Département des Manuscrits > Persan > Persan

Persan Introduction

Cote : Persan-Intro  Réserver
Introduction et table de translittération
Bibliothèque nationale de France. Département des manuscrits

Introduction

Clos en 1739 lors de la parution, sous la direction de l'Abbé Sevin, du premier tome du Catalogus Codicum Manuscriptorum Bibliothecae Regiae (Paris, Imprimerie royale, 1739), où les descriptions des livres en persan occupent les p. 269 à 304, ce que l'on nommera l'Ancien fonds persan de la Bibliothèque nationale forme un ensemble de 390 volumes au contenu des plus variés. Rédigé à partir des notices préparées par Pierre Armain (1: Les 822 notices de ms. persans et turcs que rédigea Armain, à partir des environs de 1734 (B.N., Arch.A.R., 49,5,3-4) ont été réunies et forment le volume coté Supplément persan 1619-20; un second exemplaire figure à l'intérieur des volumes eux-mêmes. Pierre Armain fut jusqu'en 1712 élève de l'École des Jeunes de Langue de Constantinople (Archives provinciales des Capucins de Paris, Fonds Constantinople, I n° 3 et K n° 17). Il fut d'abord drogman au Caire (cf. Dehérain, La Vie de Pierre Ruffin, I, Paris, 1929, p. 7-8). Il avait été engagé comme Interprète par la Bibliothèque du Roi en 1734. En 1747, il était reparti pour Istanbul, puis, nommé en 1752 au Collège Louis-le-Grand, il y enseigna les langues orientales jusqu'à sa mort en 1757.), le catalogue présente d'une manière assez sommaire les manuscrits, classés par matières, et à l'intérieur de chacune de ces matières par formats; ainsi les ms. 1 à 4 sont ceux de la Bible, 5 à 10 concernent la théologie chrétienne, 11 la théologie indienne, 12 à 50 la théologie musulmane, 51 à 120 l'histoire, 121 à 144 la philosophie, 145 à 174 la médecine, 175-6 les mathématiques, 177 à 222 la grammaire, 223 à 355 la poésie, 356 à 378 la littérature romanesque et 379 à 388 les apologues. Ce florilège assez équilibré de la production littéraire persane ne s'est nullement constitué du fait d'un hasard heureux mais est le résultat d'un peu plus de 80 ans de quête systématique des principaux textes écrits en persan.

De fait, la Bibliothèque royale ne semble pas avoir possédé de livre en persan avant les années 1660. On n'en trouve en tous cas nulle trace dans les inventaires conservés (2 : H. Omont, Anciens inventaires et catalogues de la Bibliothèque nationale, t. I-II, Paris, 1908-9 et Introduction, Paris, 1921.). Les premiers érudits connus qui, à l'orée du XVIIe siècle, aient entrepris de collecter des manuscrits persans, pour Raimondi qui dirigeait à Rome la Typographie médicéenne, sont les frères Vecchietti. Mais si les livres qu'ils rassemblèrent aboutirent en grand nombre en France, ils n'intégrèrent les collections de la Bibliothèque nationale que pendant la Révolution (3 : F. Richard, « Les manuscrits persans rapportés par les frères Vecchietti et conservés aujourd'hui à la Bibliothèque nationale », Studia Iranica, IX, 2, 1980, p. 291-300.). Par ailleurs une copie persane des Évangiles que le P. Jérôme Xavier S.J. destinait à Henri IV et qu'il lui envoya de Lahore le 21 décembre 1607 ne parvint jamais à son destinataire et elle est aujourd'hui à la Bibliothèque nationale de Lisbonne (4 : R. Gulbenkian, « The Translation of the Four Gospels into Persian », Cahiers de la Nouvelle revue de science missionnaire, Schoneck-Beckenried, 29, 1981, p. 6-8.).

