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Pelliot ouigour 1

Cote : Pelliot ouigour 1 
Texte en ouigour
Bibliothèque nationale de France. Département des manuscrits

Présentation du contenu

Le manuscrit Pelliot Ouïgour 1, identifié avec l'Araṇemi-jātaka, consiste en trois feuilles, a, b, et c, en papier assez épais, à vergeures, et de couleur ocre foncée, sur les deux faces desquelles ont été tracées des marges et des réglures. Toutes trois ont les bords cassés et déchiquetés, et comportent de nombreux trous, fentes et déchirures, ainsi que des taches d'humidité.

La feuille a mesure environ 26 sur 42 cm, avec, au milieu, entre les pages de droite et de gauche, deux trous à 12,5 cm l'un de l'autre, tandis que la feuille b, mesurant environ 26 sur 21, et la feuille c, mesurant environ 26 sur 22, apparaissent comme des moitiés de feuilles ou feuillets détachés à l'endroit des deux trous. Il devait s'agir à l'origine d'un cahier composé de feuilles de papier mesurant un pied chinois sur un pied et demi, c.-à-d. 30 sur 45 cm (cf. Fujieda Akira, « The Tunhuang Manuscripts », Part I, p. 26), qui étaient probablement rattachées par une cordelette ou lien de cuir passant dans les deux trous à la manière du Pelliot Chinois 3509 (voir les fac-similés chez J. R. Hamilton, Le Conte bouddhique...). Également comme le Pelliot Chinois 3509, notre cahier devait se feuilleter de gauche à droite à la manière des livres arabes ou chinois, en commençant par ce qui serait la dernière page dans un livre à l'européenne. Notre texte, écrit des deux côtés du papier, commence donc par la moitié gauche du côté recto de la feuille a, se poursuit sur la moitié droite du côté verso de la même feuille, et continue encore, recto et puis verso, sur le feuillet b détaché dont l'autre moitié est perdue. Entre le feuillet b et le feuillet constitué par la moitié gauche du côté verso de la feuille a, il manque sans doute de nombreux feuillets qui devaient porter la suite et fin du premier chapitre (bir tägzinč) du jātaka. Sur ce dernier feuillet (a, v°, gauche, et a, r°, droite) commence, en effet, le colophon, qui se poursuit au recto du feuillet détaché c et s'achève au verso du même feuillet.

Il faut remarquer que les lignes d'écriture de notre cahier, comme celles du Pelliot Chinois 3509, de l'Or. 8212(121) ci-après, et de l'Or. 8212(161), dit Irq Bitig, en caractères runiformes, sont perpendiculaires au pli de la reliure, contrairement à ce que Fujieda affirme dans « The Tunhuang Manuscripts », Pt. I, p. 32, à savoir «... the Uighur texts were written in a Chinese way or the writing lines are parallel with the joint line... », tandis que les colonnes de l'écriture chinoise dans de tels cahiers sont, elles, toujours parallèles au pli de la reliure, pour autant que j'ai pu vérifier. Il y aurait là une indication qu'à cette époque tout au moins le turc, qu'il soit en caractères ouïgours ou runiformes, s'écrivait et se lisait à l'horizontale plutôt qu'à la verticale comme le chinois.

Quant à l'écriture elle-même, on remarquera que le colophon ne semble pas être de la même main que le texte du jātaka, particularité que je ne saurais expliquer, mais qu'on a déjà remarquée dans le cas d'un certain nombre de colophons chinois (cf. Fujieda, « The Tunhuang Manuscripts », Pt. I, p. 18). L'écriture du colophon est un peu plus grande et plus penchée que celle du jātaka, bien qu'elle soit assez belle dans les deux cas, et d'un ductus moyennement épais et rond, caractéristique des manuscrits ouïgours de la grotte murée de Touen-houang, qui datent de la période entre le milieu du IXe et la fin du Xe siècle. Quelques lignes sont écrites en rouge, et les double points en noir de la ponctuation sont entourés de rouge.

Le présent manuscrit représente, en effet, un fragment du début d'un jātaka, suivi de son colophon, qu'on peut appeler l'Araṇemi-jātaka du nom de son héros. Bien que dans nombre de jātaka se retrouvent certains éléments rappelant celui-ci, tels que le nom Araṇemi ou le thème du roi qui donne tout, il ne semble pas que trace ait été trouvée ni en sanskrit ni en chinois d'un jātaka qui fût tout à fait le même. Notre jātaka est cependant connu dans des langues indo-européennes anciennes du Bassin du Tarim, à savoir par des fragments en tokharien A ou agnéen trouvés à Šorčuq près de Qarašahr, l'ancien Argi ou Yen-k'i 焉耆, par des fragments en tokharien B ou koutchéen trouvés à Šorčuq, à Duldur Akur près de Koutcha, et, semble-t-il, aux environs de Jigdalik au sud-est de Koutcha, ainsi que par un fragment en tumšuq, une langue proche du khotanais, trouvé également aux environs de Jigdalik. Voir la traduction des fragments en tokharien A chez Émil Sieg, Übersetzungen aus dem Tocharischen, II, pp. 34-36. Le texte des fragments en tokharien B trouvés à Šorčuq est donné chez Sieg et Siegling, Tocharische Sprachreste, Sprach B, Heft 2, pp. 11-40, et partiellement reproduit chez Werner Thomas, Tocharische Elementarbuch, II, pp. 48-53, alors que les autres fragments en tokharien B ou koutchéen trouvés à Duldur Akur et près de Jigdalik, à savoir les PK NS (Pelliot Koutchéen Nouvelle Série) 35, 36 + 20, 36 A, 355, et le Hoernle 149.240, sont édités chez W. Couvreur, « Nieuwe koetsjische fragmenten van het Araṇemijātaka », Orientalia Gandensia, I, 1964, pp. 237-249. En ce qui concerne le fragment Hoernle 149 add. 121 en tumšuq, voir H. W. Bailey, Saka Documents, Text Volume, p. 44, et R. E. Emmerick, « The Historical Importance of the Khotanese Manuscripts », in Prolegomena to the Sources on the History of Pre-Islamic Central Asia, p. 172.

TEXTE

Pelliot Ouïgour 1, feuille a, recto, gauche.

1. YM' 'WLWXY TNKRY ' YNC ' TYP TYDY θθ P'RW TYNKL'NK

yemä uluγı̊ täŋri inčä tep tedi θθ bärü tı̊ŋlŋ

2. SYZ TWYZWN TNKRY 'WXLY Y' MN 'WYWR MN

siz tüzün täŋri oγlı̊ ya men öyür men

3. PW S'NTWR 'YLYK "ŠNWQY "Z̤WNT' 'RNYM "TLX X

bu säntür ellig ašnuqı̊ ažunta ärnim atlı̊γ

4. 'WLWX 'YLYK X'N 'RTY PWRX'N YWLYN TYL'YWR

uluγ ellig qan erti burxan yolı̊n tiläyür

5. 'WYCWN 'RTYNKW 'DKW QYLYNCLX 'RTY θθ PWŠY 'WL'TY

üčün ärtiŋü ädgü qı̊lı̊nčlı̊γ erti θθ po?ı̊ ulatı̊

6. "LTY P'R'MYTQ' X'T'XL'NWR 'WYCWN 'WLWX 'WLWX X

altı̊ paramı̊tqa qataγlanur üčün uluγ uluγ

7. 'DKW QYLYNC QYLWR 'RTY θθ θθ 'WL 'WYDWN

ädgü qı̊lı̊nč qı̊lur erti θθ θθ ol φdün

8. KYCYKY TNKRY 'YNC' TYP TYDY θθ QWDWRW . . . . NKW

kičigi täŋri inčä tep tedi θθ qoduru ärtiŋü

9. S'QYNW QWLWL'NK N' 'DKW QYLYNC QYLMYŠYX M 'NK'

saqı̊nu qolulaŋ nä ädgû qı̊lı̊nč qı̊lmı̊šı̊γ maŋa

10. NWML'NK MN YM' 'ŠYD'YYN θθ 'WL 'WYDWN 'WLWXY

nomlaŋ men yemä ešidäyin θθ ol φdün uluγı̊

11. TNKRY 'YNC' TYP TYDY θθ 'WYKWŠ " z̤ WNT' ''ŠNW

täŋri inčä tep tedi θθ όküš ažunta ašnu

12. 'RYN 'TWβ "TLX P'LYQT' 'RNYM "TLX 'YLYK

ärinätüβ atlı̊γ balı̊qta ärnim atlı̊γ ellig

13. X'N 'RTY θθ 'WL 'YLYK PWRX'. XWTY NK'

qan erti θθ ol ellig burxan qutı̊-ŋa

14. Q'T'XL'NWR PWDYSβT 'WYCWN 'WYZYN P'ŠYN

qataγlanur bodı̊saβat όčün özin bašı̊n

15. 'YD'L'P "LQW SYN PYRM'K' "XYTM'Z 'RTY θθ

ı̊dalap alqu-sı̊n bermäkkä aγı̊tmaz erti θθ

16. "NY 'WYCWN TWYRTDYN SYNK'R YRLX YRLX'DY θθ

anı̊ üčün törtdin sı̊ŋar yarlı̊γ yarlı̊γqadı̊ θθ

17. KYM X'YW MWNKLWX T'QLX YWX CYX'Y "C

kim qayu muŋluγ taqlı̊γ yoq čı̊γay ač

Feuille a, verso, droite

18. . . L'NK 'YRYNC YRLX TYNLX L'R P'R 'RS'R "LXW K'LZ

yalaŋ irinč yarlı̊γ tı̊nlı̊γ-lar bar ersδr alqu kälz-

19. WNL'R KRK'KYN "LXW PYR'YYN TYP θθ 'WYTRW TWYRT

ünlär kärgäkin alqu beräyin tep θθ φtrü tört

20. . . LWNKD'XY YWQ CYX'Y QWLTXWCY L'R θθ PR'MNLR 'ŠYDKLY

buluŋdaqı̊ yoq čı̊γay qoltyučı̊-lar θθ bramanlar e?idgäli

21. "LXW KLTY L'R QWP TWYRLWK KRK'KYN "LXW PYRD Y

alqu kälti-lär qop törlüg kärgäkin alqu berdi

22. 'WYKRWNCWLWK PWLWP P'RDY L'R θθ θθ 'WL 'WYDWN

ögrünčülüg bolup bardi-lar θθ θθ ol φdün

23. PYR 'RTWRMWKY "TLX PR'MN KLTY 'RTYNKW KWYRKSWZ

bir ärtürmüki atlı̊γ braman kälti ärtiŋü körksüz

24. //LYNCLX 'RTWX "Y'X QYLYNCLX 'YLYK X'N PYRL'

