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Charles V-Charles VI

Catalogue thématique : librairie de Charles V-Charles VI.
Bibliothèque nationale de France. Département des Manuscrits

Historique de la Librairie

Le transfert de la collection royale du Palais de la Cité au Louvre peut être daté de 1369. « Installée » dans la tour de la Fauconnerie, confiée à Gilles Malet, valet de chambre du roi, elle ne tarda pas à apparaître comme la première bibliothèque royale européenne, exceptionnelle par le nombre de ses ouvrages, la diversité de ses titres et le luxe de certains manuscrits. En 1380, à la mort du roi, Charles VI hérita de 910 ouvrages, auxquels s'ajoutaient cent quinze manuscrits répertoriés parmi les joyaux conservés au donjon de Vincennes, dans les châteaux de Saint-Germain-en-Laye et de Melun et, à partir de 1400, dans la Bastide Saint-Antoine (la Bastille).

Quinze inventaires, conservés au département des Manuscrits, aux Archives nationales (KK 39) et à la Bibliothèque Mazarine (ms. 2030), permettent de suivre l'évolution de la librairie entre 1380 et 1424, date de son estimation à la demande de Jean de Lancastre, duc de Bedford, alors régent du royaume de France, qui la racheta pour la modique somme de 2323 livres. Le duc de Bedford ne prit réellement possession de la librairie qu'en 1429. Elle fut définitivement dispersée à sa mort en 1435. 

Inventaires de la Librairie du Louvre :

Les sigles utilisés sont ceux qui ont été attribués par Léopold Delisle (Delisle, Recherches sur la Librairie de Charles V, Paris, 1907

Inventaire de 1380 [inv. A], récolement de l'inv. de 1373 par Jean Blanchet : BnF, ms. Français 2700, f. 2-37.
Inventaire de 1380 [inv. B], copie de A destinée au roi: Bnf, Baluze 397.
Inventaire de 1411 [Inv. C], inventaire des déficits: BnF, ms. Français 2700, f. 41-49v.
Inventaire de 1411 [inv. D] : BnF, ms. Français 2700, f. 53-132.
Inventaire de 1413 [inv. E]: BnF, ms. Français 9430.
Inventaire de 1424 [inv. F], (copie moderne) : BnF, NAF 2613 ; Bibl. Sainte-Genevièvre, ms. 965 ; Bibl. Mazarine, ms. 2030 (éd. Douët d'Arcq 1867). 

Inventaires des joyaux :
Inventaire général des joyaux, 1380 [inv. G] : BnF, ms. Français 2705 (éd. Labarte 1879).
Copie XVIIe siècle de l'inventaire G, avec annotations jusqu'au f. 125 : BnF, ms. français 23931.
Inventaire des joyaux conservés à Melun, 1380 : BnF, ms. Français 21447, f. 56-108. 
Inventaire de 1391, ne comprenant pas les joyaux de Melun : BnF, ms. Français 21445 (copie XVIIe s.).
Inventaire général de 1400 : BnF, ms. Français 21446 (copie XVIIe s. ; éd. Henwood 2004). 
Inventaire général de 1413 : BnF, ms. Français 21444 (copie XVIIe s.).
Inventaire général de 1418, récolé en 1420 : Archives Nationales, KK 39, f. 8v-65 (inv. H de Delisle, éd. Douët d'Arcq 1864, p. 279-361: p. 298 n° 97-98 (Bastide Saint-Antoine) ; p. 323-325 n° 288-300 (Vincennes, tournelle) ; p. 347 n° 467, p. 351 n° 500 (Vincennes, étude), p. 390 n° 140-141). 
Récolement de 1421: BnF, coll. Dupuy, ms. 383 (éd. Douët d'Arcq 1864, p. 384-393 (Louvre)). 
Inventaire des joyaux du Louvre, Saint-Pol et Vincennes, 1422 : BnF, ms. Français 7855, p. 557-616 ; coll. Clairambault,  ms. 834, p.1285-1412. 

Contenu

L'ensemble de manuscrits conservés au donjon de Vincennes, à Melun et à Saint-Germain-en- Laye était essentiellement composé de livres liturgiques, à l'exception de six ouvrages scientifiques. Les inventaires retracent la répartition des livres dans les trois chambres de la tour de la Fauconnerie : la première chambre, dédiée principalement au roi, était centrée sur l'Écriture sainte et les livres de bon gouvernement : miroirs des princes, codes, traductions d'Aristote et de saint Augustin, histoire sainte et « nationale ». La deuxième chambre était surtout composée d'œuvres littéraires et édifiantes, dont de nombreux romans courtois, des chansons de geste et manuels de dévotion. Dans la troisième chambre étaient rassemblés les textes latins et les ouvrages scientifiques (Tesnière 2002, p. 36-40, p. 91 ; Potin 2020, p. 104-105).