Si l'on excepte quelques volumes, très peu nombreux, qui se trouvaient déjà en France au XVIe siècle (5 : Tels les ms. Persan 50 ou Persan 299.), ce sont ceux que rapporta François Savary de Brèves (6 : François Savary de Brèves (1560-1628) avait été ambassadeur de France à Constantinople de 1591 à 1606 (voir G. Duverdier, « Les impressions orientales en Europe et le Liban », in catalogue de l'exposition Le Livre et le Liban jusqu'à 1900, Paris, UNESCO, 1982, p. 157-212 et notamment p. 207-211 pour ce qui est des ms. de Savary). Dans les papiers de Peiresc (ms. Latin 9340 de la B.N., f. 305-6v), se trouve une liste non datée de ses livres (Illustrissimi Domini de Breves libri arabici, persici et turcici manuscripti celebriores) dans laquelle on relève quelques manuscrits en persan: « Historia Tamerlani Persico Carmine » [actuel Persan 270]; « Historia de Asan et Osain. Persice »; « Expositio in partem eiusdam Alcorani. Persice »; « Variae variorum authorum grammaticae arabicae et persicae »; des ms. poétiques, « Gulistan persice », « de mundi contemptu persice », « duo libri in bonas mores persice », « laudationes justorum persice » et « varii libri carminum prophanarum turcice et persice »; enfin, un « dictionarium copiosissimum trium linguarum arabice, persice et turcice cum expositione latina ».

Toujours est-il que quelques années plus tard une partie importante de la bibliothèque de Savary se trouvait, jointe peut-être à quelques volumes d'autres provenances, chez le maronite Gabriel Sionita (1577-1648), qui travaillait à la Bible polyglotte de Le Jay. En 1640, Sionita était en prison et on fit saisir ses livres; un paraphe fut apposé sur ceux-ci par le commissaire-priseur Boissy (ce qui est le cas des ms. Persan 270, 297, 321, 347 et 351) et ils furent transportés dans la bibliothèque de l'Hôtel du Cardinal de Richelieu, où deux d'entre eux furent reliés à ses armes (297 et 347). Ces volumes se retrouveront chez G. Gaulmin (297, 321, 351) et chez M. Thévenot (270 et 347); aucun n'aboutit à la Sorbonne.

D'autres ms. venant de Savary ne semblent pas s'être trouvés en 1640 chez Sionita: c'est le cas pour Persan 208, passé dans la bibliothèque de Hardy. Il faut par ailleurs constater que le Catalogue des Manuscrits que Vitré a achetez (...), s.l.n.d., indique qu'il aurait dû y avoir plus de 10 ms. persans dans la bibliothèque déposée chez Sionita à la mort de Savary et achetée au nom du Roi en 1632.