qı̊lı̊nčlı̊γ artuq ayaγ qı̊linčlı̊γ ellig qan birlä

25. 'WYKWŠ " Z̤WNT' P'RW 'WYZ PWZ YβL'X S'XYNC P'R

ükü̈š ažunta bärü üz buz yaβlaq saqı̊nč bar

26. 'WYCWN 'RTYNKW 'WYβK'LYK PWLX'NYWX KWNKWLWK

üčün ärtiŋü öβkδlig bulγanyuq kφŋüllüg

27. /WLWX QWβR'X "R' 'RNYM 'YLYKYK "YXL'YW ΤWD'DY

uluγ qoβraγ ara δrnim elligig ayaγlayu tudadı̊

28. 'YRYK S'RSYX S'β SWYZL'DY θθ 'YNC' TYP TYDY

irig sarsı̊γ saβ sφzlädi θθ inčä tep tedi

29. 'WLWX 'YLYK SYZ N' 'WYCWN YβL'X YWNK'XCY

uluγ ellig siz nä üčün yaβlaq yoŋaqčı̊

30. KYŠY L'R S'βYN "LYR SYZ θθ 'SYZ 'WLWŠ P'LYX

kiši-lär saβı̊n alı̊r siz θθ essiz uluš balı̊q

31. 'YL TWYRW P'RC' PWZ'R SYZ θθ PWRX'N QWTY

el törü barča buzar siz θθ burxan qutı̊

32. Y'LNKWZ MW SYZYNK' KRK'K 'WL θθ "XYLYX

yalŋuz mu siziŋä kärgäk ol θθ aγı̊lı̊q

33. 'YCYNT'KY "XY P'RYM P'RC' YWX YWDWN

ičintäki aγı̊ barı̊m barča yoq yodun

34. /YLTYNKYZ θθ 'RTYNKW TWYRWSWZ 'YL X'N TYTYR

qı̊ltı̊ŋı̊z θθ ärtiŋü törüsüz el qan tetir

Feuillet b, recto

35. SYZ θθ 'WL 'WYDWN Q'M'X 'YN'NCL'R "M'CL'R PR'MNT'

siz θθ ol ödün qamaγ ı̊nančlar amačlar bramanta

36. PW MWNT'X S'RSYX S'β 'ŠYDYP PR'MNQ' 'YNC' TYP

bu muntaγ sarsı̊γ saβ e?idip bramanqa inčä tep

37. TYDY L'R θθ N' 'WYCWN PYZYNK 'YLYK X'N'X MWNCWL'YW

tedi-lär θθ nä üčün biziŋ ellig qanaγ munčulayu

38. TWD 'WCWZ S'β SWYZL'YWR SYZ θθ SYZ 'WYZWNKWZNY

tud učuz saβ sφzläyür siz θθ siz özüŋüzni

39. N'LWK PYLM'Z SYZ KYM XWRMWZT' TNKRY T'K 'YLYK

nälük bilmäz siz kim xormuzta täŋri täg ellig

40. X'N'X MWNCWL'YW TWD'YWR SYZ θθ SYZYNK TYLYNKYZ

qanaγ munčulayu tudayur siz θθ siziŋ tiliŋiz

41. N'CWK K'SYLYP YYRD' TWYŠM'Z θθ KYM PYZYNK

näčük käsilip yerdä tüšmäz θθ kim biziŋ

42. 'YLYKYMZNY MWNCWL'YW TWD'DYNKYZ θθ 'WL 'WYDWN

elligimizni munčulayu tudadı̊ŋı̊z θθ ol ödün

43. 'RNYM 'YLYK SWX'NCYX KWYRTL' KWYZYN Q'YYP (rouge)

ärnim ellig soγančı̊γ kφrtlä közin qayı̊p

44. Q'M'X "M'CL'RYNK' 'YNC' TYP YRLX YRLQ'DY (rouge)

qamaγ amačları̊ŋa inčä tep yarlı̊γ yarlı̊γqadı̊

45. MN SYZL'RK' "NC 'MR'Q MN X'LTY 'WXWL

men sizlärkä anča amraq men qaltı̊ oγul

46. QYZ'WYKYNK' Q'NKYNK' 'MR'NWRC' 'MTY PW PR'MN

qı̊z ögiŋä qaŋı̊ŋa amranurča amtı̊ bu braman

47. M'NYNK P'XŠYM 'WRNYNK' 'WLWRMYŠ 'RWR θθ P'XŠYM

meniŋ baxšı̊m ornı̊ŋa olurmı̊š erür θθ baxšı̊m

48. TYTYR θθ MWNWNK S'NLX S'RSYX S'βYN 'DKWTY

tetir θθ munuŋ sanlı̊γ sarsı̊γ saβı̊n ädgüti

49. TYNKL'MYŠ KRK'K θθ 'WL 'WYDWN Q'MX "M'CL'R

tı̊ŋlamı̊š kärgäk θθ ol ödün qamaγ amačlar

50. 'RNYM 'YLYKD' PW YRLX 'ŠYDYP "LXWXWN 'WRNYNT'

ärnim elligdä bu yarlı̊γ ešidip alquγun ornı̊nta

51. TWRWP YYNCWRW YWKWNWP 'YNC' TYP 'WYTWK

turup yinčürü yükünüp inčä tep ötüg

Feuillet b, verso

52. 'WYTWNTY L'R θθ TNKRYM SYZYNK KWYRTL' KWYRKWNKWZ

ötünti-lär θθ täŋrim siziŋ körtlä körküŋüz

53. T'T'XLX TYLYNKYZ 'DKW QYLYNCLX ΚWYβŠ'K KWNKLWNKWZ

tataγlı̊γ tiliŋiz ädgü qı̊lı̊nčlı̊γ köβšäk köŋlüŋüz

54. PYZYNK 'YC 'YC'KW KWNKWL KWYKWZ 'WL'TY PYLYKYMZ

biziŋ ič ičägü köŋül köküz ulatı̊ biligimiz-

55. NY "LQW 'YCK'RDY θθ TNKRYM YRLXYNT' 'RTW 'WM' TMZ

ni alqu ičgärdi θθ täŋrim yarlı̊γı̊nta ärtü umatı̊mı̊z

56. PYZ θθ 'YNCYP KWYRKSWZ KWYRKLWK Y'K M'NKYZLYK

biz θθ inčip körksüz körklüg yäk mäŋizlig

57. "YX QYLYNCLX PR'MN KYTYP P'RZWN PYZYNK 'WLwŠ

ayaγ qı̊lı̊nčlı̊γ braman ketip barzun biziŋ uluš

58. P'LYQT' TWRM'ZWN θθ θθ 'WL 'WYDWN 'RNYM

balı̊qta turmazun θθ θθ ol ödün ärnim

59. 'YLYK 'YN'NC L'RYNT' PW MWNTX 'WYTwK S'β

ellig ı̊nanč-ları̊nta bu muntaγ ötüg saβ

60. 'ŠYDYP 'RTYNKW T'PL'M'TYN 'YNC' TYP YRLX YRLQ'DY

ešidip ärtiŋü taplamatı̊n inčä tep yarlı̊γ yarlı̊γqadı̊

61. MYNY ''Y'x MWNK QYLWR SYZL'R KYM M'NYNK

meni ayaγ muŋ qı̊lur sizlär kim meniŋ

62. P'XŠYMYN MYNT' "DYR'R SYZL'R θθ KWNKWLy PYLYKy

baxšı̊mı̊n mentä adı̊rar sizlär θθ köŋüli biligi

63. 'RTYNKW PWS'NTY YYR . . TY 'YNC' TYP YRLX YRLQ'DY

ärtiŋü busantı̊ yerinti inčä tep yarlı̊γ yarlı̊γqadı̊

64. X'M'X PYS̆ " Z̤WN TYNLX L'R. NT . . . Y'L'NKWZ

qamaγ beš ažun tı̊nlı̊γ-ları̊nta . . yalaŋuz

65. M'NK' S'XYNXWLWX 'RMYŠ SY . . . . . . . . yŠ

maŋa saqı̊nγuluq ermiš si zlär . . . . iš

66. T'KM'Z 'RMYŠ θθ θθ 'WL '. . D . . . . . .

tägmäz ermiš θθ θθ ol ödün . . . . .

67. 'RNYM 'YLYKK' Y'N' 'YNC' TYP 'WYTWNTY L'R

ärnim elligkä yenä inčä tep ötünti-lär

(Manque la suite du jātaka)

(COLOPHON)

Pelliot Ouïgour 1, feuille a, verso, gauche :

1. YM' XWTLWX T'βYŠX'N YYL TWYRTWNC

yemä qutluγ taβı̊šγan yı̊l törtünč (rouge)

2'. "Y YYTY YKRMYK' MN S(=Š)YNKTSY PW

ay yetti yegirmikä men siŋtsi bu (rouge)

3'. NWM PYTYK PYTYK'LY 'WYTWNTWM M

nom bitig bitigäli ötüntüm-m (rouge)

4'. XWTLWX PWLZWN PW NWM PYTYMYŠ PWY'N

qutluγ bolzun bu nom bitimiš buyan (rouge)

5'. 'DKW XYLYNC KWYCYNT' M . . T' 'WY MYŠ

ädgü qı̊lı̊nč küčintä munta ömiš

6'. 'WYKWM Q'NKYM YM' Q'YW ''ZWNT' TWXM'X/

ögüm qaŋı̊m yemä qayu ažunta toγmaqı̊

7'. 'RS'R PW PWYN 'DKW XYLYNC KWYCYNT'

ersär bu buyan ädgü qı̊lı̊nč küčintä

8'. 'WYKWM Q'NKYM "RYZ̤YNT' β'C'R TNKRY YYRYN//

ögüm qaŋı̊m arı̊žı̊nta βačar täŋri yerin

9'. KYŠY " Z̤WNYNT' TWXM'XY PWLZWN θθ θθ

kiši ažunı̊nta toγmaqı̊ bolzun θθ θθ

(espace de trois lignes)

