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Latin 8318

II. F. 49-64
Anicius Manlius Severinus Boethius, Consolatio philosophiae (excerpta, 49va ; 56v). Aurelius Clementis Prudentius, Psychomachia (49vb-52v, 58r-63v) ; Peristephanon libri Hymnus III (56r). Auctor incertus, Tractatus de vitiis et virtutibus (53r-54v). Allegoriae et Hymni (55r-57v). Hilarius Pictaviensis, Hymnus (57r). Venantius Fortunatus, Hymnus Beatae Mariae (64r)
IXe (milieu) (ou début du Xe s.?)
Region de la Loire (Tours ou Fleury ?).
Minuscule caroline régulière de petit module, avec quelques ligatures et abréviations ; légendes des images de la même main en minuscules d'un module inférieur au texte. Titres en capitales. Peu glosés, les ajouts postérieurs portent presque essentiellement sur le traité anonyme De vitiis et virtutibus.
Une initiale, f. 49va, suggère le style de Tours (Woodruff, 1930, p. 6) ; 58 dessins à l'encre illustrent la Psychomachie de Prudence et le traité anonyme sur les Vices et les vertus (voir ci-dessous, ainsi que les descriptions de Mandragore: http://mandragore.bnf.fr) .
Parch., 16 f., à 2 col., 210 × 180 mm (just. 170 x 150 mm).
Trois cahiers irréguliers: I4 (49-52) ; II5 (53-57) ; III7 (58-64) ; incomplet d'un bifeuillet relié dans Vat. Reg. lat. 596. Signatures de cahiers du XVIIe s.: «yy 9» (49r) ; «yy 10 » (53 r) ; «yy 11» (58r). Dans le centre, en bas du f. 49r : « I », signale que ce frg. était relié en tête du recueil antérieur (vol. De Thou [571-1§]) ; ces mêmes indications se rencontrent sur le 3e frg. du vol. De Thou [571] (BnF, latin 5575, f. 105 «III»), ainsi que sur d'autres recueils de même provenance (par ex. voir Paris, Bnf, lat. 1750) ; il semble toutefois probable, en raison du décalage dans la numérotation, comme dans le cas du lat. 1750, que cet agencement soit antérieur à De Thou.
Manuscrit en latin

Historique de la conservation

Le ms. aurait été copié au milieu du IXe s. ou un peu plus tôt (selon Bischoff, MS 3, p. 293, suivi par Mostert, 1989, p. 224, BF 1151 + BF 1440; Vergnolle, 1984 ; Scheller, 1995). La datation admise auparavant l'attribuait au Xe s. (Porcher, 1954, n° 101 ; Pellegrin, 1988, p. 270 ; Seebass, 1973, p. 183, qui suivent Stettiner, 1895 et Woodruff, 1930).
Il provient presque certainement de Fleury, d'où il serait passé à Pierre Daniel suite au sac de 1562 (Pellegrin, 1988, p. 270 n. 87 ; Mostert, 1989 ; Scheller, 1995) ; Vergnolle (1984, p. 28) pense pouvoir identifier le ms. avec le titre n° 135 de l'inventaire de Fleury de 1552 (éd. Cuissard, Cat. gen. mss. Bibl. publ. de France, 12), mais cela est peu probable. Toutefois, il pourrait ne pas y avoir été copié: d'autres centres de la région de la Loire pourraient revendiquer sa production, comme celui de Tours (Porcher ; Bischoff) ou un autre centre situé aux environs de Limoges ou Angoulême (Stettiner, 1895).
On déduit du niveau d'usure important du f. 49r, que ce frg. est resté longtemps à l'état de cahier non couvert et, comme le précédent, il a subi plusieurs accidents : le don à Petau d'un bifolio par P. Daniel (maintenant dans Reg. lat. 596, f. 26-27 voir ci-dessus), ainsi qu'une inversion des deuxième et troisième cahiers, avec le résultat que les f. 53-57 ont été malencontreusement reliés parmi les cahiers contenant la Psychomachie de Prudence) ; cette inversion datant peut-être déjà du recueil De Thou, n'a pas été corrigée lors de la reliure Colbert. Il est possible d'estimer la perte à cinq f. (voir Vergnolle, 1984, p. 23 n. 6 et p. 25 fig. 5-6).
Il porte un titre ajouté par deux mains (XVIIe s. ?): « Prudentii Psychomachia » (on a d'abord ajouté psychomachia en minuscules dans une encre brune, puis plus tard noté au dessus Prudentii, en capitales dans une encre noire) ; sur ce même f. vacant à l'origine, se lit un essai de plume (français, XVIIe s.) noté verticalement : « Mo (sic)/ Monsieur / ie suis vostre / tres humble / servitteur (sic) » (49r).