Un des volumes, Persan 297, comporte une notice de Sionita, comme Suppl. persan 567, relié aux armes de Richelieu et passé ensuite à la Sorbonne mais dépourvu du paraphe de Boissy, bien qu'il s'agisse des « laudationes justorum » mentionnées dans la liste possédée par Peiresc.) noyau des futures collections nationales. Prolongement vers l'Orient du mouvement humaniste de la Renaissance, la quête des textes orientaux, où l'on pensait pouvoir retrouver des traductions des textes perdus de l'Antiquité, avait débuté en France dans les dernières années du XVIe siècle. On commença alors à s'intéresser à l'Iran, à sa langue et à sa littérature (7 : F. Richard, « Aux origines de la connaissance de la langue persane en France », Luqmān, Annales des Presses universitaires d'Iran, III, 1, 1986-7, p. 23-42.). Les érudits, parmi lesquels Étienne Hubert (m. 1616) ou son frère François (m. 1641), Peiresc (1580- 1637) (8 : De Peiresc, marqué de son monogramme, provient le ms. Suppl. persan 370 de la B.N. Peiresc possédait un dictionnaire persan-français-arabe (conservé aux f. 180-204 de Latin 9340). ou du Ryer de Malezair (1580-1660), mais dont plusieurs restent inconnus, s'efforcent d'acquérir non seulement des textes arabes, mais aussi des textes persans et turcs. Ainsi, à partir du début du XVIIe la recherche des manuscrits commençait à être entreprise au Levant. Outre les érudits, des grands personnages comme Richelieu, puis Mazarin, Fouquet ou le chancelier Pierre Séguier (1588-1672), s'efforcent de se procurer, même à grand prix, des livres orientaux pour leur bibliothèque. On demande à des diplomates, à des marchands ou à des missionnaires de rechercher et d'acquérir de manière systématique les textes les plus importants dans les grands centres de commerce du livre du Proche-Orient, notamment Istanbul et le Caire et, plus tard, à Alep ou Ispahan (9 : À propos de cette quête de manuscrits en Orient voici ce que pouvait écrire en 1640, non sans quelque enthousiasme, le berlinois Christian Raue dans son Obtestatio ad Universam Europam pro discendis rebus et linguis orientalibus ac conjungendâ Africae atque Asiae eruditione Constantinopoli ante quadriennum scripta (...), publiée en 1644 à Utrecht: « quantam manuscriptorum summam etiam sine sensu suae injuriae Oriens facillimè communicare posset: ita quidem, ut maxima minima tam Persicae (quae sola plures quam centies mille auctores habet), quam Tataricae, Turcicaeque etc. (...) ». Plus loin, il précise au sujet des endroits où acquérir ces livres: « tria loca scio ut compendiosissime fiet librorum coemtio, Constantinopoli, Alquahirae et Spahanae ». Raue acheta à Constantinople nombre de volumes arabes, persans et turcs; c'était en effet l'endroit, avec le Caire, où se vendaient le plus de bibliothèques, et notamment celles des notables ottomans.) Cette quête sera poursuivie avec beaucoup de discernement durant deux siècles (10 : H. Omont, Missions archéologiques françaises en Orient aux XVIIe et XVIIIe siècles. Paris, 1902. 2 Tomes.)

La Bibliothèque du Roi ne prendra le relais que plus tard (11 : L. Delisle, Le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque impériale [nationale]. Étude sur la formation de ce dépôt (...), t. I-III, Paris, 1868-1881.) Ce sera sous l'impulsion de Colbert, alors que Pierre de Carcavy occupera la charge de garde de la Bibliothèque, de 1661 à 1684, que celle-ci, grâce à des acquisitions systématiques en France et au Proche-Orient, constituera sa collection qui ne tardera pas à supplanter puis à remplacer toutes les autres. Nous nous proposons ici de passer brièvement en revue les acquisitions qui aboutirent à la constitution de l'Ancien fonds persan de la B.N.

Une histoire de la formation du fonds de manuscrits arabes de la Bibliothèque nationale, rédigée par M.-R. Séguy, figure aux p. XIII-XXXII du Catalogue des manuscrits arabes. Deuxième partie. Manuscrits musulmans, Tome II, Paris, 1978.

1667. Fouquet

La riche bibliothèque rassemblée dans son château de Saint Mandé par le Surintendant Nicolas Fouquet (1615-1680) comptait un certain nombre de manuscrits orientaux, surtout arabes, mais également des volumes en persan. Dans l'inventaire dressé à la suite de son procès, en août et septembre 1665 (12 : Delisle, I, p. 270-73. L'inventaire figure au f. 174v du ms. B.N. Français 9438.), comportant prisée et estimation des livres de Fouquet, on peut relever avec certitude 4 des cinq manuscrits persans de sa bibliothèque que Carcavy acheta pour les faire entrer en 1667 à la Bibliothèque du Roi. Ce sont: « 1. Histoire des trois Premiers Caliphs qui ont succédé à Mahomet, en arabe, fol., prisé 10 Livres [Persan 97] (Pl. I, B); 1. Histoire d'Hali genet de Mahomet en arabe, prisé 6 Livres [Persan 98]; Vers amoureux en persan, prisé 3 Livres [Persan 257]; Autre petit papier en persan, prisé 3 Livres [Persan 239] ».