10'. Q ... LRMZ MN(=Y)KY "C'RY βR(=N)DW "C'RY θθ P'K YK'N

qları̊mı̊z mäŋi ačarı̊ βardu/βandu ačarı̊ θθ bδg yegän

11'. "C'RY "YY TWYK'L SYLYK "YY 'WN βRTR(=z)

ačarı̊ ayı̊ tükäl silig ayı̊ on βartar

12'. Y . . . . N [...] β PYS(=Š)Y Q'TWN XWL YK'N

yegän . . . . . pı̊šı̊ (bisi ?) qatun qul yegän

13'. XWT YK'N θθ PTR "NNT θθ θθ

qut yegän θθ patar anant θθ θθ

Feuille a, recto, droite

14'. DRM βT Z̤ "C'RY θθ S [...] KTSY "C'RY

darm βatz(βataž ?) ačarı̊ θθ siŋtsi ačarı̊

15'. P'KSYK XWLCWR XWT YK'N XWT(=X)LY YK'N

bägsig qulčor qut yegän qutlı̊(qoγlı̊ ?) yegän

16'. XWL P'RS X'TWX SβYK θθ XWM'R

qul bars qatun seβig θθ xumar

17'. θθ θθ X'M'X Q' Q'D'Š 'YN 'YCY

θθ θθ qamaγ qa qadaš in eči

18'. "T'YL'RYMZ KWYZWNWR " Z̤WNT' 'YKSZ

atayları̊mı̊z közünür ažunta igsiz

19'. TWX'SZ 'RM'KY PWLZWNL'R QWP 'DKWD'

tuγası̊z ermäki bolzunlar qop ädgüdä

20'. 'YCR' X'M'X YβL'QT' T'ŠTYN

ičrä qamaγ yaβlaqta taštı̊n

21'. PWLZWNL'R T'XY PW PWY'N 'DKW QYLYNC

bolzunlar taqı̊ bu buyan ädgü qı̊lı̊nč

22'. 'WYNK 'WYLWK PWLZWN X'M'X

öŋ ülüg bolzun qamaγ

23'. YYTYNC 'WXWŠQ'T'KY P'RC'X' 'WYNK

yettinč oγušqatägi barčaqa öŋ

24'. 'WYLWK PWLZWN PW 'T'WYZD'

ülüg bolzun bu ät'özdä

25'. "D'SZ TWD'SZ PWŠWŠSWZ Q'DXWWSWZ

adası̊z tudası̊z bušušsuz qadγusuz

26'. 'WYKRWNCW LWK M'NKYLYK 'RZWNL'R

ögrünčü-lüg mäŋilig erzünlär

27'. KYN KWYNYNK' PWRX'NL'R PYRL'

ken küniŋä burxanlar birlä

28'. TWXM'XL'RY PWLZWNL'R θθ θθ T'XY PW

toγmaqları̊ bolzunlar θθ θθ taqı̊ bu

Feuillet c, recto

29'. PWR X'N "LTWN NWM TYLK'NYN TβYRDYNKYZ XL. Y

burxan altun nom tilgänin täβirdiŋiz. . l . .

30'. . . . . . N "LTWN NYRβ'NX' KYRDYNKYZ TNKRYM .L

burxan altun nı̊rβanqa kirdiŋiz ŋrim . .

31'. YWKWNWR MN 'WL TWYRT SYNK'RXY

nür men ol tört sı̊ŋarqı̊

32'. 'WX'NQ' 'YMYRT T'NKD' TWXDWNKWZ

uγanqa ı̊mı̊rt taŋda toγduŋuz

33'. TNK . . . . . . 'RZYXY YWLTWZT' QWT

täŋrim . . . aržı̊qı̊ yultuzta qut

34'. PWL . . . KWZ KWYN 'WRTWD' NWM TYLK 'NYN

bul tu ŋuz kün ortuda nom tilgänin

35'. T . . . . . . KYZ TWYN 'WRTWSTNT' NYRβNX'

t äβirdiŋiz tün ortusı̊nta nı̊rβanqa

36'. K . . . . . . . Z TNKRYM θθ YWKWNWR MN 'WL

k irdiŋiz täŋrim θθ yόkünür men ol

37'. X . . . . . 'WYD XWLWX' KYM X'YW

q utluγ φd qoluqa kim qayu

38'. TYNLx .WL QWTLWX 'WRWNL'R X' Y'RYNT'

tı̊nlı̊γ ol qutluγ orunlar-qa yarı̊nta

39'. KWYN S'YW "RYX TWRWX KWYNKLYN

kün sayu arı̊γ turuγ kφŋlin

40'. 'WYW S'XYNW YWKWNW TWRS'R 'WL

öyü saqı̊nu yükünü tursar ol

41'. TYNLX N'C' "XR SUY "Y'X XYLYNC

tı̊nlı̊γ nδčä aγı̊r suy ayaγ qı̊lı̊nč

42'. XYLMYŠY P'R 'RS'R "LXW YWX'DWR

qı̊lmı̊šı̊ bar ersär alqu yoqadur

43'. 'WYZ . . Y TNKRY YYRYNK' P'RYR XWRTWLM'X

üz äk i täŋri yeriŋä barı̊r qurtulmaq

44'. YWLX' T'KYR θθ θθ YWKWNC

yolqa tägir θθ θθ yόkünč

Feuillet c, verso

45 PYTYK PYR T'KZYNC θθ [...] θθ

bitig bir tägzinč θθ [...] θθ

46'. N'MW PWT θθ N'MW DRM θθ N'MW SNK

namo but θθ namo darm θθ namo saŋ

47'. MN 'WNM'Z Y'NKY "XDWX PYTK'CY

men onmaz yaŋı̊ aγduq bitkδči

48'. 'LP TWNK' T'KYNTM SYNKTSY . . . RY

alp toŋa tägintim siŋtsi ačarı̊

49'. 'WYCWN θθ XWTLWX XYβLX PWLM'XY

üčün θθ qutluγ qı̊βlı̊γ bolmaqı̊

50'. PWLZWN θθ PW NWM 'YCYNT' 'KSWK

bolzun θθ bu nom ičintä äksük

51'. KRK'K PWLTY 'RS'R KYM P'XŠY L'R

kärgäk boltı̊ ersär kim baxšı̊-lar

52'. 'WQYS'R "XDWXL'M'ZWNL'R θθ θθ

oqı̊sar aγduqlamazunlar θθ θθ

(espace de quatre lignes)

TRADUCTION

— Adoncques le dieu le plus grand dit comme suit : « Écoutez par ici, vous, ô gentil fils de [[2]] dieu ! Je me rappelle, moi. Ce roi Sunetra était dans une existence antérieure un grand roi khan du nom de Araṇemi. Comme il aspirait à la voie du Bouddha, il était extrêmement bienfaisant. [[6]] Comme il s'efforçait à pratiquer la libéralité et les autres six vertus transcendantes (pāramitā), il accomplissait de grands, grands bienfaits. »

[[8]] — À ce moment-là, le dieu le plus petit dit comme suit : « Réfléchissez avec une application extrême. Instruisez-moi de ce qu'il a accompli comme bonnes actions. Que moi je vous [[10]] entende ! »

— À ce moment-là, le dieu le plus grand dit ce qui suit :

[[12]] Bien des existences auparavant, il y avait dans la ville du nom de Aruṇāvati un roi khan du nom de Araṇemi. Ce roi s'évertuait vers la béatitude de Bouddha, et, afin de (devenir) [[14]] Bodhisattva, il n'avait pas son pareil pour renoncer à son corps et à sa tête et pour donner son tout. Pour cela, il manda dans les quatre directions, disant « Autant qu'il existe de créatures [[18]] dans le souci et le besoin, indigentes et pauvres, affamées et nues, misérables et piteuses, qu'elles viennent toutes et que je donne entièrement ce dont elles ont besoin. » Là-dessus, les [[20]] mendiants indigents et pauvres des quatre coins, dès qu'ils entendirent les brahmanes, vinrent tous, et il leur donna entièrement les choses de toute sorte dont ils avaient besoin. Ils en [[22]] furent réjouis, et s'en allèrent.

À ce moment-là vint un brahmane du nom de Rudramukha. C'était quelqu'un d'actions [[24]] extrêmement laides et de conduite fort mauvaise. Puisque à l'égard du roi khan il avait depuis de nombreuses existences de la haine et des pensées malignes, le cœur très en colère et [[26]] plein de rage, il décria le roi Araṇemi en le dépréciant au milieu d'une grande assemblée, (et) tint des propos odieux et rudes. Il s'exprima comme suit : « Vous êtes un grand roi. Pourquoi [[30]] accueillez-vous les propos de méchants calomniateurs ? Malheureux, vous ruinez tout ce qu'il y a de provinces et de villes, d'État et d'institutions ! La béatitude de buddha serait-elle nécessaire [[32]] seulement pour vous ? Vous avez anéanti toutes les richesses qu'il y avait dans le trésor. Vous êtes ce qui s'appelle un monarque extrêmement déréglé. »

[[36]] À ce moment-là, tous les féaux et ministres, ayant entendu du brahmane ces propos rudes à ce point, dirent au brahmane ce qui suit : « Pourquoi traitez-vous notre roi khan en termes [[38]] aussi méprisants et bas ? Pourquoi vous méprenez-vous sur votre propre personne au point de décrier de cette façon le roi khan semblable au dieu Xormuzd (Indra) ? Comment votre [[40]] langue n'est-elle pas coupée et ne tombe-t-elle pas à terre par le fait que vous avez ainsi décrié notre roi ? »

[[44]] À ce moment-là, le roi Araṇemi, tournant (vers eux) ses beaux yeux doux, proclama à tous ses ministres ce qui suit : « Je suis autant aimé de vous qu'un fils ou une fille est [[46]] aimée de sa mère et son père. Maintenant ce brahmane est assis à la place de mon maître. Il faut écouter attentivement les rudes paroles propres à celui-ci. »

[[50]] À ce moment-là, tous les ministres, ayant entendu cette déclaration du roi Araṇemi, se levèrent tous ensemble de leurs places, se prosternèrent, et formulèrent la prière suivante : [[52]] « Monseigneur, votre belle prestance, votre doux langage, et votre cœur tendre, plein de bonnes actions, ont entièrement subjugué les consciences de nos entrailles, de nos cœurs, etc. [[56]] Nous n'avons pas pu outrepasser l'ordre de Monseigneur. Cela étant, que ce brahmane à l'apparence laide, à la mine de démon, et aux mauvaises actions s'en aille, qu'il ne reste [[58]] pas dans nos campagnes ou dans nos villes. »

À ce moment-là, le roi Araṇemi, ayant entendu de ses féaux ces paroles formulant une [[60]] telle prière et ne les approuvant absolument pas, fit la déclaration suivante : « Vous me faites beaucoup de peine du fait que (= qui) vous séparez mon maître de moi. » Son cœur et [[62]] son esprit s'affligèrent et se chagrinèrent à l'extrême. Il déclara ce qui suit : « De (?) tous les êtres des cinq existences est-ce seulement à moi que vous devez penser ?.... n'a pas [[66]] atteint. »

À ce moment-là, ........ prièrent de nouveau le roi Araṇemi dans les termes suivantes :

Manque la suite du jātaka.

