Français 117-120

Cote : Français 117-120
Ancienne cote : Rigault II 64
Ancienne cote : Dupuy II 55
Ancienne cote : Regius 6788-6791
XIV e siècle
Manuscrit en français
Paris .
Enluminures du début du XV e siècle réalisées par le Maître des cleres femmes ; modifications des années 1460

Historique de la conservation

Commande de Jean de Berry (armes de France à la bordure engrêlée de gueules , Français 117, f. 1, Français 118, f. 155, Français 120, f. 520 ; mention "Ce livre est au duc de Berry" visible sous ultraviolets au f. 602v. du Français 120) en 1405 auprès du libraire parisien Regnault du Montet (Registre du commis à l'exécution du testament du duc de Berry, Paris, bibliothèque Sainte-Geneviève, ms. 841, fol. 236v. : "Item, un grant livre appellé le livre de Lancelot du Lac, escript en françois de lettre de fourme, trés bien historié au commancement et en plusieurs lieux ; et au commancement du second fueillet a escript « en la fin » et est couvert de drap de soye vert a deux fermoers dorez, et sur chacun aiz a cinq boullons de cuivre dorez, lequel livre mondit seigneur acheta ou mois de janvier l’an que dessus M CCCC IIII de maistre Regnault du Montet demourant a Paris, la somme de III C escus prisez C l.p., valent 125 l.t.") ; Bernard VII d'Armagnac , époux de Bonne de Berry, fille de Jean de Berry et de Jeanne d'Armagnac ; Jacques d'Armagnac , fils de Bernard VIII, comte de pardiac, vicomte de Carlat, et d'Eléonore de Bourbon, comtesse de la Marche, duchesse de Nemours (armes rajoutées sur les mêmes ff. que celles de Jean de Berry : écartelé aux 1 et 4 de Bourbon, à savoir de France à la bande de gueules, et aux 2 et 3 d’Armagnac, à savoir écartelé aux 1 et 4 d’argent au lion de gueules et aux 2 et 3 de lion léopardé d’or ; mention finale de Jean de Berry complétée par "et de presant a son filz le duc de Nemours, conte de la Marche. Jacques. Pour Carlat ", visible également sous ultraviolets) ; après la disgrâce de Jacques d'Armagnac en 1476 et son exécution l'année suivante, le manuscrit passe à Pierre de Beaujeu , duc de Bourbon (Français 117, fol. 1 : les armes Armagnac sont couvertes par celles de Pierre de Bourbon, mais étrangement il ne fait pas apposer les armes Bourbon, d’azur aux trois fleurs de lys d’or et à la bande de gueules , mais les armes de France ; il s'agit vraisemblablement d'un oubil de la brisure car il est peu probable que les armes de France aient été mises lors du passage du manuscrit dans les collections royales) ; à la disgrâce du connétable Charles III de Bourbon en 1523, le mansucrit passe à François Ier qui le place dans sa bibliothèque personnelle.

Dans sa version originelle, le manuscrit est l'oeuvre du Maître des cleres femmes. Artiste anonyme parisien du début du XV e siècle, mais probablement originaire de Flandre, on lui a donné ce nom de convention, par référence au manuscrit Des cleres et nobles femmes (BnF, Mss., Français 598) qu'il enlumina pour le duc Jean de Berry. Il réalisa aussi le Tristan de Vienne (ÖnB, Cod. 2537). Son oeuvre se situe dans la production du début du XV e siècle dont le raffinement des scènes, la délicatesse du trait et la richesse des couleurs comptent parmi les principales caractéristiques. Cet art de cour est mis dans le manuscrit au service de l'idéal courtois incarné par les aventures des chevaliers de la Table ronde.