Le cinquième est l'actuel manuscrit Persan 36. Trois de ces ms. sont de provenance indienne, mais le ms. Persan 257 paraît à mettre en rapport avec d'autres ms. constituant le fonds de la Mazarine et pourrait être un envoi de Denis de la Haye-Ventelet. Tous sont de beaux exemplaires. On ne sait de qui les tenait Fouquet.

1668. Gaulmin

Avant l'achat, puis l'entrée à la Bibliothèque du Roi en 1668 (13 : Delisle, I, p. 270.) des 557 livres orientaux rassemblés par Gilbert Gaulmin (ou Gaulmyn) (Pl. I, A), un inventaire (14 : Édité par H. Omont dans La Revue bourbonnaise, III, 1886, p. 120-140.) en avait été dressé par Claude Le Cappelain et Pierre des Vallées (15 : F. Richard, « Aux origines », o.c., p. 30 n. 16. Sur Pierre des Vallées, auquel le ms. Persan 364 a appartenu entre 1656 et 1672, on peut aussi consulter les notes de Dom Liron (ms. Français 17005, f. 10v et 12). Sa signature (Pl. I, C) figure sur les gardes des ms. Arabe 660, 3120 et Suppl. turc 793. Le ms. Turc 244 a été donné en 1655 par Jean Ballesdens à des Vallées, de qui A. Galland le reçut ensuite.). Ceux-ci apposèrent des paraphes et mirent un numéro sur les volumes qu'ils inventorièrent (Pl. I,C-D). Dans leur inventaire, achevé le 5 août 1667, on trouve 55 des manuscrits persans qui font actuellement partie de l'Ancien fonds (16 : Deux de ces 55 ms., les nos 549 et 558 de l'inventaire (Persan 5 et 6) ne reçurent ni paraphe ni numéro.). Les actuels ms. Persan 64 et 339, qui, selon toute probabilité, proviennent également de la bibliothèque de Gaulmin, ne s'y retrouvent cependant pas.

Gaulmin, passionné de recherches bibliques et d'histoire, était né en 1585 à Moulins, dont il devint Intendant en 1649, et mourut à Paris en 1665. Il avait été, pour l'arabe, élève d'Étienne Hubert et de Gabriel Sionita; il connaissait le persan dès 1639. Collectionneur infatigable de manuscrits, il parvint à réunir son immense collection sans jamais être allé au Levant (17 : F. Secret, « Gilbert Gaulmin et l'histoire comparée des religions », Revue de l'Histoire des Religions, t. 177 (1970), p. 35-63; S. Kerner, « Gilbert Gaulmin, érudit et hébraïsant français (1585-1665) », Archives Juives, X, 1974, p. 35-9 et 61-7.). Ses livres sont par ailleurs très souvent annotés de sa main.

La collection de Gaulmin paraît avoir été commencée assez tôt. Aux alentours de 1651, ou un peu après, il pouvait en effet, à l'instigation de Vossius, bibliothécaire de la Reine, faire l'envoi de ses manuscrits orientaux à Stockholm pour les offrir à Christine de Suède (1626-1689). Parmi ces ms. partis pour la Suède, mais qui furent restitués à Gaulmin vers 1654 (18 : Secret, o.c., où la liste est publiée, p. 55-6. Par ailleurs, dans un fragment de journal autographe de 1669, figurant parmi ses Papiers (ms. B.N., N.a.fr. 7478, f. 247v), Renaudot mentionne aussi cet envoi: « M. Petau vendit ses mss. à la Reyne de Suède 4000011. Mr. Gaulmin luy envoya par présent les siens qui valoient infiniment plus, mais comme ils arrivèrent sur le point que la Reyne quitta la couronne, on luy renvoya (...) ». Christine abdiqua en 1654.), il y avait déjà une trentaine de manuscrits persans (19 : Les actuels ms. Persan 4, 5, 6, 10, 48, 55, 71, 139, 152, 154, 237, 269, 271, 351, 363, 371 et 383 paraissent être certainement de ceux qui furent envoyés à Stockholm. Certains des ms. envoyés à la Reine Christine par Gaulmin ne se retrouvent pas dans l'inventaire de 1667, ni à la Bibliothèque du Roi en 1668, mais on les retrouve dans la bibliothèque de M. Thévenot: c'est à coup sûr le cas de Persan 142, 280, 283 et 356. Certains ms. de la liste n'ont pu être identifiés avec certitude.).