(Colophon)

Adoncques, en l'an bénéfique du Lièvre, le dix-sept de la quatrième lune, moi Sing-tsi, [[3']] j'ai respectueusement demandé qu'on écrive ce texte canonique. Qu'il soit bénéfique ! Par la force du mérite et de la bonne action (provenant) du fait d'avoir copié cet ouvrage canonique, [[6']] que ma mère et mon père à qui je pense ici, et dans quelque existence qu'il leur arrive de renaître, — par la force de ce mérite et de cette bonne action, que la renaissance de ma [[8']] mère et mon père soit dans (une situation conforme à) leur désir, dans le pays du dieu Vajra, et dans une existence d'être humain.

[[10']] Que nos pères, Mäŋi ācārya, βardu (βandu ? βadu ?) ācārya, Bäg Yegän ācārya, Ayı̊ Tükäl Silig, Ayı̊ On βartar, Yegän..... Bisi (Pı̊šı̊ ?) qatun, Qul Yegän, Qut Yegän — Bhadra [[14']] Ānanda — Dharma Vatsa (?) ācārya, Sing-tsi ācārya, Bägsig Qulčor, Qut Yegän, Qutlı̊ (Qoγlı̊ ?) Yegän, Qul Bars qatun, Seβig, Xumar, tous nos parents, frθres, et chers petits [[18']] soient dans l'existence actuelle sans maladies, et qu'ils soient tout à fait dans le bien et entièrement hors du mal. De plus, que cette bonne action méritoire soit destin salutaire, [[24']] qu'elle soit destin salutaire pour tous entièrement jusqu'à la septième génération. Dans ce corps, qu'ils soient sans danger, sans souci, et joyeux. Dans les jours futurs, qu'ils aient des renaissances avec les Bouddha.

[[29']] De plus, cette [... ? ] roue de la Loi d'or du Bouddha vous avez tournée.... Vous êtes entré, Mon Dieu, au Nirvāṇa d'or du Bouddha... Je me prosterne devant la puissance divine [[32']] des quatre points cardinaux. Vous êtes né à l'aube de l'immortalité, Mon Dieu ; vous avez trouvé le salut par la constellation qui est les Sept Sages : vous avez tourné la roue de la [[34']] Loi à midi ; et vous êtes entré au Nirvāṇa au milieu de la nuit, Mon Dieu. Je me prosterne devant ce moment bienheureux. Si une créature quelle qu'elle soit se prosterne dès demain [[38']] et chaque jour sans cesse devant les lieux saints en méditant d'un cœur pur, quels que soient les péchés graves et les mauvaises actions que cette créature a commis, tous s'anéantissent, [[44']] et (cette créature) accède au pays divin d'en haut, et atteint la voie de la délivrance. Prosternation.

Écrit, Chapitre Premier. [[46']]

Namo Buddha, namo Dharma, namo Saṃgha.

[[48']] Moi, le copiste maladroit, novice, et abject, Alp Toŋa, je me suis humblement dévoué pour Sing-tsi ācārya. Que (cette action) ait un effet bénéfique et heureux. Si dans ce texte [[50']] canonique il s'est produit des lacunes et des insuffisances, et que les maîtres les lisent, qu'ils ne les jugent pas (par trop) répréhensibles.

COMMENTAIRE

1.1 Comme yemä sert régulièrement à marquer le début d'un texte, le jātaka doit débuter ici même. On peut comparer le passage parallèle du début du jātaka en koutchéen (cf. Sieg et Siegling, Tocharische Sprachreste, Sprach B, pp. 16-17 ; et Werner Thomas, Tocharisches Elementarbuch, II, pp. 48-49), dont ma traduction, révisée d'après un texte aimablement fourni par le Dr. Klaus Schmidt, est la suivante :

— [Guṇasaṃpada] dit : « Ô Très Puissant ! Justement devons nous donc être prêts maintenant. Si ce vertueux roi Sunetra s'élève dans le monde comme Bouddha, alors nous serons ses serviteurs infatigables. De toute manière il peut être une protection contre la souffrance. »

— Jñānasthita dit : « Ami, rappelle-le-toi donc ! Lorsque ce vertueux était un roi du nom d'Araṇemi, alors il avait fait de même une chose extrêmement merveilleuse. »

— Guṇasaṃpada dit : « Ô Très Puissant ! Veuille te rappeler à l'esprit encore plus soigneusement et sans omission la bienfaisance de ce roi Araṇemi. »

— Jñānasthita dit : « Écoute le déroulement de ce jātaka avec l'esprit éveillé et sans distraction ! (En vers métrique) Le temps n'est pas encore loin (lorsque) le joyau humain, le roi Araṇemi, se trouvait là-bas dans la ville d'Aruṇāvati. Là-bas, en effet, ce roi Araṇemi s'était maintenant élevé jusqu'à vouloir (atteindre) le rang de Bouddha. »

De cette comparaison il ressort que le dieu « le plus grand » (uluγı̊) du texte ouïgour correspond au dieu Tuṣita du nom de Jñānasthita dans la version en koutchéen (mais à Jñānaprabha dans la version en agnéen), qui est appelé « très puissant », et que le dieu « le plus petit » (kičigi) correspond à Guṇasaṃpada (Karuṇaprabha en agnéen), appelé « ami ». Il apparaît, de plus, que le roi S'NTWR, Säntür, correspond au roi Sunetra, et que le roi 'RNYM, Ärnim, correspond au roi Araṇemi, tandis que la ville de 'RYNTWβ ou 'RYN'TWβ, soit Δrintüβ ou Δrinätüβ, est pour Aruṇāvati. Les cas de Säntür pour Sunetra et de Ärintuβ ou Δrinätüβ pour Aruṇāvati semblent s'expliquer par des métathčses.

1.1 uluγı̊ täŋri, ainsi que kičigi täŋri à la l. 8, sont des exemples de l'emploi déterminatif du suffixe possessif de la troisième personne : cf. AG, § 360 et § 403 avec la note. D'après AG, une telle expression peut s'expliquer par une ellipse : « le dieu qui est (de tous les dieux) le grand », c.-à-d. « le dieu le plus grand ».

1.2 TWYZWN est à lire tüzün et non tözün pour les raisons qu'indique R. Arat dans Eski Türk Şiiri, pp. 339-441. De la même façon que bütün de büt- et uzun de uza-, tüzün doit dériver au moyen du suffixe -°n formant des noms déverbatifs (cf. AG, § 124 et § 147) du verbe tüz-, « aplanir, lisser, régulariser, mettre en bon ordre ». On voit notamment dans les traductions ouïgoures de textes bouddhiques que tüzün correspond aux termes chinois et sanskrits que voici : (1) miao 妙 « beau, merveilleux, charmant, fin, subtile », et mañju, « beau, charmant, suave, doux » : cf. Tüzün qutluγ bodistv pour Miao ki-siang p'ou-sa 妙吉祥菩薩, soit Mañjuśri, dans U I, p. 17, n° 6, ainsi que pour Miao tö p'ou-sa 妙德菩薩 ou Mañjuśri dans la note 2.21-22 plus loin. (2) hien 賢, « sage, vertueux, bon » et bhadra, « bon, beau, heureux, propice, bienveillant » : cf. Tüzü tüzün bodı̊saβat pour P'ou hien 普賢 p'ou-sa ou Samantabhadra bodhisattva dans la note 2.21 plus loin. (3) chan 善 « bon, vertueux, doux », et j'en 仁, « vertueux, bon », dans les expressions tüzünüm pour chan nan-tseu 善男子, « gentil jeune homme », et pour jen-tchö 仁者, « bon monsieur », rendant le sanskrit kula-putra, « fils de bonne famille, jeune homme respectable » : cf. W. Radloff, Kuan-ši-im Pusar, aux ll. 9, 158, et 160, de même que le Miao fa lien-houa king, ch. 25, édition de Taishō du canon bouddhique chinois, n° 262, tome IX, pp. 56c et 57b, et le Saddharmapuṇḍarīka Sūtram, édition du texte sanskrit de Wogihara et Tsuchida, pp. 362.6 et 366. Chan nan-tseu 善男子 est également rendu en ouïgour par tüzünlär oγlı̊, « fils de bonne famille, fils de gens vertueux » : cf. G. Hazai et P. Zieme, Fragmente der uigurischen Version des « Jin'gangjing mit den Gāthās des Meister Fu », Berliner Turfantexte I, p. 47, l. F. 22, et pl. XXXVIII, a, l. 27. (4) cheng 聖, « sage, saint », soit ārya, « sage et bon, droit, honorable » : cf. tüzün yollar traduisant cheng tao 聖道 « la voie sage, la voie des saints et des sages, le Bouddhisme », chez G. Hazai et P. Zieme, Fragmente..., BT I, p. 25, l. B. 110, et pl. XXXIV, b, l. 4 (voir aussi Soothill et Hodous, Dictionary, pp. 410-411).

Il semble, par conséquent, que tüzün devait s'appliquer à une personne moralement et spirituellement en règle, bien ordonnée, cultivée et douce, sans irrégularités de caractère et sans vices, à quelqu'un en somme qu'on pourrait qualifier de « gentil », de « gentilhomme », ou de « noble », en pensant à sa conduite et à son cœur plutôt qu'à sa naissance.

1.2 ya n'est sans doute que la forme euphonique après voyelle de l'interjection a. Cf. AG, § 343.

1.2 'WYWR est à lire öyür, aoriste du verbe ö-, « se remémorer, penser », et non oyur ou uyur, car les lettres doubles sont normalement simplifiées en écriture ouïgoure. On retrouve la même expression men öyür men dans le Suvarṇaprabhāsa, p. 629 4, où elle a été comprise à tort comme uyur, « prince », par S. Çagatay, Altun Yaruk, pp. 114-115. Voir aussi öz amraqı̊mı̊n öyür men, « je me remémore mon bien-aimé à moi », dans M II, p. 8.8, et dans Eski Türk Şiiri, p. 20.8.

1.4 ellig qan, « roi khan », doit se comprendre au sens d'un grand chef d'État indépendant, alors que ellig tout court peut à l'occasion désigner un simple prince local. Le terme ellig, à l'origine sans doute el, « État », + -lig, soit « pourvu d'un État », avait à peu près le même sens que le chinois wang 王, à savoir « prince, roi, souverain », tandis que qan ou qaγan désignait le chef suprême d'un État ou même l'empereur comme le chinois ti帝. Voir l'emploi de ces termes, par exemple, dans BioHts, aux ll. 9 et 64-80.

