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Pelliot ouigour 13

Cote : Pelliot ouigour 13  Réserver
Ancienne cote : Pelliot chinois 3517
Texte en ouigour
Bibliothèque nationale de France. Département des manuscrits

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Présentation du contenu

Le manuscrit Pelliot Ouïgour 13, ancienne cote Pelliot Chinois 3517, est sur une feuille de papier mesurant 21,5 cm de large sur 27 cm de long, réglée au recto et au verso en colonnes qui ont approximativement 1,7 cm de largeur, avec, tracée en fin de ligne, une marge de 2 cm. Aux deux extrémités de cette marge, les coins de la feuille ont été coupés en biais, ce qui laisse supposer qu'il ne s'agit pas d'un fragment détaché d'un rouleau. Le papier, de couleur chamois, assez épais, et à vergeures chargées de débris végétaux, est en excellent état, avec tout au plus un trou d'aiguille au milieu de la cinquième ligne.

Les quatorze lignes du texte ouïgour au recto, le verso n'étant pas inscrit, sont écrites d'une main ronde et soignée. Le mot burxan, comme les noms βı̊ročan et Ločana, ainsi que deux points dans chaque groupe de quatre points servant de ponctuation, figurent partout à l'encre rouge, parfois surchargée sur de l'encre noire pâle. L'orthographe, également soignée, paraît tout à fait classique.

Le texte, de caractère bouddhique, dont il manque le début et la fin, n'a pu être identifié avec une œuvre connue par ailleurs. Il est composé en grande partie d'une série d'hommages que rend un certain Küčä ı̊nal (de la ville de Küčä, Kuci, Küsän ?) aux bouddha des dix directions, et aux bouddha Vairocana, Locana, etc. en tant qu'expressions du trikāya.

