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Smith-Lesouëf 84

Breslau (Wrocław), Dantzig (Gdańsk) et Poznań, 1601-1606.
 - F. 25 r. armoiries et dédicace de Pancratz Freund von Polnisch Weistritz de Neudeck, à Breslau, le 14 décembre 1606 [ce Pancratz, mort en 1624, a également contribué à l’album amicorum de Cosmus Simmer von Simmerfeld vers 1616 : Wrocław, Biblioteka Uniwersytecka, IV O 50, f. 132] ; devise : « Spes confisa Deo nunquam confusa recedit » ; 

- f. 26r. armoiries et dédicace de Christoph von Poley de Thi[e]rgarten, 1601 [vraisemblablement identifiable au marchand et membre du Conseil de ville de Wrocław mort en 1637, cf. N. Conrads, « Der Aufstieg der Familie Troilo. Zum kulturellen Profil des katholischen Adels in Schlesien zwischen Späthumanismus und Gegenreformation », dans Zeitenwenden : Herrschaft, Selbstbehauptung und Integration zwischen Reformation und Liberalismus. Festgabe für Arno Herzig zum 65. Geburtstag, dir. J. Deventer et al., Münster, 2002, p. 279-310, p. 287 ; Johann Siebmachers... Wappenbuch, III, pl. 92] ; devise dans un cartouche orné : « Neque avide, neque pavide» ;

- f. 26v. miniature : concert miaulique ; 
- f. 27r. armoiries et dédicace de Leonhart et Christof Ölhafen von Schöllenbach, à Breslau, décembre 1603 [famille patricienne originaire de Zürich implantée à Nuremberg, Leipzig et Wrocław ; Christof a également signé l’album amicorum de Cosmus Simmer von Simmerfeld en 1616 : Wrocław, Biblioteka Uniwersytecka, IV O 50 ; Leonhart est mentionné dans un album anonyme de 1601 : Vienne, ÖNB, Hs. 9633 ; cf. K. Goldmann, Nürnberger und Altdorfer Stammbücher aus vier Jahrhunderten : ein Katalog, Nürnberg, 1981 (Beiträge zur Geschichte und Kultur der Stadt Nürnberg ; 22), n° 1404, 1625] ;

- f. 28v. armoiries et dédicace de Daniel von Tarnau [Tarnowski, famille silésienne, cf. Johann Siebmachers allgemeines grosses und vollständiges Wappenbuch, in welchem aller hohen Potentaten, Fürsten..., Nürnberg : Verlag der Raspishen Buchhandlung, 1772, II, pl. 48], à Breslau, le 12 mars 1602. ─ Devise au recto : « Durum patientia frango / Gedültt Unfals Arkney », Daniel von Tarnau, 7 août 1601;
- f. 29r. miniature : costumes de dames polonaises ; vers en allemand, de la même écriture que la devise en allemand du f. 28v ;

- f. 31v. armoiries et dédicace d’Adam Puch de Breslau [Pusch von Gamsfeldt, cf. Johann Siebmachers... Wappenbuch, III, pl. 93] à Poznań, le 8 octobre 1601 ; devise : « Mein Hoffnung zu Gott »;
- f. 32r. miniature : Juifs lisant dans la synagogue ;

- f. 34v. armoiries et dédicace de Sebastian Prandter, à Dantzig, le 24 août 1601 ; devise : « Meliora spero »;
- f. 35r. miniature : homme remettant une coupe à une femme éplorée assise sur un lit ; couples d’amoureux;

- f. 37v. armoiries de Gabriel Paulus Grundherr de Nuremberg [cf. Johann Siebmachers... Wappenbuch, I, pl. 205], qui a dédicacé la peinture du f. 38 ;
- f. 38r. miniature : deux hommes chassant Diogène de son tonneau, tandis que deux chiens se courent après et qu’un bouffon joue du violon ; le couvercle du tonneau est fait d’une languette de papier qui se soulève, découvrant une femme cachée. ─ Dédicace de Gabriel Paulus Grundther [Grundherr] de Nuremberg, à Poznań, le 10 octobre 1601 ; l’écriture est identique à celle des inscriptions effacées du f. 37v;