Par sa richesse et sa diversité, la Librairie du Louvre concentrait toutes les formes du savoir servant la politique d'un monarque éclairé. On y retrouve les cinq disciplines suivies par Léopold Delisle pour son édition des inventaires (Delisle 1907) : théologie, droit, littérature, histoire, sciences. Deux spécificités rendaient la librairie exceptionnelle : l'importance attribuée aux sciences : médecine, mathématiques, astrologie et astronomie ; le nombre des traductions en langue vernaculaire, initiées sous le règne de Philippe de Valois par la traduction par Jean de Vignay du Miroir historial. La librairie compte la traduction des Décades de Tite Live par Pierre Bersuire et celle de la Bible par Jean de Sy commandées par Jean le Bon. Charles V fit traduire les œuvres d'Aristote par Nicole Oresme, la Cité de Dieu et la Bible par Raoul de Presles, Le Politicraticus de Jean de Salisbury par Denis Foulechat, le Livre des propriétés des choses de Barthelemy l'Anglais par Jean Corbechon, un traité sur l'Information des princes et le Rational des divins offices de Guillaume Durand par Jean Golein, les Remèdes contre l'une et l'autre fortune de Pétrarque par Jean Daudin. Apparaissent aussi des traductions de traités d'astrologie judiciaire dues à Pèlerin de Prusse et une traduction anonyme du Bonum universale de apibus de Thomas de Cantimpré (Monfrin 1963, p. 172-176).

Constitution du corpus  

Quelque 200 manuscrits ont été aujourd'hui retrouvés dans les bibliothèques françaises et étrangères. Une centaine est conservée à la Bibliothèque de l'Arsenal et au département des Manuscrits. Les marques d'appartenance portées sur les ouvrages permettent de retracer la constitution du corpus. Les premiers manuscrits de Charles V à faire partie de la bibliothèque du Roi proviennent de la collection de Charles d'Orléans passée par héritage en 1465 à son fils Louis, duc d'Orléans, futur Louis XII ; de celle de Louis de Bruges (1422-1492), seigneur de Gruthuuse, cédée au roi par son fils Jean de Bruges et de la bibliothèque du château de Moulins confisquée en 1523 avec les biens du connétable Charles de Bourbon. Sept ouvrages proviennent de la Bibliothèque personnelle de François Ier. En 1664, Hippolyte de Béthune donna à la Bibliothèque royale les manuscrits de son père Philippe de Béthune, dont six exemplaires de l'ancienne collection de Charles V. Au XVIIIe siècle, le fonds s'accrut avec la cession des livres du bibliophile rouennais Jean Bigot en 1706, de Roger de Gaignières en 1716, d'Étienne Baluze en 1719, de Jean-Baptiste Colbert en 1732. Cinq ouvrages passés entre les mains du chancelier Pierre Séguier avaient été cédés à l'abbaye de Saint-Germain des Prés. Confisqués sous la Révolution, ils furent versés à la Bibliothèque nationale en 1796, de même que trois manuscrits du cardinal de Richelieu entrés par la suite à la Bibliothèque de la Sorbonne et le ms. Latin 10483-10484 saisi au couvent de Saint-Louis de Poissy. Ventes et dons au cours des XIXe et XXe siècles vinrent compléter ce prestigieux ensemble.
Au nombre de ces ouvrages figurent six des dix manuscrits qui avaient été cédés en 1371 au couvent des Jacobins de Troyes, sur la prière de Pierre de Villiers futur évêque de Troyes (1375-1377), alors confesseur du roi. Une bulle du pape Grégoire XI du 26 février 1371, interdisant leur aliénation, fut transcrite à la fin de chacun des livres. Il s'agit des mss Français 5256, Latin 7475, Latin 8541, Latin 9730, Latin 10623 et NAL 1792.

Genèse du projet de recherche sur la Librairie royale (2008-2018)

Parmi les travaux de Delisle, la collection de manuscrits des rois Charles V et Charles VI a tenu une place prépondérante : outre les chapitres qui lui sont consacrés dans le Cabinet des Manuscrits (t. I, 1868, p. 1-71 et t. III, 1881, p. 114-170), ses Recherches sur la Librairie de Charles V (1907) restent encore aujourd'hui l'ouvrage de référence.
Depuis 2008, sous la direction de Marie-Hélène Tesnière, conservateur général, une équipe de quatre chercheurs de la Bibliothèque nationale de France et de l'Institut de recherche et d'histoire des textes travaille à une nouvelle étude de la Librairie des rois Charles V et Charles VI, tant au Louvre que dans les résidences royales.
Après avoir bénéficié d'un plan triennal de recherche au sein de la BnF (2008-2010), le projet a été intégré dans le programme européen EUROPEA REGIA (2010-1012). Entre 2012 et 2015, il a fait partie du programme de l'ANR BIBLIFRAM (Les bibliothèques matrices et représentations des identités médiévales), puis de celui de l'équipex BIBLISSIMA (Bibliotheca bibliothecarum novissima). Deux dernières années au sein du plan quadriennal de recherches de la BnF (2016-2018) ont permis de finaliser les recherches.
Le projet est aujourd'hui en voie d'achèvement et doit donner lieu à une publication. Le travail d'identification des textes a mis en lumière une collection patrimoniale exceptionnelle, exemple de la première bibliothèque en langue vernaculaire et symbole de la place du savoir dans un système politique, indissociable de l'histoire de la BnF qui possède aujourd'hui la majeure partie des manuscrits retrouvés et dont elle est « spirituellement » l'héritière.
L'ouvrage, qui est à la fois une reconstitution du patrimoine intellectuel et de l'organisation de la bibliothèque dans le temps et dans l'espace, comprendra deux parties : un corpus regroupant l'ensemble des notices correspondant aux articles des quinze inventaires de la librairie royale entre 1380 et 1424, accompagnées d'introductions sur la collection et son contenu ; une deuxième partie composée d'indices, d'un répertoire des possesseurs et du corpus des manuscrits identifiés à ce jour dans les bibliothèques françaises et étrangères.