A l'origine, les Français 117-120 ne formaient qu'un seul volume. L'étude des différentes cotes que le Lancelot-Graal a portées dans les collections royales permet de connaître assez précisément la date de cette modification. Seul le premier volume porte au f. 1 les cotes posées en 1622 par Nicolas Rigault ("soixante [quatre]" ; ce dernier terme est rogné) et en 1645 par Pierre et Jacques Dupuy ("55") ; ces cotes correspondent à "Les trois livres de Lancelot du Lac, avec figures" et à "Le roman de Lancelot du Lac, II e vol." des inventaires réalisés à ces deux dates (BnF, Mss., Français 5685, fol. 36 et Latin 10367, fol. 3 ; H. Omont, t. II, p. 264, t. III, p. 6). En revanche, on peut lire sur le premier feuillet des quatre volumes les cotes inscrites par Nicolas Clément en 1682, à savoir "6788", "6789", "6790" et "6791". Le volume aurait donc été divisé entre 1645 et 1682, probablement pour des raisons pratiques. Il est possible de préciser la date de cette opération en étudiant la reliure actuelle des quatre volumes, toutes identiques. Leurs plats sont ornés au centre d'armes royales couronnées ceintes des colliers de Saint-Michel et du Saint-Esprit, et encadrés par la bordure dite "dentelle du Louvre" ; les entrenerfs du dos sont quant à eux frappés du chiffre royal, un double L couronné. Les fers ayant servi à estamper ces ornements ont été commandés au graveur Thomassin en 1668 et lui furent payés en 1670. Les reliures du Lancelot-Graal sont ainsi comparables à de nombreuses autres, dont les relieurs sont encore anonymes, réalisées entre 1670 et 1675. Outre les fers déjà cités, elles ont en commun l'absence du chiffre royal dans l'avant-dernier caisson du dos. En revanche, les reliures des Français 117-120 s'éloignent du type de 1670-1675 par la présence, aux coins intérieurs de la bordure d'encadrement des plats, d'un soleil à face humaine, symbole de Louis XIV, dont les fers sont plus ampâtés ; ils semblent correspondre à ceux qu'Eloi Levasseur utilisa pour la Bibliothèque royale en 1674-1675. En somme, il est possible d'affirmer que le manuscrit fut divisé en quatre volumes entre 1670 et 1675. Nous ignorons malheureusement tout de sa reliure antérieure qui devait être sur ais de bois couverts de peau ou de tissu.

Jean de Berry et Arthur

Jacques d’Armagnac appréciait particulièrement les romans arthuriens. On peut d’ailleurs penser que c’est par le Lancelot-Graal de Jean de Berry que son goût pour ce type de littérature se développa. Outre deux Tristan (Vienne, ÖnB, ms. 2542 et BnF, Mss., Français 99), ce dernier daté de 1463, deux Guiron le Courtois (BnF, Arsenal, ms. 3325 et Turin, BNU, ms. L.I.7-8-9), un Perceforest (BnF, Mss., Français 106-109), un Artus de Bretagne (New York, NYPL, ms. 34) et un autre Lancelot-Graal (BnF, Mss., Français 113 116) , il fit copier en 1470 par Micheau Gonnot , qui réalisa aussi le Tristan de la BnF, un recueil de textes arthuriens (BnF, Mss., Français 112) ; par son ampleur, il s’agit d’une des compilations arthuriennes les plus vastes et ambitieuses de la fin du Moyen Âge

Nombreux étaient les manuscrits arthuriens dans les collections des Bourbons. Outre les Français 99 , 106-109 , 112 , 113-116 et 117-120 saisis chez Jacques d’Armagnac, ils avaient hérité de leurs aïeux plusieurs manuscrits arthuriens : un Lancelot-Graal , XIII e siècle, provenant de Marie de Hainaut , duchesse de Bourbon, femme de Louis I er de Bourbon (BnF, Mss., Français 344) , un Tristan en prose , XIVe siècl e , d’ Agnès de Bourgogne , épouse de Charles I er de Bourbon (BnF, Mss., Français 334) ou le Roman de Brut de Jean de Berry (BnF, Mss., Français 1454) . D’autres n’ont pu être retrouvés ou identifiés, comme le livre des faitz Merlin , le livre de Perceval le Galloys , deux volumes du Tristan ou le livre des faitz Merlin en molle, c'est-à-dire imprimé. Quant au livre de Giron le courtoys, il manquait déjà en 1523.

Bibliographie

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2007
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2010
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Christian Heck, Qu'est-ce que nommer? L'image légendée entre monde monastique et pensée scolastique, Turnhout : Brepols, 2010.

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Danielle Quéruel, "Chrétien de Troyes, premier romancier français", extrait de La vie en Champagne, n°66 (avril 2011) ; ill. p. 38.
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2012
Cécile Le Cornec-Rochelois, Anne Rochebouet, Anne Salamon (dir.), Le texte médiéval : de la variante à la recréation, 2012, pp. 199, 203, 210.
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2014
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2016
Fulvio Delle DONNE, Jaume TORRO TORRENT, L'immagine di Alfonso il Magnanimo tra letteratura e storia, tra corona D'Aragona e Italia. Firenze : Sismel, (2016).
Lukas Ovrom, "Lancelot innocenté ? Etude sur un témoin tardif de La Mort le Roi Artu (ms. BnF, fr. 120)", Romania, 134, 2016, p. 261-93.

2018
IRHT, Notice du manuscrit Français 117-120, dans la base Jonas-IRHT/CNRS

Informations sur le traitement

Ajout de lien vers la base Jonas et reprise de la bibliographie par Delphine Mercuzot et Ludmilla Dali, juillet 2018.