Présentation du contenu

Le texte du frg. de Prudence accompagné d'un cycle iconographique (siglé P1) s'apparente aux ms. du groupe I (Stettiner, p. 3-10 et Woodruff, 1930, p. 6-7 ; Gaborit-Chopin, 1967, p. 170, 176, 178). Les illustrations de la Psychomachie et celles du traité des vices et vertus sont d'une même main, tandis que le Miles christianus (f. 55r) serait l'œuvre d'un autre artiste, plus habile (Scheller, 1995, p. 99). Les f. 49r, 56v, 57v et 64v vacants à l'origine, ont servi d'emplacements aux esquisses. — Notations musicales : neumes aquitains sur le début des hymnes (f. 57r et 64r).

f. 49va. ANICIUS MANLIUS SEVERINUS BOETHIUS, Consolatio philosophiae I, carmen 1, 1-22 (ce poème introductif du premier livre de Boèce occupe la première col. et précède immédiatement la Psychomachie de Prudence ; sans titre, il débute par une grande initiale à l'encre ornée d'entrelacs) : « Carmina qui quondam (…) non erat ille gradu » (éd. L. Bieler, Opera, vol. I CCSL 94, Turnhout, 1957 ; cf. E. Gegenschatz et O. Gigon (éd.), München- Zürich, 1969 et C. Moreschini (éd.), München, 2000).
f. 49vb-52v, 58r-63v. AURELIUS CLEMENTIS PRUDENTIUS, Psychomachia (accompagnée d’un cycle d’illustrations ; avec lacunes) : v. 1-343 (avec lacunes des v. 30-211 et 278-315): « Senex fidelis prima credendi uia (…) laxa genearum (sic) lege teneri » (49vb-52v) ; v. 413-725: « nequiquam loris auriga (…) perit horrida membris » (58r-63v) ; les vers 790-867 se trouvent dans Vat. Reg. lat. 596, f. 26-27 (éd. Cunningham, 1966, p. 149-181 ; voir Pellegrin, 1988, p. 270 n. 87)

f. 53r-54v. Auctor incertus, Tractatus de vitiis et virtutibus ; bref traité des vices et vertus accompagné de dessins allégoriques et de citations bibliques introduites par la formule nonne quia scriptum est ; chaque registre a été glosé par une seconde main. Les vices correspondent à la sériation d'Evagrius Ponticus [Εὐάγριος ὁ Ποντικός], De vitiis quae opposita sunt virtutibus (selon Scheller, 1995, d'après A. Katzenellenbogen, 1964, p. 8-9 ; Orbán, 2006, p. 63 a regroupé, à tort selon nous, la dernière col. de ce traité avec l'allégorie du Soldat du Christ qui lui fait suite) :
« De superbia / de humilitate ; de gula / de abstinentia » (f. 53r combats d'Humilité et d'Orgueil ; d'Abstinence et de Gourmandise). « De fornicatione / de castitate ; de avaritate / largitas » (f. 53v, combats de Chasteté et de Luxure ; de Largesse et d'Avarice ). « De ira / patientia ; de tristitia / gaudium » (f. 54r, combats de Patience et de Colère ; de Joie et de Tristesse). « De accidia [scil. acedia] / <de diligentia> (?) ; de vanagloria / <de timore dei> (?) (…) falsitatis scientiae » (f. 54v, combat de Diligence et de Paresse ; allégorie de la crainte de dieu et vaine gloire).

