Fonds Théâtre des Bouffes du Nord - direction : Brook, Peter (théâtre)

Cote : COL-14 
Fonds Théâtre des Bouffes du Nord - Peter Brook
1970-1989
Bibliothèque nationale de France. Département des arts du spectacle
Le fonds contient des documents majoritairement en français

Biographie ou histoire

Peter Brook en France
Peter Brook est né à Londres en 1925 de parents d'origine russe.
Il monte son premier spectacle alors qu'il est encore étudiant à Oxford. Il réalise des opéras à Covent Garden. Devenu pour un temps co-directeur de la Royal Shakespeare Company, il met en scène, inlassablement, la presque totalité des oeuvres de Shakespeare, en Angleterre, puis dans le monde entier. Parallèlement il aime à faire oeuvre cinématographique.
Un homme de théâtre reconnu
Il n'a que 29 ans quand l'Enciclopedia dello spettacolo lui consacre une notice pour une carrière déjà bien remplie. Richard Marienstras et Georges Banu, dès le volume 5 des Voies de la création théâtrale aux éditions du CNRS, analysent une de ses mises en scène les plus marquantes : Timon d'Athènes. En 1982, un volume entier de cette collection confirme aux yeux des spécialistes du théâtre l'exemplarité de son itinéraire. Il figure aujourd'hui dans toutes les encyclopédies et dictionnaires généraux.
Shakespeare en France
Invité par A.-M. Jullien et Claude Planson dans le cadre du Théâtre des Nations, il fait redécouvrir Shakespeare en France, dans des mises en scène originales, loin des représentations académiques. C'est d'abord Titus Andronicus en 1957. Vivien Leigh et Laurence Olivier en sont les principaux interprètes."Un spectacle stupéfiant" écrit Elsa Triolet. Suivront : Le Roi Lear en 1963, puis, à l'initiative de J.-L. Barrault, en 1968 Tout est bien qui finit bien, Le songe d'une nuit d'été en 1972. Et c'est avec Timon d'Athènes, pièce peu connue de Shakespeare, qu'il a inauguré son théâtre à Paris. "Le plus important élément de l'étude shakespearienne", écrit-il en 1962, "a été la redécouverte du théâtre élisabéthain" ("Le point de vue du metteur en scène". Dans : Shakespeare, Paris, Hachette, 1962, collection Génies et réalités).
Les débuts difficiles en France : des choix contestés
Sa carrière française avait débuté avec la mise en scène de La Chatte sur un toit brûlant de Tennessee Williams, en 1956, au Théâtre Antoine. Cette pièce qui a fait les beaux jours de Broadway reçoit à Paris un accueil plutôt hostile malgré la présence de Jeanne Moreau dans le rôle de Maggy, "la chatte". Brook connu alors comme "l'un des plus grands metteurs en scène anglais de sa génération et comme le metteur en scène attitré de Laurence Olivier à l'Old Vic", ne convainc pas le public français avec ce premier essai. Il récidive cependant au Théâtre Antoine encore, avec, en 1958, Vu du pont d'Arthur Miller. Bernard Dort critique cette mise en scène, "brillante", certes, et "habile" mais "affadissant" le texte. Il reconnaît cependant que la présence de Ralf Vallone sauve la pièce (Théâtre populaire, 1958, no 31). La performance de l'acteur italo-americain est d'ailleurs unanimement saluée par la presse. Peter Brook monte ensuite Le Balcon de Jean Genet au Théâtre du Gymnase en 1960. Cette pièce , précédée d'un parfum de scandale, est accueillie par un public houleux et une critique classiquement partagée, un J.-J. Gautier comme à son habitude hargneux et réactionnaire : "Eh bien tant pis pour moi si je dois sombrer dans le ridicule, mais...", on imagine la suite, tandis que B. Poirot-Delpech prêche la modération : L'Allemagne, les États-Unis et même l'Angleterre ont fait bon accueil à la pièce de Genet, "ce serait décevant que le pays de la finesse et la tolérance justifie par son aveuglement les craintes qui lui ont valu de découvrir la pièce trois ans après ses voisins." Marie Bell en Irma, royale, inquiétante, tire son épingle du jeu. Roland Barthes, lui, reproche au metteur en scène de justement "désamorcer le scandale, de ne penser l'inquiétant qu'en terme d'effets" (Théâtre populaire, 