1.9 qolula- a été, à la suite de F. W. K. Müller, U I, pp. 17 et 58, attribué le sens de « beschwören », soit « affirmer par serment, conjurer, exorciser, évoquer » (cf. en particulier W. Radloff, Kuan-ši-im Pusar, p. 64 ; Ş. Tekin, Kuanşi im Pusar, p. 43 ; et AG, p. 330). Or, cette interprétation de qolula- comme « beschwören » est due tout simplement à une erreur commise par Müller dans les équivalences qu'il a cru pouvoir établir entre la liste des bodhisattvas en chinois dans l'introduction de la version chinoise du Suvarṇaprabhāsottama Sūtra (Kin kouang ming tsouei cheng wang king 金光明最勝王經, éd. de Taishō n° 665, tome XVI, p. 403 b) et une liste correspondante en ouïgour. Il a cru, en effet, que le cinquième bodhisattva nommé dans la liste ouïgoure, Ädgü ögli baγlı̊γ bodistv, devait correspondre, non pas au cinquième bodhisattva de la liste chinoise, à savoir Ts'eu che p'ou-sa 慈氏菩薩 mais au septième bodhisattva de cette liste, Kouan tseu-tsai p'ou-sa 觀自在菩薩. Car, en attribuant à ögli le sens de « miséricordieux » et à baγ-lı̊γ celui de « regardant » (cf. U I, pp. 56 et 58), il a compris ädgü ögli baγ-lı̊γ bodistv comme « der gute, barmherzig blickende Bodhisattva », ce qui pourrait correspondre à peu près à Avalokiteśvara ou Kouan tseu-tsai p'ou-sa, le miséricordieux « Souverain qui contemple ». Plus près de nous, Sir Gerard Clauson a encore repris cette interprétation de Müller dans son dictionnaire sous baγlı̊γ (cf. EDPT, p. 314). Cependant, bien que l'expression turque ädgü ögli, « celui qui pense sans cesse le bien, dont les pensées sont toujours bonnes », ait pu traduire effectivement, et notamment dans un passage du Kuan-ši-im pusar (cf. infra), le chinois ts'eu 慈, « compassion », le terme baγ a le sens non pas de « regard », mais de « famille, clan » comme le chinois che 氏 (cf. par exemple G. Hazai et P. Zieme, Fragmente der uigurischen Version..., BT I, p. 20, A2, l. 47, et pl. XXXIII, a, l. 19, ainsi que p. 55). Par conséquent, le nom du cinquième bodhisattva de la liste ouïgoure, Ädgü ögli baγ-lı̊γ bodistv, correspond tout à fait au nom du cinquième bodhisattva de la liste chinoise, Ts'eu che p'ou-sa 慈氏菩薩, c.-à-d. Maitreya. De même, le nom du sixième bodhisattva de la liste ouïgoure, Tüzün qutluγ bodistv, correspond au sixième nom de la liste chinoise, Miao ki-siang p'ou-sa 慈氏菩薩, c.-à-d. Mañjuśri (cf. la n. 1.2 TWYZWN). Quant au septième nom de bodhisattva de la liste ouïgoure, Qolulamaq ärkligi bodistv, Müller lui a donné le numéro huit, parce qu'il croyait — à tort, nous l'avons vu — que la septième place devait être tenue par le cinquième nom de la liste ouïgoure. Ainsi, pour Müller, Qolulamaq ärkligi bodistv devait correspondre au huitième nom de la liste chinoise, à savoir Tsong-tch'e tseu-tsai wang p'ou-sa 總持自在王菩薩, dans lequel tsong-tch'e, « contrôle universel, maîtrise totale », représente le sanskrit dhāraṇī, formules de charmes ou de savoir magique et autres prières mystiques assurant le contrôle absolu sur les influences bonnes et mauvaises, tandis que tseu-tsai 自在, « autonome, souverain », équivalent du sanskrit īśvara, « maître, seigneur, souverain », a bien le sens du turc ärklig, « libre arbitre, souverain ». C'est donc en pensant à dhāraṇī, « formules magiques, prières mystiques », que Müller a attribué à qolula-, rencontré sans doute pour la première fois, le sens de beschwören, « conjurer, exorciser ». En réalité, Qolulamaq ärkligi bodistv, septième nom de bodhisattva de la liste ouïgoure, est bien à sa place et correspond parfaitement au septième nom de bodhisattva de la liste chinoise, Kouan tseu-tsai p'ou-sa 觀自在菩薩, soit Avalokiteśvara. En effet, une comparaison entre les différentes versions de textes bouddhiques nous permet de constater que le turc qolula- traduisait régulièrement le chinois kouan 觀.

On peut comparer notamment certains passages où figure le terme qolula- dans le texte ouïgour dit Kuan-ši-im Pusar (abrégé en Kuan, éditions de W. Radloff et de Ş. Tekin), qui représente une traduction turque du XXVe chapitre de la version chinoise du nom de Miao fa lien-houa king 妙法蓮華經 du Saddharmapuṇḍarīka-sūtra, avec les passages correspondants dans la version chinoise et dans l'original sanskrit. On voit, par exemple, que les lignes 192 à 195 de Kuan correspondent dans le Miao fa lien-houa king, édition de Taishō, n° 262, tome IX, aux lignes 18 et 19 de la page 58 a, qui, elles, correspondent dans le Saddharmapuṇḍarīka-Sūtra, Ch. XXIV, aux lignes 4 à 7 de la page 371 de l'édition sanskrite romanisée par Wogihara et Tsuchida. Il ressort de la comparaison de ces trois versions d'une même œuvre que le sanskrit locana, « œil, qui illumine », mot dérivé d'une racine signifiant « voir, regarder, percevoir », a été rendu en chinois par kouan 觀, « regarder, considérer, contempler, observer, examiner », et que kouan a été rendu en turc à son tour par qolula-. Voici les trois textes :

Texte sanskrit, loc. cit.

śubha-locana maitra-locanā

prajñā-jñāna-viśiṣṭa-locanā

kṛpa-locana śuddha-locanā

premaṇīya sumukhā sulocanā

« Beaux yeux, yeux bienveillants,

Yeux distingués par la sagesse

Yeux de compassion, yeux purs,

Beaux yeux, beau visage suscitant l'amour. »

Version chinoise, loc. cit.

Tchen kouan, ts'ing-tsing kouan, 真觀清淨觀

Kouang-ta tche-houei kouan, 廣大智慧觀

Pei kouan ki ts'eu kouan. 悲觀及慈觀

« Contemplation vraie, contemplation pure,

contemplation d'immense sagesse,

contemplation miséricordieuse et contemplation

compatissante. »

Version ouïgoure, loc. cit.

Quanšı̊ im pusar tı̊nlı̊γları̊γ qolulamı̊šı̊ čı̊n kirtü qolulamaq titir.. arı̊γ turuγ qolulamaq titir.. kiŋ bilgä bilig qolulamaq titir uluγ yarlı̊qančučı̊ qolulamaq titir.. uluγ δdgü ögli qolulamaq titir.

« Les (façons) dont le Quanšı̊ im Pusar (soit le Bodhisattva qui 'contemple' les sons du monde) contemple les êtres vivants s'appelent la contemplation vraie, la contemplation pure, la contemplation de la vaste sagesse, la contemplation grandement miséricordieuse, et la contemplation grandement compatissante. »

Présentation du contenu

Voici encore un exemple de la correspondance entre qolula- et kouan 觀 tiré d'un autre texte bouddhique (cf. G. Hazai et P. Zieme, Fragmente..., BT I, p. 35, l. D. 114, et pl. XXXVIII, a, l. 25) : Au chinois tch'ang yi pan-jo kouan 常依般若觀, « si l'on considère constamment selon la sagesse », répond le turc ürük uzatı̊ bilgä bilig üzä körsär qolulasar, « si l'on regarde et considère constamment avec la sagesse ». Il n'est donc pas douteux que qolula- sert régulièrement à traduire le chinois kouan 觀, et qu'il faudrait, par conséquent, lui attribuer un sens équivalent, à savoir « regarder, contempler, considérer, observer, examiner ».

Pour ce qui est de l'étymologie de qolula- il apparaît surtout comme un dérivé de qolu, « moment, la plus petite unité de temps », mot qui pourrait avoir une affinité, que je ne saurais préciser, avec le sanskrit kāla, « un point fixe dans le temps, temps » (cf. aussi kalā, « une petite part d'un tout, une petite division du temps, minute, etc. »). Or, le terme qui désigne en sanskrit la plus petite mesure de temps, à savoir kṣaṇa, se rattache à une famille de mots aux sens de « voir, regarder, vue, œil, etc. » (cf. īkṣ-, « voir, regarder, considérer, penser » ; īkṣ̌aṇa, « regard » ; akṣi, akṣan, « œil », etc.) et a donc dû signifier à proprement parler, comme l'allemand Augenblick, « le temps d'un clin d'œil, d'un coup d'œil, d'un regard ». Une façon analogue de concevoir la plus petite mesure de temps existait, d'autre part, en chinois, où yi nien — 念, « une pensée, le temps d'une pensée, un moment », correspond au sanskrit kṣaṇa (cf. Soothill et Hodous, Dictionary, pp. 6 et 258). II n'est donc pas interdit de penser que les Bouddhistes de langue turque ont compris qolu aussi comme signifiant tout d'abord « le temps d'un clin d'œil, d'un coup d'œil, d'un regard, ou d'une pensée ». Ensuite, lorsqu'il a fallu rendre en turc des termes sanskrits ou chinois signifiant « regarder, considérer, contempler, etc. », les traducteurs de textes bouddhiques auraient retenu de qolu son acception de « coup d'œil, regard, pensée » pour en fabriquer le verbe qolu + -la-, « regarder, considérer, etc. ».

1.15 aγı̊tmaz, qui serait l'aoriste négatif de aγı̊t-, « faire monter, faire se lever au-dessus, surmonter, surpasser », semble signifier ici « celui qu'on ne peut pas surpasser, insurmontable, imbattable ». Je remarque que dans le Qutadγu Bilig (cf. R. R. Arat, QB, ll. 1233 et 6312 ; Index, p. 10) aγı̊t semble avoir le sens de « surmonte (vos pleurs, vos lamentations) ».

1.23 'RTWRMWKY, soit Ärtürmüki, représente une forme à prothèse et à métathèse du sanskrit Rudramukha (« Qui a pour chef Rudra » ou « Bouche rugissante » ?), nom du Brahmane dans la version tokharienne.

1.24 birlä semble vouloir dire ici non pas « avec », mais plutôt « par rapport à, à l'égard (du roi khan) ».