Orientation bibliographique

Éditions :

Louis Douët d'Arcq (éd.), Choix de pièces inédites relatives au règne de Charles VI, t. II, Paris, 1864.

Id. (éd.), Inventaire de la bibliothèque du Roi Charles VI, fait au Louvre en 1423, par ordre du régent duc de Bedford, Paris, Pour la Société des bibliophiles, 1867.

Léopold Delisle (éd.), Le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque impériale [puis nationale], Paris, Imprimerie impériale [puis nationale], t. III, Paris, 1881, p. 114-170.

Jules Labarte (éd.), Inventaire du mobilier de Charles V, roi de France, Paris, 1879 (Collection de documents inédits sur l'histoire de France).

Léopold Delisle (éd.), Recherches sur la librairie de Charles V, Paris, H. Champion, 1907.

Philippe Henwood (éd.), Les collections du trésor royal sous le règne de Charles VI (1380-1422). L'inventaire de 1400, Paris, 2004.

Études :

Léopold Delisle (éd.), Le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque impériale [puis nationale], Paris, Imprimerie impériale [puis nationale], t. I, 1868, p. 1-71, en particulier p. 18-54.

Jacques Monfrin, « Humanisme et traductions au Moyen Âge », Journal des Savants, n° 3, 1963, p 161-190.

François Avril, « Les livres de Charles V au château de Vincennes », dans Vincennes aux origines de l'état moderne. Actes du colloque scientifique sur les Capétiens et Vincennes au Moyen Ấge, Vincennes, 8-10 juin 1994, Paris, 1996, p. 329-341.

Yann Potin, « A la recherche de la librairie du Louvre. Le témoignage du manuscrit français 2700 », Gazette du livre médiéval, n° 34, 1999, p. 25-36.

Id., « Le dernier garde de la librairie du Louvre (première partie). Léopold Delisle et son édition des inventaires », ibid., n° 36, 2000, p. 36-42.

Id., Le dernier garde de la librairie du Louvre (deuxième partie). Édition de catalogues et publication de sources au XIXe siècle », ibid., n° 37, 2000, p. 1-8.

Marie-Hélène Tesnière, « La librairie modèle », dans Frédéric Pleybert (dir.), Paris et Charles V : arts et architecture, Paris, 2001, p. 225-233.

Ead., « Les livres royaux. Constructions idéales et réalités », dans Myriam Bacha et Christian Hotin (dir.), Les bibliothèques parisiennes. Architecture et décor, Paris, 2002, p. 36-40.

Ead., « Les livres de Charles V », dans Vincennes. Du manoir capétien à la résidence de Charles V. Vincennes. Actualité de la recherche archéologique et architecturale, numéro spécial des Dossiers d'archéologie, n° 289 (décembre 2003-janvier 2004), p. 96-103.

Yann Potin, « Des inventaires pour catalogues ? Les archives d'une bibliothèque médiévale : la librairie royale du Louvre (1368-1429) », dans Bibliothek als Arkiv, 2007, p. 296-305.

Ead., « Livres et pouvoir royal au XIVe siècle : la Librairie du Louvre », dans Jean-François Maillard, István Monok, Donatella Nebbiai (éd.), Matthias Corvin, Les bibliothèques princières et la genèse de l'état moderne, Budapest, Országis Széchényi Könyvtár, 2009, p. 251-264.

Ead., « La littérature autour de 1300 dans la Librairie du Louvre : recherches », dans La moisson des lettres. L'invention littéraire autour de 1300, 2011, p. 49-80.

Ead., « La Librairie de Charles V : institution, organisation et politique du livre », dans Traduire au XIVe siècle. Évrart de Conty et la vie intellectuelle à la cour de Charles V, textes réunis par Joëlle Ducos et Michèle Goyens, Paris, 2015, p. 363-378.

Yann Potin, Trésor, Écrits, pouvoirs. Archives et bibliothèques d'État en France à la fin du Moyen Âge, Paris, 2020, p. 71-138.

Expositions :François Avril et Jean Lafaurie, La librairie de Charles V, catalogue d'exposition [Paris, Bibliothèque nationale de France, 2 octobre 1968-2 janvier 1969], Paris, 1968.

Informations sur le traitement

Introduction rédigée par Véronique de Becdelièvre (novembre 2020).