- f. 40v. armoiries et dédicace de Christoff Engell [?] de Poznań, à Breslau, le 9 mars 1602. ─ Au-dessus, devise dans un phylactère : « Gewächs [?] woll ich Lachs mit », 1602 ; 
- f. 41r. miniature : deux médecins pratiquant la saignée sur une malade assise dans un intérieur (la jupe de celle-ci est formée d’une languette de papier qui se soulève, découvrant sa nudité et un homme à genoux ; vers et inscriptions en allemand de la même écriture que la devise du f. 40v) ;

- f. 42v. armoiries et signature de Niclas Reichel [famille silésienne, cf. Johann Siebmachers... Wappenbuch, II, p; l. 47] ;
- f. 43r. miniature : suicide de Pyrame et de Thisbé dans un paysage stylisé avec un Manneken-Pis. ─ Au-dessous, dédicace de Niclas Reichel, le 14 décembre 1606;

- f. 56v. armoiries d’argent à une aigle de sable mi-parti d’azur à l’étoile à 8 rais d’or : vraisemblablement celles de Fredrich Cardmall, qui a dédicacé la peinture du f. 57;
- f. 57r. miniature : Bacchus, Vénus et Cérès ; chute de la Volupté ; à l’arrière-plan, partie de danse [allégorie du mariage ?]. ─ Dédicace de Fredrich Cardmall, à Dantzig, le 1er septembre 1603;

- f. 59v. armoiries d’or au lion de gueules tenant une flèche d’argent, vraisemblablement celles d’Andreas Schmidt d’Anvers, qui a dédicacé la peinture du f. 60;
- f. 60r. miniature : Zeus et Io ; à l’arrière-plan : Zeus et Io transformée en vache devant Junon. ─ Dédicace d’Andreas Schmidt d’Anvers, à Dantzig, le 21 août 1603;

- f. 62v. armoiries coupé au 1 d’azur à la panthère au naturel armé et couronnée d’or issant du trait coupé, au 2 d’azur au pal de gueules accompagné de 2 étoiles à 6 rais et chargé d’une troisième, le tout d’or ; chiffre G.S.;
- f. 63r. miniature : mineurs courtisant une dame ;

- f. 78v. armoiries et dédicace de Daniel Engelhard, à Breslau, le 19 mars 1602 [Daniel Engelhard a également signé l’album amicorum d’Abraham Ortelius à Francfort-sur-le-Main en 1577 et en 1584 : Cambridge, Pembroke College, MS LC.2.113, f. 8v, 54 ; ce nom apparaît également dans l’album de Cosmus Simmer von Simmerfeld, en 1616 : Wrocław, Biblioteka Uniwersytecka, IV O 50, f. 209] ; devise dans un phylactère : « Feras non culpes » ;

- f. 81v. armoiries et dédicace de Georg. Bucheraco, à Breslau, le 18 mars 1602 ; devise dans un phylactère « Mediocria », explicitée dans la dédicace : « Si sapis, affectes mediocria ; summa periclis obvia ; contemtum sordida vita parit » ;
- f. 82r. armoiries et dédicace de Cosmas Simmer de Kolberg [Cosmus Simmer von Simmerfeld, vers 1581-1650, historien issu d’une famille patricienne de Kołobrzeg (Kolberg), possesseur d’un album amicorum aujourd’hui conservé à Wrocław, Biblioteka Uniwersytecka, IV O 50], à Breslau, le 14 décembre 1606 ; citation de Ménandre ;

- f. 82v. armoiries et dédicace de Theodorus Hartz, 30 décembre 1606 ; devise « Virtute » et inscription « Habeto simplicitatem columbe, ne cuiquam machineris dolos et astutiam serpentis ne aliorum supplanteris insidiis » [Saint Jérôme, Epistola 58, 6, 4] ;

- f. 90v. armoiries et dédicace de Hans Stam, dit le Hongrois [Unger], à Dantzig, le 9 février 1602 ; devise : « Gott allein die Erhe »;
- f. 91r. miniature : cortège de femmes de Dantzig, dont trois vierges, allant à un mariage ; inscriptions de la même écriture que la dédicace du f. 90v ;