Parmi les ms. de Gaulmin, plusieurs (Persan 327, 355 et 371) proviennent de François Hubert, auditeur à la Chambre des Comptes de Paris et frère d'Étienne Hubert, lequel avait professé jusqu'en 1614 au Collège Royal (20 : François Hubert, sieur de Verville, eut la charge d'auditeur du 11 mai 1604 à sa mort en août 1641 (ms. B.N. Fr. 32 144, p. 470). Les ms. de F. Hubert, dont une partie vient de manière assurée de son frère Etienne, sont fort nombreux dans la bibliothèque de Gaulmin. On peut citer les ms. Arabe 39, 105 (acquis à Venise par un nommé Mangeant) 106, 460, 860 (donné par le même Mangeant), 1181, 1219, 1369 (ayant l'ex-libris de Claude Crouzet et de Battandier), 3177, 4127 (Erpenius et E. Hubert), 4292, 4313 (venant de Savary), Turc 19, 165, 171, 218, 289 et 346. Le ms Persan 283 (Pl. I, F), qui a appartenu à Thévenot, lui venait peut-être de Gaulmin. Parmi les autres ms. de Hubert, la provenance des ms. Arabe 4213, 4348 et Suppl. turc 257 avant leur entrée à la B.N. n'est pas connue, les ms. Arabe 442 et Turc 218 ont appartenu à Hardy, tandis que Turc 236 a appartenu à Mazarin et qu'Arabe 4119 a pu appartenir à Mazarin comme à Gaulmin.) (Pl. I,E), tandis que d'autres (Persan 144 ou 300) portent des notices qui paraissent dues (21 : Une note autographe de Sionita est reproduite in Le Livre et le Liban, o.c., n° 124, p. 240; son écriture n'est toutefois pas toujours aisée à distinguer de celle d'Ecchellensis.) à G. Sionita (Pl. I, F).

On peut se demander si Gaulmin ne fut pas en rapport avec le capucin Gabriel de Paris, supérieur de la mission d'Ispahan rentré en 1637 à Paris (comp. Pl. V, F et I, D), qui finira sa vie supérieur du Couvent de Nogent-sur-Seine en 1641. Cela pourrait expliquer que Gaulmin ait possédé nombre de ms. venant des premiers missionnaires capucins d'Ispahan (ce qui est, à coup sûr, le cas des ms. Persan 2, 4, 5, 6, 10, 48, 143, 154 et 187) (22 : C'est aussi le cas de Turc 2 (Gaulmin). Quelques autres volumes de même origine capucine se retrouvent chez Hardy puis Colbert (Persan 130), chez un possesseur non identifié puis chez Thévenot (Persan 1), ou entrèrent bien plus tard à la Bibliothèque nationale (Suppl. persan 12).

Gaulmin n'est pas entré directement en possession de tous ces ms. (ainsi Persan 2, passé entre les mains d'un autre possesseur avant de lui appartenir).

Il est en revanche certain que Gaulmin fut en relation avec le persan David d'Ispahan (c. 1612-1684) (23 : F. Richard, « Aux origines (...) », o.c., p. 29-30.) lors du séjour que fit celui-ci à Paris entre 1640 et 1644 (24 : Ils collaborèrent pour offrir en 1644 au chancelier Séguier une traduction imprimée du début des Anvār-i Suhaylī.). Parmi les ms. de Gaulmin, il en est plusieurs de la main de David (Pl. II, A), copiés durant son séjour parisien (Persan 8, 233, 383 et les f. 99-109 d'Arabe 4592) (25 : À ces ms. il faudrait ajouter le Suppl. persan 185, copié par lui, passé entre les mains de Gaulmin puis ayant appartenu à d'Herbelot, racheté à sa mort par le Grand-Duc de Toscane avant de figurer chez E. Renaudot, et les ms. Suppl. persan 11 et 64 que Renaudot posséda également.