1.26 bulγanγuq est le parfait en -yuq (AG, § 218), employé adjectivement, du verbe bulγan-, qui est le réfléchi de bulγa- signifiant « brouiller, remuer, rendre trouble ou confus, mettre en colère » (cf. EDPT, p. 337). Puisque Kā?γarī indique clairement pour bulγa- et bulγan- les sens de « mettre en colère » et « se mettre en colère » (comparer les sens du français « brouiller »), sans doute vaudrait-il mieux prendre bulγanyuq comme synonyme de öβkδlig pour traduire « (le cœur) en colère et enragé », plutôt que de suivre EDPT, p. 338, dans sa traduction « confused minds ». Je note que le turc bulγa-, bulγan-, etc. a pour équivalent en chinois tchouo 濁, « trouble, bourbeux, sale, grossier, stupide, en colère », qui correspond au sanskrit kaṣāya, « saleté, impureté, stupidité, rouge, etc. ».

1.27 TWD'DY est à mon avis à lire tudadı̊. Je lis, en effet, tuda-, « déprécier, décrier », et tud, « mépris, insulte », avec -d- et non avec -t-, en dépit des lectures tota- et tot adoptées dans EDPT, pp. 452 et 449 (cf. aussi W. Bang et A. von Gabain, UigSt, p. 204, n. 36), car l'orthographe constante est en d dans tous les manuscrits qui font régulièrement la distinction entre t et d. Peut-être faut-il voir des survivances de l'ouïgour tuda-, « déprécier, mépriser », dans le téléoute tuda-, « être à court, manquer de quelque chose » (Wb, III, 1493), dans le yakoute tutā-, « rester en arrière, être placé après, être inférieur », et tutū, « manque, insuffisance, défaut » (cf. Böhtlingk, Wörterbuch, p. 107, et Pekarskij, Slovar', p. 2867), et dans le mongol duta-, « être insuffisant, être à court, manquer de capacité » (Lessing, Dictionary, p. 277). Dans ce cas, le sens de tuda- en ouïgour, « considérer comme insuffisant, inférieur, incapable, etc. », serait passé à « être insuffisant, inférieur, incapable, etc. ». Quant à l'origine de l'ouïgour tud, tuda-, qui figure uniquement dans des textes de Bouddhisme, on peut songer à un emprunt à une langue étrangère comme le sanskrit, qui possède notamment un radical tud- aux sens de « pousser, aiguillonner, piquer, inciter, vexer ». Il n'est peut-être pas inconcevable que de l'idée de « piquer, aiguillonner, vexer, etc. » on puisse passer à celle de « insulter, décrier, mépriser, etc. ». D'un autre côté, je note qu'en turc de Turquie tout au moins tu est une exclamation qui exprime le dégout.

1.28 'YRYK est lu irig en l'absence de graphies autorisant une lecture erig. Cependant, il me paraît clair que ce mot dérive du verbe yer-/ir-, « répugner, exécrer, repousser, détester, éprouver du désagrément, rechigner, récuser, blâmer, etc. » (voir dans EDPT de G. Clauson, qui ne fait pas de rapprochement entre les deux formes, p. 194, l i : r-, et p. 955, 2 yé : r-). En effet, l'adjectif irig qualifiant les paroles ou les sentiments a très bien pu signifier à l'origine « répugnant, exécrable, odieux, détestable, vilain, etc. », et par extension seulement « rude, grossier, dur », pour que ce fût par la suite le sens secondaire de « rude, grossier, etc. » qui a prévalu. J'ai bien l'impression, d'autre part, que dans EDPT, p. 222, sous le mot 2 irig, les citations irig er et tapuǧka irig bol représentent en fait un mot différent, à lire sans doute ärig ou erig, qui doit dériver du verbe är-/er-, « parvenir, arriver à temps, atteindre un but », et qui doit signifier « apte à atteindre un but, à arriver à temps, empressé, zélé, etc. ». Par ailleurs, on peut écarter en toute quiétude la lecture « äwrig » ou « ävrig » qu'indique pour irig A. von Gabain dans AG, index, et dans TT X, n. 13.

1.30 'SYZ est à transcrire essiz d'après les graphies alternantes en ä- et en i- dans les écritures runiforme, ouïgoure, et arabe, et d'après les notations de s géminés en écriture arabe, notamment chez Kā?γarī. À mon avis, cette forme provient de *äd-siz, c.-à-d. du même äd, « bien » au sens abstrait comme au sens concret, que celui qui entre dans la formation de äd-gü, « bon », mais qui porte le suffixe privatif -siz au lieu du suffixe amplificatif -gü. Le d spirante de äd se serait assimilé à l's de -siz, tandis que le ä initial aurait eu tendance à se fermer comme, d'ailleurs, le ä de ädgü. Le sens premier de ässiz/essiz était donc littéralement « sans bien », ce qui revient à dire « mal, mauvais, malheur, hélas, etc. ».

Dans son article « On a Misinterpreted Word in the Old Turkish Inscriptions » (UAJ, Vol. 35, Fasc. B, 1964, pp. 134-144), Talât Tekin a démontré à l'évidence que de très nombreuses graphies lues jusqu'ici siz, sizä, sizim, et sizimä et interprétées comme « vous », « à vous », « mon vous », et « à mon vous » dans les inscriptions en caractères runiformes représentaient en réalité äsiz, äsiz ä !, äsizim, et äsizim ä ! (c.-à-d. selon moi ässiz, etc.), au sens de « hélas, quel dommage ! ». Je pense que dans les inscriptions en question ässiz signifiait proprement « malheur ! » et ässizim ä « ô mon malheur ! », tandis que dans d'autres contextes ässiz ou essiz a dû signifier aussi « malheureux, mal, mauvais, vilain, etc. ». Assez curieusement, Sir Gerard Clauson, EDPT, p. 860, est resté fidèle aux anciennes interprétations par siz, « vous », etc. des graphies runiformes précitées, et, p. 253, ne fait apparemment aucun rapprochement entre le terme essiz, « hélas », et le terme isiz/essiz, « mal, mauvais ».

1.35 amačlar, « ministres », semble emprunté au tokharien B ou koutchéen amāc, provenant du skr. amātya, « ministre ». Cf. W. Thomas, Toch El II, p. 163.

1.38 tud učuz a pour équivalent en chinois k'ing tsien 輕賤, « léger et de bas prix, méprisable, vil, abject, ignoble, etc. » (cf. BT I, p. 35, l. 108, et pl. XXXVIII, l. 22). Sur tud, cf. la n. 1.27. Quant à učuz, qui signifie non seulement « à bas prix, de peu de valeur », mais aussi et surtout « sans effort, sans difficulté, sans importance, facile, négligeable, vil, méprisable », je suis tenté d'y voir le suffixe privatif -siz ou -suz, « sans ». La première syllabe a pu être un dérivé du verbe u-, « pouvoir, être capable », tel que *u-š ou *u-t, formant un nom abstrait au sens de « capacité, pouvoir ». Ainsi, si mon hypothèse est bonne, učuz proviendrait de *uš-suz ou *ut-suz, « sans capacité, sans pouvoir, impuissant, etc. ». Un autre dérivé du verbe u-, « pouvoir », serait uz, « habile », comme il a déjà été proposé. Je suggère, par la même occasion, que le verbe ut-, « vaincre, gagner, l'emporter dans une compétition », doit représenter l'intensif en -t- de ce même verbe u-.

1.45 jusqu'à la l. 67, fin du fragment ouïgour du jātaka, est un passage auquel semble correspondre, bien que d'une façon très lacunaire, le fragment tokharien B n° 79 (= T III. Š 75.4), publié chez Sieg et Siegling, Tocharische Sprachreste, Sprach B, Heft 2, p. 18, et dans Toch El II, p. 49.

1.54 biligimiz a ici le sens du skr. vijñāna, « le fait de discerner, distinguer, comprendre, connaître, etc. ; perception, conscience, compréhension, etc. ». Par conséquent, la phrase signifie que la belle prestance, le doux langage, etc. du roi ont prévalu contre la raison de ses ministres.

Colophon

1.1' taβı̊šγan yı̊l törtünč ay yetti yegirmikä, soit le 17 de la quatrième lune de l'année du Lièvre, pourrait, s'agissant d'un fragment usé d'une œuvre bouddhique, correspondre à une date relativement ancienne parmi les manuscrits ouïgours de Touen-houang, à savoir de la dernière moitié du IXe ou de la première moitié du Xe siècle (c.-à-d. 23.V.859, 10.V.871, 27.V.883, 15.V.895, 31.V.907, 19.V.919, 7.V.931, ou 23.V.943). Au sujet de cette date, voir aussi les remarques de Louis Bazin, Les Calendriers turcs anciens et médiévaux (thèse), p. 306.

1.2' S(= Š)YNKTSY ici et aux ll. [[14']] et [[48']] doit représenter un nom chinois de moine, dont les correspondances possibles en chinois sont assez nombreuses. Un nom identique Sing-tsi figure à la l. 6 du colophon ouïgour A (U 3092 = T II Y 15.505), publié par P. Zieme dans « Materialien zum uigurischen Onomasticon, II. », Türk Dili Araştirmalari Yilliǧi Belleten, 1979, alors que, d'autre part, un nom semblable, SYNKCY, figure dans le 21.6 et le 22. l. De plus, on rencontre dans ce dernier manuscrit un certain Kingtu ačarı̊ (22. l), dont on retrouve également la mention dans le colophon A (l. 2) publié par P. Zieme (op. cit.), comme il semble y avoir aussi dans le 22.18 un certain '(= β)M'X, Amaγ, correspondant à l'Amaγ de la l. 4 du colophon A publiι par P. Zieme. De surcroît, on rencontre à deux reprises un nom ou un titre Ayı̊ aussi bien à la l. l l' du présent colophon qu'à la l. 6 du colophon A étudié par P. Zieme. Or, ces correspondances apparentes entre des noms de notre colophon, ainsi que d'autres manuscrits de Touen-houang, et du colophon de la région de Turfan édité par P. Zieme donnent à penser qu'il pourrait s'agir, des deux côtés, des mêmes personnages et d'un même milieu.

1.3' bitigäli ötüntüm doit signifier « j'ai prié (quelqu'un) d'écrire... », car après un verbe en -γalı̊ ou -gäli, ötün- ne joue pas simplement le rôle d'un auxiliaire du mode humble, mais exprime son sens plein de « prier, demander respectueusement de faire... » (cf. AG, § 252). D'ailleurs, on voit plus loin que Sing-tsi ācārya a fait copier son texte par un scribe.