f. 55r-57v. Allegoriae et Hymni :
f. 55r. Miles Christianus armé et couronné, piétinant un serpent (reprod. Scheller, 1995, fig. 11). Le dessin occupe la gauche sur toute la hauteur du f. ; il est accompagné de descriptions allégoriques des attributs copiées à droite du dessin. Les descriptions, en 7 paragraphes placés en regard des attributs représentés sur l'illustration, consistent en une réécriture d'un extrait de l'Epître de Paul aux Éphésiens (Eph. 6.13-17) auquel ont été ajoutés, au § 2, une citation biblique du livre de Job et au § 7, le début d'un chant liturgique (Hesbert, 1963, CAO III, n° 2684); de la main du copiste principal. Plus tard, deux gloses (encre plus sombre) complètent les § 5 et 6 :
« [1] Galeam (…) ; [2] Gladius (…) accipite armatura dei (…) stare ; "Et militia est vita hominis super terram" [Job, 7.1]; [3] In omnibus habentes scutum (…) ; [4] Indunte lurica (…) ; [5] State succincti lumbos vestros (…) ; [6] Calciati (sic) pedes (…) ; [7] "Estote fortes in bello et pugnate cum antiquo serpente et accipietis regnum aeternum" » [La citation § 7 provient d'un chant liturgique du commun des Apôtres ; elle figure dans le manuel de Duhoda (rédigé entre 841 et 843), où elle est introduite par les mots scriptum est in cuiusdam libelli, IV, 5, 10 (éd. P. Riché, 1997). Cette exhortation semble être inspirée par Apoc. 12.9 et Hebr. 11.34.]
f. 55v. ANICIUS MANLIUS SEVERINUS BOETHIUS, Consolatio philosophiae IV, 3, 12-16 (court extrait) : « sicut igitur probis probitas (…) hominem estimare non possis ».
f. 55v. Hymne composée à partir d'extraits du Peristephanon liber, de Prudence, Hymne VI in honorem beatissimorum martyrum Fructuosi episcopi ecclesiae terraconensis, et Augurii et Eulogii diaconorum : « O triplex honor, o triforme culmen [142] (…) tegens ab igne [159, -i éd.] (…) exultare tribus libet patronis [145]/ Felices anime (…) per ignem celsa scandere [97-98] (…) » (éd. CCSL 126, p. 314-320) + la doxologie : « Aeterne genitor (…) spiritui qui Deus unus pollens perpetuis inclyte seclis », qui provient d'une Hymne du Pseudo-Ambroise, cf. Walpole, 1922, hymne 127, «de sterilitate pluviae» p. 397 sqq. (attribuée par Bède à Ambroise «Squalent arva … nos quoque dones ») mais sans la doxologie en question ; voir Becht-Jördens, 1993, p. 42 ; à propos des Hymnes authentiques, voir Fontaine, 1992).
f. 56r. AURELIUS CLEMENTIS PRUDENTIUS, Peristephanon libri Hymnus III, Passio Eulaliae beatissimae martyris (début, v. 1-140) : « AURELII PRUDENTII CLEMENTIS VI (sic, pro V.C.) PASSIO BEATE EYLALIAE. Germine nobilis Eulalia (…) sanguinis eliciti. Explicit » [L'espacement entre les lignes d'écriture se réduit au fur et à mesure de la copie, dans le but de faire entrer cet extrait de texte sur le recto du f. seulement.]
f. 57r. HILARIUS PICTAVIENSIS, Versus de paenitentia (Hymnus alphabeticus ; sans titre : « Ad coeli clara non sum dignus (…) Domini semper » (début de l'hymne noté, neumes aquitains, cf. 64r ; éd. AH, 50, n° 107, p. 148-150).
f. 57v. Texte biblique en partie tiré de Ion. 3 ; occupe la moitié supérieure du f. ; dessin ajouté dans l'autre moitié.

f. 49r, 56v, 57v, 64v (et Vatican, Reg. lat. 596, f. 27). Des croquis de modèles ornementaux ont été ajoutés autour de l'an mille aux emplacements laissés vacants à l'origine ; réalisés peut-être à Fleury (leur style a été rapproché des ornements des mss. de St-Martial de Limoges) ; à propos de cet ensemble de modèles, voir E. Vergnolle, 1984, p. 23-56 ; p. 42-44 [f. 57v], 44-46 [56v] ; Scheller, 1995 ; Exposition Orléans, les premiers Capétiens, 1987, p. 107-108, n° 241 à propos des modèles du f. 64v.
f. 49r, esquisses à peine discernables ; 56v, buste du Christ tenant un livre et présentant la paume droite ouverte de face (inachevé) ; 57v, miles Christi à gauche et personnage féminin le désignant à droite ; 64v, esquisses diverses, frises végétales, figures etc., avec des indications de couleurs abrégées : « ca. » (carmin), « sin. » (sinopis), « ve. » (vermiculum ou vert?), « mi. » (minium), « oc. » (ocrum), « fa.» (faveus), « cera », « laz. » (lazurium), « ves. cl. » (?) (voir E. Vergnolle, 1984, p. 30 n. 19 qui lit cette dernière mention «verd»).

f. 64r. Deux ajouts de la fin du IXe s. (?), de deux mains différentes :
VENANTIUS FORTUNATUS, Hymnus Beatae Mariae : « Hymnum (sic) de Sancta Maria. Quem terra pontus (…) precantes iugiter. Amen » (AH 50, p. 86-87, n° 72, avec strophe finale identique à celle du témoin F) ;
Bénédiction: « Benedictio palmae. Omnipotens sempiterne Deus (…) et regnat deus » (cf. Liber sacramentorum Gellonensis, § 3056, éd. Dumas, 1981 ; voir notice de Paris, Bnf, lat. 12048).