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Fonds Segond-Weber, Eugénie (théâtre)

Cote : COL-63 
Fonds Eugénie Segond-Weber (1867-1945)
[ca 1886-1945]
7,2 mètres linéaires
Bibliothèque nationale de France. Département des arts du spectacle
Le fonds contient des documents majoritairement en français

Biographie ou histoire

(Caroline) Eugénie Weber, épouse Second (1867-1945), est la fille de Charles Weber, facteur de pianos, et de Rosalie Eugénie Cheneau. Son père est un temps secrétaire et trésorier d'E. Lockroy, avant de mourir fusillé pendant la Commune de Paris en mai 1871. Elle est donc élevée par son grand-père le tisserand Pierre François Désiré Cheneau. Elle épouse en 1886 le comédien Léon Segond, dont elle se sépare en 1909.
Elle suit les cours de diction de Dupont-Vernon avant d'être admise au Conservatoire dans la classe de Got. Elle obtient en 1885 le premier prix de tragédie. Elle signe alors un premier contrat biennal d'engagement au théâtre de l'Odéon le 5 août 1885, dirigé par Porel, sur les conseils de François Coppée, et s'y fait connaître dans le drame historique Les Jacobites. Elle est dans le même temps courtisée par la Comédie-Française. Une première proposition lui avait été faite par Émile Perrin, qui finit par l'engager en 1887 après son double succès dans une pièce contemporaine, Michel Pauper d'Henry Becque, et une pièce de Shakespeare, Le Songe d'une nuit d'été. Suit une période où elle alterne les engagements dans différentes institutions théâtrales : au Théâtre de l'Odéon, à la Comédie-Française, mais aussi au Châtelet et dans les théâtres antiques du Sud de la France.
Elle est finalement engagée à la Comédie-Française en 1900, comme pensionnaire, puis devient sociétaire en 1902, après son succès dans le rôle de Guanhumara des Burgraves de Victor Hugo. Elle multiplie dès lors les rôles tragiques, cependant qu'elle entame un travail d'écriture sur les auteurs du répertoire (Jean Racine, Pierre Corneille, mais aussi Victor Hugo). Elle correspond avec les écrivains de l'époque (François Coppée, Catulle-Mendès, Jean Cocteau, Robert de Montesquiou...). Elle incarne l'héroïne tragique par excellence : gestuelle pathétique et grandiloquente, postures figées, corps aspirant à l'expressivité statuaire... Elle brille aussi par sa diction toujours impeccable et sa voix puissante.
Son répertoire est, tout au long de sa carrière, des plus variés : il s'étend des héroïnes du théâtre antique aux héroïnes raciniennes, ou encore cornéliennes, en passant par les drames historiques de la période romantique (Iphigénie ; Agrippine dans Britannicus ; Cléopâtre dans Rodogune ; Athalie ; Nicomède ; Les Burgraves ; Jeanne d'Arc...) aux personnages des tragédies modernes (Jules Bois avec La Furie ; Albert du Bois avec L'Hérodienne ; Henri de Bornier ; François Coppée ; Alexandre Parodi avec Rome vaincue...). Elle joue aussi les auteurs étrangers, et notamment Gabriele D'Annunzio, en créant en 1928 La Torche sous le boisseau.
Elle écrit volontiers des conférences sur les auteurs du répertoire, sur la pratique de comédien, et en particulier sur l'interprétation des rôles. Ses discours les plus connus vont de l'analyse littéraire à l'étude de comédiens et de comédiennes illustres, en passant par l'analyse dramaturgique. Ils concernent "Pauline de Polyeucte" ; "Le Théâtre romantique" ; "Les héroïnes romantiques" ; "Les sorcières" ; "Le rôle d'Hermione" ; "Mademoiselle George".
Elle anime également, à partir de 1920, des matinées poétiques à la Comédie-Française, ce qui lui vaut la reconnaissance et l'estime des poètes de son temps. Elle prend la parole dans de nombreuses occasions de la vie publique au profit de la mairie du XIe arrondissement et du Conservatoire national en particulier, et se prête à un certain nombre d'entretiens médiatiques (comme pour Le Petit Parisien, Les Annales, Paris-Soir… ou encore pour la radio…). Elle accorde la plus grande importance à la diffusion des connaissances et à la promotion militante de la culture, affirmant, dans un texte intitulé "Renaissance de la tragédie" : "Je suis orfèvre. Je crois à la Tragédie ! J'ai appris à l'admirer intégralement et plains ceux qui la renient, je mets une foi d'apôtre à éclairer ceux qui l'ignorent. Je suis orfèvre."
Elle fait preuve par ailleurs d'un engagement durable dans les grands conflits qui ont animé cette période, en mettant son art dramatique au service des armées françaises : elle donne un certain nombre de lectures et de représentations au profit des soldats mobilisés, et se prête volontiers, conformément à la tradition de la Comédie-Française, aux reconstitutions de la Marseillaise (ce dont on peut juger en consultant la collection de cartes postales du dossier iconographique). En parallèle, ses archives comptables et sa correspondance permettent d'attester une activité caritative intense : elle apporte tout au long de sa vie un soutien financier aux associations d'orphelins, aux associations de soldats, aux institutions d'enseignement populaire dont elle a elle-même pu bénéficier avant d'atteindre la gloire.
Outre son activité artistique, elle participe à la gestion et à l'administration culturelle, en apportant sa caution, notamment, au Conseil supérieur du Conservatoire national, où elle siège à partir de 1916, au Théâtre antique d'Orange, ou encore au théâtre des Armées.
Eugénie Segond-Weber est une des personnalités les plus significatives de cette génération d'artistes interprètes, acteurs de talent, érudits, soucieux de faire du théâtre un art aussi exigeant que populaire, et surtout, objets d'une dévotion collective considérable, et qu'on a voulu ranger, après Cocteau, sous le signe des "monstres sacrés" du théâtre français : "Je travaille dans la peine, tant que ne m'apparaît pas une lueur de compréhension qui me mène alors à la conviction et à la joie" (enquête parue en 1912 dans Les Annales).