1.5' küčintä ici et à la l. [[7']] a le sens de « par, par suite de, grâce à la force de... ». Effectivement, dans cette locution le suffixe de cas -tä doit représenter l'ablatif marquant « le point de départ, provenance, origine, cause », plutôt que le locatif « dans ». L'emploi de l'ablatif pour exprimer l'origine ou la cause est très répandu en turc à partir d'une certaine époque, mais en turc ancien, pour autant que j'ai pu découvrir, cet emploi était limité à deux ou trois tournures seulement, parmi lesquelles la formule täŋridä qut bulmı̊š, « qui a trouvé le pouvoir bénéfique grâce au Ciel », dans les titulatures des qaγan ouïgours, et celle du type de notre buyan ädgü qı̊lı̊nč küčintä, « par, par suite de, grâce au pouvoir de l'action, etc. », qui est très largement attestée. Voir, par exemple : ol ayı̊y qı̊lı̊nč küčintä... üč yaβlaq yolqa barı̊r (TT VI, 334) ; nı̊zβanı̊lar küčintä... yaβlaq i? tusi tı̊ltaγı̊nta... tsui irinčü qı̊ltı̊mı̊z (TT IV, A. 21) ; ol buyan küčintä üstün täŋri yerintä altı̊n yalŋuq ät'özintä köŋültäki-täg mäŋi tuŋa täginip.... bu buyan küčintä... burxanı̊γ tu? bolalı̊m..., ol alqı̊š küčintä... burxan yertinčüdä bälgürmäkimiz bolzun (ZweiPfahl, p. 8) ; qaŋı̊m siziŋ küčüŋüztä alqı̊nurlar (Eski Türk Şiiri, p. 158.41) ; önüş nomnuŋ küčintä öntürgil (ibid., p. 174.12) ; buyan ädgü qı̊lı̊nč küčintä tüšintä... qamay küsüšüm qanzun bützün (ibid., p. 218. l), etc. Or, comme en sogdien des formules semblables étaient construites avec la préposition cnn, cn, ou c'wn, « de, hors de » (cf. notamment cnn cyw'nt 'krtyh z'wry, « par, grâce à la force de cette action », dans TS, 5, aux ll. 26, 30, 34, 39, 43, etc. ; et GMS, § 1613), il n'est peut-être pas exclu qu'en turc ancien la construction à l'ablatif pour exprimer « grâce à, en vertu de, par, par suite de, à cause de » eût été calquée sur cet emploi de cnn en sogdien, qu'auraient copié, par exemple, les traducteurs turcs de textes bouddhiques sogdiens. En effet, ce fut en turc ancien le datif qui désignait normalement l'agent d'une action (cf. AG, § 389) et qui rendait couramment l'idée de « par, grâce à » (cf. täŋri küčiŋä, « grâce au pouvoir du Ciel », dans l'I̊rq Bitig, n° XVII, et siziŋä qutuŋuzta bu suyluy ät'özdä ozalı̊m, « par vous, grâce à votre pouvoir bénéfique, échappons à ce corps de péché », dans Le Conte bouddhique...., LI. 7). Sur l'emploi de l'ablatif dans la formule küčintä, voir aussi mes remarques dans « Le Texte turc en caractères syriaques du grand sceau cruciforme... », JA, 1972, pp. 160-162.

1.8' "RYZ̤YNT' semble devoir se lire arı̊žı̊nta, soit arı̊ž muni du suffixe de la troisième personne au cas locatif. Or, je crois reconnaître, sous la forme de plusieurs variantes, de nombreux exemples du même mot dans les différents manuscrits du Qutadγu Bilig, à savoir le manuscrit (A) de Hérat en écriture ouïgoure, le manuscrit (B) du Ferghâna en écriture arabe, et le manuscrit (C) du Caire en écriture arabe (cf. les fac-similés de ces trois manuscrits dans l'édition du Türk Dil Kurumu, I, Viyana nüshasi, Istanbul, Alâeddin Kiral Basimevi, 1942 ; II, Fergana nüshasi, Istanbul 1942 ; et III, Misir nüshasi, Istanbul 1943). Il y a notamment "RYZ, à lire arı̊z ou arı̊ž, dans le manuscrit de Hérat en écriture ouïgoure (cf. le ms. A, p. 25 aux ll. 13 et 15), auquel correspond dans le manuscrit du Ferghâna en écriture arabe (B 43. l et. 3) la forme اریژ, arı̊z ou ärı̊z, dont le sens paraît être « aise, bien-être, agrément ». Dans le manuscrit en écriture ouïgoure on trouve également "RYZ LYX, arı̊z-lı̊q, « le désir », et "RYZ L'R, arı̊z-lar, « désirs, plaisirs » (cf. A 134.13 et A 159.5), bien que dans son édition R. R. Arat ait lu dans le premier cas ḥariṣlı̊k, comme la leçon des manuscrits en écriture arabe, et dans le second cas öz-ler, plus proche de la leçon uzlar des manuscrits en écriture arabe (cf. R. R. Arat, Kutadgu Bilig, I, metin, ll. 4731 et 5589). L'orthographe la plus fréquente dans le manuscrit en écriture ouïgoure est pourtant "RYC, à laquelle correspondent généralement dans les deux manuscrits en écriture arabe les formes اراز ou اراژ (cf. par exemple A 33.33 = C 26.16, A 38.3 = B 78.8, A 85.32 = B 163.8 = C 112.15, A 101.34 = B 261.10 = C 208.15, A 105.6 = B 267.15 = C 215.6, A 136.1 = B 346.4 = C 285.2, A 147.2 = B 374.2 = C 309.11, et B 228.11 = 179.2, B 229.7 = C 179.12), mais parfois aussi اریژی (cf. A. 37.23 = B 77.12). Comme, d'autre part, pour autant que j'ai pu vérifier, la forme "RYC prend des suffixes toujours à la classe antérieure, sans doute est-elle à lire plutôt ärič dans cette classe, de même que les formes اراز , اراژ ou اریژ des manuscrits en écriture arabe seraient à lire äräz, äräž, et äriž (cf. notamment A 48.28 a̤rič-lärkä = B 94.4 äräzlärkä = C 49.9 äräžlärkä, A 52.21 a̤rič-kä = B 102.14 äräzkä = C 57.7 äräžkä, A 62.1 a̤rič-kä = B 121.7 ärižkä, A 103.11 a̤rič-kä = C 211.15 äräžkä, A 146.39 "RYC-YNK a̤rič-iŋ = B 373.14 et C 309.8 äräžig, A 148.12 a̤rič-kä et a̤r-i-čiŋ = B 377.1 et C 312.6 äräžkä et äräžig, A 156.11 'RYCLYK äričlik = B 394.3 et C 328.1 äräž, B 217.3 äräzlig et äräzkä = C 167.13 äräžlig et äräžkä). Les sens attribuables à ces derniers exemples sont en général les mêmes que ceux des formes précédentes, à savoir « aise, bien-être, sérénité, bonheur ; plaisir, désir, agrément ».

Enfin, il y a aussi la variante "RYNC en écriture ouïgoure (cf. A 147.19, "RYNC K', a̤rinč-kä = B 374.4 et C 310.12 äräškä), qui se retrouve dans le dérivé verbal A 37.15 "RYNC L'N-, a̤rinč-län- (= B 77.4 äräzlän-), « être à l'aise », à côté de A 166.27 "RYCL'N-, a̤ričlän- (= B 418.14 et C 350.7 äräžlän- ; cf. aussi A 167.31 "RYC L'-, a̤rič-lä- = B 421.10 äräžlän-). = C 352.14 äräžlän-). Or, Kā?γarī donne, avec le sens de « bien-être, aisance », la même variante اِرِنج erinč qu'il dit être prononcée اِرِنژ erinž dans beaucoup de parlers (cf. K, 1, p. 132.17, III, p. 449.17). En fait, la prononciation en n'était pas la moins justifiée puisqu'il s'agissait sans doute à l'origine d'un mot rīž ou rēž emprunté par le turc au sogdien : cf. ryz en sogdien et ryj en sogdien manichéen au sens de « désir, plaisir, satisfaction, bon vouloir », et le persan ریژ rēž, « désir » (sur ce mot, voir W. B. Henning, « Sogdian Loan-words in New Persian », BSOS, X, p. 99, et D. N. Mackenzie, The 'Sūtra of the Causes and Effects of Actions' in Sogdian, p. 69). La voyelle initiale des formes turques serait, bien entendu, prothétique, puisque le turc ancien n'admettait pas de r à l'initiale. Les différentes graphies qui semblent indiquer une lecture tantôt dans la classe antérieure tantôt dans la classe postérieure reflètent sans doute un certain flottement réel dans la prononciation du mot qui serait dû à son origine étrangère, comme il arrive souvent en turc. On constate, toutefois, d'après les exemples donnés dans EDPT, p. 200, que les formes du mot conservées dans les différents dialectes modernes sont plutôt de la classe postérieure comme notre arı̊ž. Enfin, la consonne ž, étant étrangère au turc, était souvent remplacée par les consonnes turques les plus ressemblantes z ou č. De la même façon, les variantes en -nž et en -nč doivent s'expliquer comme des tentatives de normaliser ou d'apprivoiser en turc, où la terminaison -nč est si fréquente, le phonème ž.

Dans le présent passage, arı̊žı̊nta semble devoir signifier « que ma mère et mon père aient une renaissance dans (une situation conforme à) leurs désirs ».

1.8' β'C'R, βačar, est évidemment pour Vajra. On sait que le dieu Vajra ou Vajrapāṇi prit dans le Bouddhisme à partir du VIIIe siècle une importance très grande, jusqu'à être considéré comme l'Être suprême (cf. notamment Étienne Lamotte, « Vajrapāṇi en Inde », Mélanges de Sinologie offerts à Monsieur Paul Demiéville, I, pp. 113-159). Voir aussi les mentions de la terre ou du pays de Vajra dans TT V, A, l. 41, et, en sogdien, chez F. W. K. Müller, « Reste einer soghdischen Übersetzung des Padmacintāmaṇidhāraṇī-sūtra », SPAW, 1926, pp. 3 et 5, l. 5.

1.10' βRDW, qu'on peut sans doute lire aussi β'DW ou βNDW, pourrait correspondre au nom Vadu à la l. 4 du colophon A (U 3092) édité par Peter Zieme dans « Materialien zum uigurischen Onomasticon II », TDAYB, 1978-1979, p. 82. Comme je l'ai fait remarquer dans la n. 1.2' SYNKTSY, il y a un nombre surprenant de correspondances entre des noms de personne du colophon A édité par P. Zieme et ceux qui figurent dans certains manuscrits ouïgours de Touen-houang et notamment dans le présent texte. Voir aussi la note suivante sur Ayı̊.