1960, no 38). Du reste, on parle davantage en général du texte lui-même que de la mise en scène de Brook. Toujours dans ce théâtre il crée en 1963, avec Laurent Terzieff dans le rôle-titre, La Danse du sergent Musgrave de John Arden. Françoise Spira, transfuge du TNP qui avait fondé sa propre compagnie : "Le Théâtre vivant", l'accueille au Théâtre de l'Athénée en 1963. Devant l'insuccès de la pièce, elle propose 3 séances gratuites suivies de débats qui attirent le public du Théâtre populaire. Elle n'hésitera d'ailleurs pas à réinviter Peter Brook pour monter Le Vicaire de Hochuth avec Antoine Bourseiller et Michel Piccoli. Cette pièce sulfureuse provoque l'indignation des catholiques. Nicole Zand, la critique du Monde rappelle que, ces mêmes jours, un autre "théâtre vivant", la compagnie américaine Living Theatre, fermait provisoirement ses portes par manque de crédits. Peter Brook avait vu le spectacle du Living Theatre : The Connection de Jack Gelber : "leur mise en scène est passionnante et montre une des voies qui s'offrent à notre théâtre", dit-il (Points de suspension : 44 ans d'exploration théâtrale, Paris, Seuil, 1992). Il a moins apprécié L'Antigone de ce même groupe à qui on le compare quelquefois, critiquant le jeu stéréotypé des comédiens, leur manque de préparation.
Le premier Centre international
Peter Brook décide de s'installer définitivement à Paris.
En 1970 il crée, avec Micheline Rozan, le Centre international de recherche théâtrale (CIRT). Des acteurs, des auteurs, des musiciens d'origines diverses travaillent ensemble sous la direction de Peter Brook. Exercices physiques, improvisations, travail sur le son, telles sont les voies explorées à la recherche de nouvelles formes de théâtre.
"S'il choisit un groupe d'acteurs de nationalités, de cultures et de langues différentes, c'est qu'il place sa recherche dans des conditions telles que le noyau du travail ne pourra être le texte ou le langage des mots", écrit Monique Borie ("Langage du corps et procès du texte", Théâtre en Bretagne, 1996, no 1), et de citer les sources de cet art théâtral : Artaud, Meyerhold, Craig.
Peter Brook avait fondé en Angleterre en 1964 un "Théâtre de la cruauté". Il a rencontré E. G. Craig en 1956. "Il existe dans le théâtre quelques hommes sages et quelques-uns qui en défendent jalousement les idéaux. Nous devons rendre hommage à Gordon Craig, et le chérir", écrit-il dans son livre de souvenirs (Points de suspension...). Dans l'un de ses derniers spectacles: Qui est là (1993-1994) il fait dire par un acteur cette phrase de Craig : "Je suis entré au Théâtre de Francfort, j'ai vu une pancarte: "interdit de parler"."
"L'acteur" dit Peter Brook, interrogé sur ce sujet auquel il a beaucoup réfléchi, "doit accepter trois responsabilités : "à l'égard du public qui s'intéresse au théâtre, à l'égard du public qui ne s'intéresse pas au théâtre, à l'égard du développement de son propre métier" (document du CIRT et du CICT, septembre 1977).
Les créations, en 1971 au Festival de Chiraz-Persépolis, d'Orghast, et, en 1972 en banlieue parisienne, de Kaspar, concrétisent ce travail de recherche. Orghast est le nom d'un langage inspiré du grec ancien, du latin ou de langues imaginaires adapté à un théâtre tragique. "Le plus beau spectacle du monde", reconnaît Guy Dumur, et, renchérissant : "une de mes plus grandes impressions peut-être de toute ma carrière de critique théâtral". Quant au spectacle intitulé Kaspar dont le modèle est l'énigmatique personnage de Gaspar Hauser, il indique lui aussi le sens de la démarche théâtrale de Brook: mise en mots de sensations, relations de la pensée et du langage, interrogations sur l'inné et l'acquis.
Peter Brook, l'animateur
