Sterling, La peinture médiévale à Paris, 1300-1500, Paris, 1987, I, p. 55-61, n° 6. – Ch. Heck, Qu'est-ce que nommer? L'image légendée entre monde monastique et pensée scolastique, Turnhout, 2010. – Ingeborg Bähr, Saint Denis und seine Vita im Spiegel der Bildüberlieferung der französichen Kunst des Mittelalters, Worms, 1984. – Ch. Heck,, « Un nouveau statut de la parole? L'image légendée entre énoncé, commentaire et parole émise », dans Ch. Heck, éd., Qu'est-ce que nommer? L' image légendée entre monde monastique et pensée scolastique ; actes du colloque du RILMA, Institut Universitaire de France (Paris, INHA, 17 - 18 octobre 2008), Turnhout, 2008, p. 7-28, cité p.14, 26 . – K. Pyun et A. Russakoff, ed., Jean Pucelle: Innovation and Collaboration in Manuscript Painting, Turnhout, 2013, p. 19 n. 19, 106 n. 46, 116, n. 22, 117 n. 26, 119 n. 30-32, 121, 121 n. 49, 122, 122 n. 57, 181, 182, 182 n. 37, 190 n. 75. – A. Stones, Gothic manuscripts :1260-1320, London-Turnhout 2013, part 1, vol. 1 p. 57. – R. Skupien, « Des monuments, des saints et des hommes. Vision des origines chrétiennes de Paris dans le Bréviaire de Châteauroux (avant 1415) », dans La forme de la ville de l'Antiquité à la Renaissance, Presses universitaires de Rennes, 2015, p. 111-132.

Histoire :
L. Delisle, « Notice sur un recueil historique présenté » à Philippe le Long par Gilles de Pontoise, abbé de Saint-Denis », dans Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque impériale, XXI, 2e partie, 1865, p. 249-265. – A.-M. Legaré, « Les deux épouses de René d’Anjou et leurs livres », dans Splendeur de l’enluminure. Le roi René et les livres, Angers, 2009, p. 65, 158, 165 ; pl. p. 58.

Expositions :
Bibliothèque nationale, département des Manuscrits, Notice des objets exposés, Paris, 1881, p. 42, n° 231. – Les manuscrits à peintures en France du XIIIe au XIVe siècle, Paris, 1955, p. 22-24, n° 33. – La librairie de Charles V, Paris, Bibliothèque nationale, 1968, p. 78-79, n° 149. –Les Fastes du Gothique. Le siècle de Charles V, Paris, 1981, p. 286-287, n° 232.

Informations sur le traitement

Notice par Véronique de Becdelièvre (mars 2012) ; mise à jour septembre 2018

Documents de substitution

Voir les images du ms. Français 2090-2092 sur la base http://mandragore.bnf.fr


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