- f. 99v. armoiries et dédicace de Hans Pez de Nuremberg, à Poznań, le 23 mars 1602 ; devise : « Zu Gott allein meinn Hoffnung »;
- f. 100r. miniature : femme choisissant entre trois galants ;

- f. 102v. armoiries et dédicace de Balthasar Bürckhardt de Nuremberg, à Dantzig, le 1er mars 1605; 
- f. 103r. miniature : Fortune ;

- f. 116v. miniature : paysage d’hiver avec une ferme, un moulin, une ville fortifiée au bord de l’eau, inscrit dans un médaillon orné de sphinges portant la devise « Translata virebit »;

- f. 168r. armoiries de sable à la fasce d’or chargée de 3 pattes de lion de sable coupées de gueules, cimier : un lion naissant de sable lampassé de gueules et couronné d’or tenant un tau d’or, signature : « R. T. de L. » ; devise : « Durum patientia frango» ;

- f. 169v. miniature : allégorie de la Tempérance dans un médaillon orné de sphinges ; devise « Panta Anaballomenos », « Nec nil, nec nimium »;
- f. 170r. armoiries de Julius Caesar Wacker von Wackenfels [1570-1608, notaire apostolique et chanoine à Wrocław, cf. F.-R. Hausmann, Zwischen Autobiographie und Biographie : Jugend und Ausbildung des Fränkisch-Oberpfälzer Philologen und Kontroverstheologen Kaspar Schoppe (1576-1649), Würzburg, 1992, p. 38] ; devise : « Medium tenuere beati », d’une écriture identique à celle du f. 169v.

Technique : tracés à la mine de plomb encore visibles sous certaines peintures, repentirs (f. 31v, 37v), esquisse d’un personnage au f. 63.

Présentation du contenu

Un certain nombre de ces peintures ont vraisemblablement été réalisées à Wrocław . Elles présentent entre elles certaines constantes ornementales ou stylistiques, bien qu’elles aient été exécutées à des dates distinctes par différents peintres. Ainsi, plusieurs peintures héraldiques forment des groupes homogènes attribuables chacun à une même main (par exemple, f. 28v, 40v et 42v ou f. 78v, 81v, 82, 82v et 168) et quelques motifs caractéristiques se répètent d'une page à l'autre. Par exemple, les phylactères contenant les devises aux f. 27, 28v, 40v, 42v se terminent par des rubans auxquels sont suspendus des pompons ; les cartouches des f. 26, 27 et 41 sont ornés d’acanthes et de lambrequins colorés. Ce répertoire ornemental se retrouve dans le ms. Paris, BnF, Latin 5541, également enluminé à Wrocław au début du XVIIe siècle.
Plusieurs des scènes mythologiques ou populaires de cette partie de l’album s’inscrivent en outre dans la tradition des enlumineurs de Stammbücher silésiens, représentée notamment par le miniaturiste Andreas Hempel, maître à Wrocław en 1610, qui intervint en 1625 dans l’album amicorum de Zacharias Allert (cf. K. Masner, « Die schlesischen Stammbücher und ihre künstlerische Ausschmückung Schlesien Vorzeit in Bild und Schrift », Jahrbuch des schlesischen Museums für Kunstgewerbe und Altertümer, 4, 1907, p. 137-170, p. 139-147). Le dessin est assez rigide, surtout aux f. 29, 41 et 43, où les lourdes figures aux expressions naïves et aux joues violemment relevées de rose affichent des attitudes figées et des vêtements massifs, à peine marqués de quelques plis schématiques.