Les autres ms. copiés par David sont Persan 177 et 356, qui appartinrent à Thévenot, Persan 185, qui appartint à Colbert après avoir figuré dans la bibliothèque de Hardy, Suppl. persan 76, dont la provenance n'est pas connue (Renaudot?), et Suppl. turc 463, qui vient de l'Oratoire mais est annoté par Gaulmin.). D'autres ms. de Gaulmin sont annotés par David d'Ispahan (Persan 300, 363) (26 : Il annota également deux ms. de la bibliothèque de Thévenot, Arabe 1142 et Persan 261 (ce dernier étant en outre annoté par Gaulmin).

On sait (27 : Omont, Missions, I, p. 11.) que le marchand Jean Magy envoyait d'Égypte en 1645 des ms. coptes à Gaulmin. On serait volontiers tenté de supposer que certains ms.persans ont la même origine (28 : Des notices, d'une même main, portant « n° 5 Adaïel Malloukat en farsi », « n° 6 Logat montehab », « n° 7 Khafia en farsi », « n° 8 Partie du Mesnevi », se lisent respectivement sur les ms. Persan 142, Arabe 4311, Persan 271 et 269 de Gaulmin, dont le premier toutefois a ensuite appartenu à Thévenot (faut-il supposer que le ms. Persan 304 de Thévenot qui porte « Bostan farsi n° 4 » fait partie de la même série?). De la même main, d'autres notices non numérotées se lisent sur les ms. de Gaulmin cotés Turc 86 (« La vie des Sts Dervis./. »), 91 (« Mehemet filz d'Idris, turc interprété en arabe ») et 326 (« Les amours de Ferhatt Ferdeusi et Serin. Poète ») et sur le ms. Persan 280 de Thévenot (« Scandername- idest vita Allexand[r]is »). Une série homogène d'envois, numérotés, faits par l'intermédiaire du marchand Jean Magy concerne les manuscrits Arabe 41, 201, 239, 301, 302, 1560, 1601, 1602, 1650, 2050, 3469 et 4265 de Gaulmin (portant un même cachet de cire). Sur d'autres envois faits du Caire et Gaulmin, voir infra la note 55.) (Pl. II, B-C).

On ne dispose d'aucune indication sur l'origine de deux de ses ms. Persan 237 et 117, qui portent respectivement, à leur dernière garde, des n° 2 et 5.

C'est, semble-t-il, postérieurement à l'envoi de ses livres à Stockholm que Gaulmin entra en possession de 5 ms. orientaux provenant de l'avocat parisien N. Lefebvre. Parmi ceux-ci figure le ms. Persan 299 (29 : Les autres étant Arabe 2374, 3211, 4231 et 4422.) (Pl. II, D).

Gaulmin acquit également des volumes d'autres collections, tels les actuels ms. Persan 2 et 64, qui portent l'un un n° 13 barré remplacé par 20, l'autre un n° 18 barré et remplacé par 21 ( 30 : D autres volumes qui paraissent avoir fait partie de la même bibliothèque se retrouvent dans d'autres collections, tels trois ms. de Thévenot, Persan 155, 210 et 274. De cette bibliothèque proviendraient aussi Arabe 846, 1256, 1258, 2373, 2810, 2896, 2955, 4239, 4314 et Turc 96.) (Pl. II, E).