L'un des aspects les plus importants du parcours de Peter Brook, celui, peut-être, qui lui tient le plus à coeur, est son travail d'animateur. Avec sa troupe il va d'écoles en centres de jeunes délinquants, d'hôpitaux psychiatriques en foyers d'immigrés ou banlieues défavorisées. Il présente des spectacles dans le quartier de Brooklyn à New-York aussi bien que dans des villages africains. Chaque représentation est unique, spécifique de chaque lieu. À la question : "quelle action un tel théâtre peut-il avoir sur le public ?", il répond : "le phénomène est bien complexe et mystérieux, il serait bien naïf de le prévoir." "Et votre rôle personnel dans cet effort ?" "J'aimerais qu'il réponde au beau mot français d'"animation" ("Peter Brook, l'élisabéthain : entretien". Le Monde, 15.10.1970).
Le deuxième Centre international
Le double mouvement création-recherche qui constitue la base même du travail de Peter Brook le conduit tout naturellement à fonder en 1974, avec Micheline Rozan toujours, le Centre international de créations théâtrales (CICT). Les liens entre les deux organismes CIRT et CICT sont étroits, constants : la création est le résultat d'une recherche et l'aboutissement est la confrontation avec le public. Chaque centre a son budget propre, mais leurs activités artistiques sont complémentaires (d'après le rapport d'activités 1977 du CIRT et du CICT). D'autres activités sont plus spécifiques de l'un ou de l'autre : le CIRT accueille des ateliers de recherche animés par des comédiens de la troupe ou par des metteurs en scène extérieurs. Le CICT édite les textes qu'il représente : nouvelles traductions de pièces étrangères (Shakespeare, Tchekhov), adaptations de textes non destinés à l'origine au théâtre (Les Iks, le Mahabharata etc.).
À la recherche de "l'espace vide": le Théâtre des Bouffes du Nord
La même année, Peter Brook s'installe au Théâtre des Bouffes du Nord. Ce théâtre à l'italienne, en sommeil depuis un quart de siècle, est réhabilité, certes, mais en prenant en compte les conclusions que le metteur en scène a tirées de sa longue réflexion sur l'espace théâtral (L'espace vide, trad. de The empty space, Paris, Seuil, 1977). "Ces murs écaillés, l'absence de dorure, le trou béant qui remplace la scène permettait de retrouver quelque chose du théâtre élisabéthain", écrit Guy Dumur dans le premier programme des Bouffes du Nord.
Pour l'inauguration, dans le cadre du Festival d'automne à Paris, Peter Brook présente, bien sûr, un Shakespeare : Timon d'Athènes et l'adaptation sous le titre Les Iks de l'ouvrage de l'ethnologue Collin Turnbull : The Mountain people, qui décrit la vie d'une tribu de chasseurs d'Afrique balayée par une civilisation destructrice. C'est le premier prétexte à un travail d'acteur expérimental.
Depuis, sans relâche, alternent au Théatre des Bouffes du Nord créations de Peter Brook, manifestations de chants, de danse, représentations de pièces accueillies par lui.
La grande aventure du Mahabharata
En 1985, invité au Festival d'Avignon, Peter Brook crée un spectacle-fleuve qui se déroule pendant trois soirées consécutives ou une nuit entière. Pour lui, Jean-Claude Carrière, avec qui il travaille depuis longtemps, adapte la vaste épopée indienne du Mahabharata.
C'est l'occasion "d'inventer" un nouveau lieu théâtral : une carrière à ciel ouvert, près d'Avignon, "un espace vide" où peut souffler le mistral chargé des senteurs des garrigues, où, dans le silence entre deux répliques, se fait entendre le chant des grillons. Ainsi Jean Vilar avait-il, une quarantaine d'années auparavent, osé investir l'espace vide de la cour d'honneur du Palais des papes. Le Mahabharata fera le tour du monde et sera pérennisé sous forme de film en 1989.

Informations sur les modalités d’entrée

Documentation déposée par Micheline Rozan en 1990 auprès du Département des arts du spectacle de la BnF.

Présentation du contenu

Programmes, dossiers de presse, affiches, coupures de presse, rapports d'activité du CIRT et du CICT.

Conditions d'accès

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Documents en relation

Des documents régulièrement déposés au Département par le Théâtre des Bouffes du Nord, ou provenant d'autres sources, sont versés dans la section appelée "documents d'actualités". On les trouvera sous la cote Wna-16.