D’autres miniatures évoquent quant à elles l’œuvre du peintre Anton Möller (1563-1611), formé à la cour de Rodolphe II de Habsbourg puis actif à Gdańsk à partir de 1586. Ainsi, la miniature représentant un cortège de femmes de Gdańsk (f. 91) s'apparente aux planches du livre des costumes de femmes dessiné par l’artiste et publié dans cette ville en 1601 (cf. Anton Moeller’s Danziger Frauentrachtenbuch aus dem Jahre 1601 in getreuen facsimilé reproduktionen, éd. A. Bertling, Danzig : 1886, gravures 2 et 15). La scène galante du f. 100, bien qu’ayant été dédicacée à Poznań (cf. la dédicace f. 99v), montre un prétendant courbé qui paraît tout droit issu d’un dessin de Möller conservé au Kupferstichkabinett de Berlin (La fête de Vénus, 1596 ; cf. W. Drost, Danziger Malerei vom Mittelalter bis zum Ende des Barock : ein Beitrag zur Begründung der Strukturforschung in der Kunstgeschichte, Berlin, 1938, pl. 56) ou de la toile intitulée Fête dans une maison de Dantzig (Drost, 1938, pl. 56). Plusieurs des couples apparaissant sur ce dernier tableau rappellent par ailleurs ceux de la scène galante illustrant le f. 35 de l’album. La scène de lecture dans la synagogue (f. 32) présente pour sa part, à l’arrière-plan, des hommes barbus dont les visages sont identiques à certains personnages de la Trahison de Judas, peinte par Möller au Rathaus de Gdańsk en 1601 (Drost, 1938, pl. 58 et 60). Les lecteurs à lunettes réapparaissent quant à eux dans le Jugement dernier peint pour l’Artushof de Gdańsk vers 1602.
L’observation réaliste des visages et de leurs expressions, voire la tendance caricaturale, se situe ici dans la veine des figures populaires maintes fois croquées par cet artiste, par exemple dans la miniature représentant un concert d’ivrognes qu’il a signée dans l’album amicorum de Michael Heidenreich (Kórnik, Biblioteka Kórnicka PAN, inv. BK 1436).

Au sein de cet ensemble, quelques compositions s’inscrivent dans la tradition du graveur et éditeur Jean Théodore de Bry (1528-1598), principalement actif à Francfort-sur-le-Main mais dont l’œuvre fut largement diffusé. La scène de Diogène sous un tonneau (f. 38) se retrouve ainsi dans les Emblemata nobilitatis, publiés par celui-ci à Francfort en 1592 (cf. Emblemata nobilitatis. Album amicorum dessiné par Théodore de Bry, éd. fac-sim. publiée par F. Warnecke, Paris, 1895). La miniature du concert miaulique (f. 26v) reproduit quant à elle, en sens inverse, une gravure des Emblemata saecularia, parus en première édition à Oppenheim en 1596 (cf. Emblemata saecularia. Mœurs et coutumes au XVIe siècle. Emblèmes dessinés par Jean Théodore de Bry, Oppenheim, 1611, éd. fac.-sim. publiée par F. Warnecke, Paris, 1895.). Elle se rapproche peut-être même davantage d’une autre version de cette gravure, anonyme et datée vers 1600 (BnF, Estampes, Kd-3 [2]-Fol., M 30068 ; repr. J.- C. Lebensztejn, Miaulique. Fantaisie chromatique, Paris, 2002, p. 55 et repr. p. 56).

Deux peintures, celles mettant en scène des divinités antiques (f. 57 et 60), se distinguent iconographiquement des autres. Elles sont à l’évidence d’une même main et portent toutes deux de discrets monogrammes, H.H. et H. Han, qui autorisent à les attribuer au peintre Hermann Hahn (vers 1574-1627/1628), actif à Gdańsk à partir de 1600. La scène représentant un bal à l’arrière-plan d’un groupe composé de Vénus, Bacchus et Cérès (f. 57) reprend l’iconographie de l’Allégorie de la vertu conjugale signée par celui-ci en 1600 (Düsseldorf, Galerie Lingenauber). Le visage du musicien est en outre très proche des personnages masculins dans l’Allégorie de l’Orgueil, également peinte vers 1600 (Poznań, Muzeum Narodowe w Poznaniu, inv. nr. MNP MP 2256). Ces deux miniatures présentent des traits stylistiques communs avec les peintures plus modestes des f. 35, 38, 57, 60 et 63, en particulier dans le traitement pictural des visages.