1.11' "YY et plus loin "YY semblent représenter Ayı̊, un nom ou un titre qu'assez curieusement on retrouve également à deux reprises dans la même ligne du colophon A, l. 6, édité par P. Zieme (cf. les n. 1.2 et 1.10'). D'après P. Zieme, il pourrait s'agir d'un terme de parenté, ayı̊, « mère », attesté en uzbek (cf. Uzbeksko-russkij slovar', Moscou 1959, p. 299 ; TMEN, II, p. 228, n° 677 ; É. Sevortjan, Etimologičeskij slovar' tjurkskix jazykov, I, Moscou 1974, p. 113).

1.11' SYLYK est à lire silig et non silik : cf. Ali Karamanlioǧlu, « 'Silik' sözü üzerine », Reşid Rahmeti Arat için, pp. 320-322.

1.13' PTR "NNT, Patar Anant, représente sans doute le sanskrit Bhadra Ānanda. On peut comparer la transcription de bhadra par patar avec la transcription de vajra par vačar à la l. 8. La forme Patar dans le Ṭišastvustik, fol. 43 a, l. 6 (cf. pp. 26, 107, et 130 chez W. Radloff, Ṭišastvustik), est vraisemblablement aussi une transcription de Bhadra et non de Vaḍi comme proposé (cf. aussi ibid., fol. 41 b, l. 2, et p. 136, la transcription ouïgoure Širipatari du skr. Çribhadra). Quant à "NNT pour Ānanda, on peut comparer la graphie sogdienne "N'NT (cf. D. N. MacKenzie, The Sūtra of the Causes and Effects..., p. 42).

1.16' XWM'R, soit Xumar ou Qumar, provient sans doute du sogdien xwn'r, « consolation ». Un nom d'homme Xumar ou Qumar Yegän figure sur la pointe du troisième pieu étudié dans ZweiPfahl, p. 24, qui est vraisemblablement à dater du 12 mars 1019 (cf. p. 21 de l'Introduction, de même que la n. 32 à la p. 41), tandis que mention est faite d'un homme du nom de Xumar Arslan dans une lettre à l'aspect particulièrement ancien, éditée dans USp, n° 92, p. 155.

1.17' 'YN 'YCY est une contraction de ini eči, « frère(s) cadet(s) et frère(s) aîné(s) », en in-eči, mot composé au sens plus général de « frères », ou même de « frère », puisque dans une famille on peut être à la fois frère aîné et frère cadet. La forme in-eči est déjà attestée dans un manuscrit ouïgour de Qočo, qui doit dater de quelques années après 803 (cf. A. von Le Coq, « Ein manichäisches Buch-Fragment aus Chotscho », p. 146, l. 4, et p. 148). D'autre part, il me paraît évident que la forme inäči, ainsi peut-être que les formes inäčü et inäčük, qui figurent abondamment dans nombre des manuscrits édités dans USp (cf. l'index, p. 271) et qu'on a prises pour des noms personnels, sont en réalité à identifier avec ce même composé in-eči.

1.18' "T'Y représente atay, terme déjà attesté dans la version ouïgoure du Suvarṇaprabhāsa, Altun Yaruq, fol. 620.20, 623.10, 626.3, 633.19, et 641.5 (cf. S. Çagatay, Altun Yaruktan iki parça, p. 96, etc., ainsi que AG, pp. 278.2, 279.23, 281.16, et glossaire, p. 296), qui désigne le petit ou jeune de l'homme ou de divers animaux. Le terme ne figure pas dans EDPT.

1.22'-24' öŋ ülüg, expression fréquente dans les colophons bouddhiques, fut traduite, peut-être pour la première fois, par F. W. K. Müller dans U II. Voir notamment U II, p. 89.84 : bu buyan ädgü qı̊lı̊nč qamaγ όč yüz altmı̊š täŋri-lärkä öŋ ülüš bolzun, que Müller traduit par « Diese verdienstliche gute Tat möge für alle 360 'Götter' (s. o.) der erste Anteil sein ! » (« Que cette bonne action méritoire soit la première part pour tous les 360 'dieux' ! »). Par l'indication « 'Götter' (s. o.) », Müller renvoie à un autre passage dans U II, sans doute celui des ll. 64-65 du colophon précédent (cf. U II, p. 80) : bu buyan ädgü qı̊lı̊nčı̊y öŋ ülüg ävirä ötü täginär men... naivaziki täŋri... taβγan xan... wang bδg ulatı̊ täŋrilärkä, qu'il traduit par « Diese verdienstliche, gute Tat will ich als ersten (vorderen) Anteil zuwenden ehrerbietigst den... guten Geisten ('den hochseligen') und Göttern (Fürstlichkeiten), ... dem Tavghan chan, ... wang-Beg und anderen Göttlichen (Personen) », tandis qu'il remarque dans une note de la p. 83 qu'aux ll. 64 et 65 täŋrilär ne signifie pas à proprement parler « dieux », mais serait un titre comme täŋrim. Or, j'estime que dans le cas des 360 täŋrilär il pourrait bien s'agir de divinités présidant à chacun des 360 jours de l'année normale (selon le calendrier chinois et ouïgour), de même que dans le deuxième exemple naivaziki (cf. skr. naivāsika) täŋri (-läri ? cf. la pl. III), tout au moins, désigne bien les génies tutélaires ou dieux locaux.

Pour ce qui est d'interpréter, comme le fait Müller, öŋ ülüg et öŋ ülüš par « ersten (vorderen) Anteil », c.-à-d. « la part première ou antérieure », de l'action méritoire ou puṇya, on peut objecter que dans notre texte, par exemple, le père et la mère du donateur sont cités en premier lieu pour bénéficier du puṇya, et que c'est seulement en dernier lieu, après avoir cité tout le monde, qu'il est question du öŋ ülüg que le puṇya doit procurer « à tous, tant qu'il y en a, jusqu'à la septième génération », et qui ne peut guère être, par conséquent, « la première part » du puṇya. Semblablement, aux ll. 637-641 du chapitre X de la Biographie de Hiuan-tsang en version ouïgoure (cf. S. Tezcan, Eski uygurca Hsüan Tsang Biyografisi X. Bölüm, p. 36), il est indiqué que le puṇya à faire bénéficier à toute la progéniture des êtres vivants des quatre réincarnations et des cinq existences devrait être öŋ ülüg, qui serait donc difficilement « la première part ». De fait, ülüg ou ülüš me paraît bien signifier « la part qui est due ou qui revient de droit à quelqu'un », et par conséquent « lot, sort, destin, rétribution, récompense, chance ». Quant à öŋ, je me demande s'il ne s'agissait pas à l'origine du mot , « côté droit », mais aussi « salutaire, faste, favorable, bon, prospère, etc. », et parfois aussi « sort, destin » (cf. EDPT, pp. 166-167, et oŋal-, p. 185 : TMEN, II, n° 624). Dans ce cas, la voyelle postérieure de serait passée à öŋ par assimilation aux voyelles antérieures de ülüg ou ülüš. L'expression öŋ ülüg pourrait alors signifier « destin salutaire, chance favorable ». Voir ülüg au sens de « chance, destin » dans Le Conte bouddhique..., XXI. 4, XXXIII. 5, et LXIV. l. Pour d'autres exemples de l'expression öŋ ülüg, cf. aussi Ş. Tekin, Maytrisimit, l. 48, 55, et 65, 90.19, et 91.1 ; G. Hazai, « Ein uigurisches Kolophon zu einem Avalokiteśvara-Lobpreis », Tractata Altaica, p. 274, l. 20 ; et P. Zieme, « Materialien zum uigurischen Onomasticon II », TDAYB, 1978-1979, Colophon A, l. 3, p. 82.

1.28' taqı̊ bu n'est peut-être pas le début de la phrase de la ligne 29' sur le feuillet c, recto, car il se pourrait qu'un feuillet manque avant le feuillet c.

1.32' 'YMYRT est probablement pour le skr. amṛta, « immortalité », et serait sans doute à lire à la classe postérieure. Cf. amartapatr dans TT X, p. 32, ll. 457, 468, et 482, et amı̊rta dans BT VII, l. 450.

1.33' 'RZYXY, qui serait à lire arzı̊qı̊ ou sans doute mieux aržı̊qı̊, doit représenter le skr. ṛṣi, « sage, patriarche, saint », suivi du suffixe dénominal -qı̊ : cf. a̤ržı̊ et a̤rzı̊ dans TT X, ll. 66, 136, 334, et 523 ; a̤rz̤ı̊ dans BT II, l. 1287 ; aržı̊ et ı̊ržı̊ dans BT VIII, p. 125 ; ainsi que ı̊ršı̊ dans Le Conte bouddhique..., p. 105. Étant donné que la constellation de la Grande Ourse a pour nom en sanskrit les Sept Ṛṣi ou Sages, peut-être faudrait-il restaurer le présent passage en yetti aržı̊qı̊ yultuzta, « grâce à la constellation qui est les Sept Sages ». Le nom usuel de la Grande Ourse en turc ancien était Yettikän, soit vraisemblablement yetti + qan, « les Sept Souverains ».

1.38' qutluγ orunlar se rapportent dans un contexte un peu semblable de la Biographie de Hiuan-tsang en version ouïgoure (l. 93) aux lieux saints du Bouddha, de même qu'à la l. 211 (cf. Bio Hts, pp. 11 et 15) qutluγ yer orunlar se rapportent à des lieux qu'auraient fréquentés des saints.

1.45' bir tägzinč est à traduire « chapitre premier » ou encore « premier rouleau », plutôt qu' « un rouleau ». En effet, bir joue régulièrement en turc ancien le rôle de l'ordinal « premier » : cf. notamment USp, p. 185, n. 5 ; TT IV, B. 65 ; et Khuastuanift, ll. 178-182. Il est à remarquer qu'en sogdien également, comme dans d'autres langues iraniennes, le nombre cardinal s'emploie habituellement pour rendre « premier » dans les énumérations (cf. GMS, § 1332, n. l).

1.47'-48' D'après ce passage, on comprendrait que le colophon ait été écrit, au nom de Sing-tsi ācārya, par le copiste Alp Toŋa, qui se déprécie comme il était d'usage. Quant au texte du jātaka proprement dit, qui est d'une autre main, peut-être faut-il supposer qu'Alp Toŋa avait à ses ordres d'autres copistes à qui il faisait faire une part du travail.

Bibliographie

Catalogue des Manuscrits ouïgours du IXe-Xe siècle de Touen-Houang, établi par James Hamilton, tome I, Peteers, Paris, 1986.

Historique de la conservation

Informations sur les modalités d’entrée

Rapporté par la mission Pelliot de 1906-1908. Entré à la BN en 1910.

Informations sur le traitement

Notice créée à partir de la conversion rétrospective du Catalogue des Manuscrits ouïgours du IXe-Xe siècle de Touen-Houang, établi par James Hamilton, tome I, Peteers, Paris, 1986.