TEXTE

Pelliot Ouïgour 13

1. NKWZ "LXYNCWSWZ TYTYR · : · N' 'WYCWN TYS'R

-ŋüz alqı̊nčusuz tetir · : · nä üčün tesär

2. PWYKWLWK PYLK' PYLYKYNKYZ YM' "LXYN

bügülüg bilgä biligiŋiz yemä alqı̊n-

3. CWSWZ TYTYR · : · "NY 'WYCWN MN KWYC'

čusuz tetir · : · anı̊ üčün men küčä

4. 'YN'L YWKWNWR MN X'M'X 'WNTWN SYNK'RQY

ı̊nal yükünür men qamaγ ontun sı̊ŋarqı̊

5. PWRX'NL'R NYNK M'NKW LWK NWM TWYZLWK

burxanlar-nı̊ŋ mängü-lüg nom tözlüg

6. 'TWYZ KWYRKYNK' · : · · : · YWKWNWR MN

ätöz körkiŋä · : · · : · yükünür men

7. PWLWNKTYN YYNK'Q LYNXW' 'RD'MLYK

buluŋtı̊n yı̊ŋaq lenxua ärdämlig

8. PWRX'NQ' · : · · : · YWKWNWR MN YWQ'RWDYN

burxanqa · : · · : · yükünür men yoqqarudı̊n

9. YYNK'Q KYNK "LQYX PWRX'NX' · : · YWKWNWR

yı̊ŋaq keŋ alqı̊γ burxanqa · : · yükünür

10. MN "RYX TWRWX NWM TWYZLWK 'TWYZLWK

men arı̊γ turuγ nom tφzlüg ätözlüg

11. TNKRY βYRWC'N PWRX'NX' · : · · : · YWKWNWR

täŋri βı̊ročan burxanqa · : · · : · yükünür

12. MN T'KYRMY TWLW 'DKW XYLYNC 'WTLYSY

men tägirmi tolu ädgü qı̊lı̊nč utlı̊sı̊

13. TNKRY LWC'N' "TLX PWRX'NX' · : · · : · · ·

täŋri ločana atlı̊γ burxanqa · : · · : · · ·

14. YWKWNWR MN YWZ KWTY S'NYNC T'KYMLYKYN

yükünür men yüz köti sanı̊nča tägimligin

TRADUCTION

... votre... s'appelle inépuisable. Quant au pourquoi (si on dit pourquoi), (c'est que) [[2]] votre sagesse merveilleuse aussi s'appelle inépuisable. À cause de cela, moi Küčä ı̊nal, je me prosterne devant la beauté des corps de l'essence de la Loi éternelle de tous les bouddha [[6]] des dix directions. Je me prosterne devant le bouddha pourvu de la vertu du lotus aux points collatéraux. Je me prosterne devant le bouddha large et vaste dans la direction du haut. Je me [[10]] prosterne devant le divin Vairocana, bouddha pourvu du corps de l'essence de la Loi pure et limpide. Je me prosterne devant le bouddha du nom de divin Locana, récompense des bonnes [[14]] actions pleinement accomplies. Je me prosterne devant... par (?) le fait d'avoir des mérites jusqu'au nombre de cent koṭi...

COMMENTAIRE

4.1 NKWZ représente -ŋuz ou -ŋüz, suffixe possessif de la deuxième personne d'un mot qui est qualifié de alqı̊nčusuz, « inépuisable ». Il pourrait s'agir de ätöz, « corps, personne », ou encore de kögüz, « sein, poitrine » (cf. BT II, p. 19, n. 64).

4.3 KWYC semble noter Küčä, nom sous lequel Kā?γarī désignait habituellement la ville actuelle de Kučä au Turkestan chinois (cf. K, Index, p. 846 sous « Küçe »). Cette ville, dont le nom indigène et ancienne devait être Kuci, était également appelée Küsän par les Turcs et les Mongols (cf. K, I, p. 404.24 ; Paul Pelliot, « Tokharien et Koutchéen », JA, 1934, pp. 57-62).

4.4 ontun sı̊ŋarqı̊ correspond aux dix directions de l'espace, che fang 十方., à savoir les quatre points cardinaux, les quatre points collatéraux, le zénith, et le nadir. Il y a un bouddha pour chaque direction. Cf. Soothill et Hodous, Dictionary, p. 50.

4.5 nom tözlüg ätöz, « corps de l'essence de la Loi », doit représenter fa-chen 法身 ou dharmakāya, « le corps de la Loi ou dharma », qui est le corps d'un bouddha dans sa nature essentielle et le premier des trikāya, « trois corps ». Cf. Soothill et Hodous, Dictionary, pp. 77b et 273a.

4.8-9 « Le Bouddha large et vaste du zénith » doit désigner Vairocana : cf. Soothill et Hodous, Dictionary (abrégé ci-après en SH), p. 432a ; et L'Inde Classique, II, §2358.

4.10 TWRWX doit se lire turuγ au lieu de turuq comme dans EDPT, p. 538, puisque le mot apparaît comme un simple dérivé adjectif en -°γ du verbe tur-, au sens de « se tenant immobile, tranquille », et par extension « limpide, pur ». Le mot est noté dans les textes anciens tantôt avec tantôt avec -q, mais duru, « limpide », en turc ottoman suppose un ancien turuγ (comme l'a déjà fait remarquer Ş. Tekin, Kuanşi im Pusar, n. 193).

4.10 nom tözlüg ätözlüg täŋri βı̊ročan : On sait que Vairocana représente le dharmakāya ou corps essentiel de la qualité de buddha. Cf. SH, p. 306b.

4.13 Locana représente le saṃbhogakāya, « corps de jouissance », deuxième des « trois corps » ou trikāya, connu en chinois sous le nom de pao-chen 報身 « corps de récompense », parce qu'il constitue la récompense d'un bouddha pour les bonnes actions accomplies alors qu'il était bodhisattva. Cf. SH, p. 77b.

4.14 tägimḷigin pourrait être l'instrumental ou l'instrumental avec le possessif de la troisième personne, soit encore l'accusatif avec le possessif de la troisième personne, de tägimlig, « ayant droit à, digne de, pourvu de mérite, méritant ».

Bibliographie

Catalogue des Manuscrits ouïgours du IXe-Xe siècle de Touen-Houang, établi par James Hamilton, tome I, Peteers, Paris, 1986.

Historique de la conservation

Informations sur les modalités d’entrée

Rapporté par la mission Pelliot de 1906-1908. Entré à la BN en 1910.

Informations sur le traitement

Notice créée à partir de la conversion rétrospective du Catalogue des Manuscrits ouïgours du IXe-Xe siècle de Touen-Houang, établi par James Hamilton, tome I, Peteers, Paris, 1986.