Informations sur les modalités d’entrée

Dons de Mme Sauvage, Mme Galzy et Liane Lehman, 1951, 1996, 2000.

Présentation du contenu

Le fonds se compose de :
- ressources biographiques sur la vie professionnelle et personnelle de la comédienne stricto sensu, à partir de documents d'état-civil, de sa correspondance privée et publique, mais aussi d'informations professionnelles ;
- ressources artistiques et culturelles sur la production dramatique dans la première moitié du XXe siècle, avec en particulier une série presque complète de bulletins d'avertissement permettant de se faire une idée précise du travail de la comédienne au jour le jour, et recueillir un certain nombre d'informations sur la programmation, comme sur la distribution de la Comédie-Française. Une série très complète de textes lus et de rôles vient encore compléter cette ressource documentaire ;
- ressources historiques sur la vie théâtrale, avec quelques chroniques de presse, des autographes de metteurs en scène et de directeurs de théâtres ;
- ressources sur la vie intellectuelle et les débats qui animent la vie artistique de l'époque, à travers la correspondance de la comédienne avec des personnalités, qui s'étend de 1886 à 1945 ;
- ressources sur l'histoire sociale et politique du milieu artistique, avec un certain nombre de documents ayant trait aux engagements associatifs et caritatifs de la comédienne (notamment dans les foyers d'orphelins et les associations patriotiques), pendant les deux guerres mondiales en particulier ;
- ressources sur la réception des spectacles dans lesquels elle a joué, et sur la composition des publics de l'époque, à travers la correspondance nourrie de ses admirateurs, et une série importante de cartes de visite.

Conditions d'accès

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Ce fonds est consultable uniquement en place réserve (à demander à l'entrée de la salle de lecture).
Il est conservé dans les magasins d'un site distant. Un délai de 48 à 72 heures est donc nécessaire pour obtenir la communication des documents qui le constituent. Un document demandé jusqu'à 17 h 45 est disponible le surlendemain à 10 h (pour les demandes effectuées du vendredi 17 h 45 au lundi 10 h, compter 1 jour de plus).