C'est aussi après 1651 que Gaulmin entra en possession, à une date et d'une manière qui ne nous sont pas connus, d'une partie de la bibliothèque, riche en ouvrages de la plus grande importance, qu'avait rassemblée Christian Raue (Ravius). Celui-ci, né en 1613 à Berlin, avait séjourné à Smyrne en 1639, puis à Constantinople, où il acquit un nombre considérable de ms. (31 : P. 69 de l'Épître dédicatoire de sa Generall Grammar (Londres, 1650), Ravius écrit qu'il a rapporté en 1641, après mois de séjour au Levant, plus de 300 manuscrits. On peut aussi se reporter à son Spolium Orientis (...) sive Catalogus MSSorum Orientalium (...) quae nunc in Germaniam (...), Kiloni, 1669, où il décrit 400 volumes qu'il avait encore alors.), avant de venir en Grande-Bretagne, puis aux Pays-Bas, où il enseigna (Utrecht, 1643, puis Amsterdam, 1645), de retourner enseigner à Londres (1647) et Oxford (1648), et de partir en 1650 pour la Suède à l'invitation de la Reine Christine; ayant enseigné à Upsal, il revint enseigner en 1672 à Francfort-sur-Oder, où il mourut en 1677. Raue donna certains de ses ms. à la bibliothèque d'Utrecht en 1643 (32 : Cf. t. V du Catalogue de De Goeje, p. 266-7, 268 (dont un ms. donné à Ansloo), 270 et 272-4.), d'autres à Gerbrandt Ansloo (1612-43) (33 : La B.U. d'Utrecht possède, donnés par Ansloo, deux ms. arabes que Raue lui avait donnés. Parmi les ms. que Gaulmin posséda, l'un, Arabe 590, porte une note indiquant que Raue le rapporta d'Orient et le donna en 1641 à Gerbrandt Ansloo. Pour les ms. conservés à Berlin, voir E. Paunel, Die Staatsbibliothek zu Berlin 1661-1871, Berlin, 1965.), et une partie de sa bibliothèque est aujourd'hui conservée à Berlin. On ignore par l'intermédiaire de qui Gaulmin avait pu se procurer 55 des volumes de la collection de Raue; une bonne partie d'entre eux sont couverts d'une reliure en parchemin moucheté (34 : À savoir les ms. Persan 14, 38, 72, 175, 193, 200, Arabe 479, 623, 881, 924, 986, 1225, 2339, 2359, 2425, 2677, 2934, 3217, 4255, 4293, 4304, Turc 382 et Hébreu 953 (ce dernier étant un ms. passé chez Colbert et dont le n° et les paraphes de l'inventaire des ms. Gaulmin de 1667 ont été grattés). Quelques volumes que Gaulmin posséda et qui sont reliés de manière identique ne viennent cependant pas de Raue (Persan 187, 196, 341, Arabe 946, 1695, 2087, 2690, 2950, Turc 100, 317, 319, 365 et Hébreu 710 et 936). Est-ce Gaulmin qui les fit relier?).

Viennent ainsi de Raue (35 : Nous mettons entre parenthèses, pour chacun des volumes qui en porte mention, ses lieu et date d'acquisition.) les ms, Persan 14 (2 juin 1639, Constantinople), 38, 72, 168, 175, 193, 200 (24 juillet 1639, Constantinople), 214, 253, 336 (8 octobre 1640, Constantinople) et 380. Tous sont marqués de son ex-libris (Pl. II, F). Il en va de même des ms. Arabe 14 (20 décembre 1639, Constantinople), 479, 590, 604, 623, 697, 740, 881, 924, 986, 1110, 1225, 1254, 1261, 1396, 1972, 2061, 2339 (28 juillet 1639, Constantinople), 2359, 2365, 2425, 2677, 2910, 2934, 2936, 3217, 3404, 3953, 3988, 4163, 4255, 4293, 4295 (27 août 1640, Constantinople), 4304, 4315 (20 avril 1640, Constantinople), 4535 (27 novembre 1640 au même endroit), 4544, Turc 24, 25, 239, 241, 247, 379, 382 (29 août 1639, Constantinople) Suppl. turc 73, et Hébreu 953.

On peut toutefois signaler que sur deux volumes de la bibliothèque de M. Thévenot, Persan 281 et 174, figurait un ex-libris « Christiani Ravii Berlinatis » mais que celui-ci y a été à dessein gratté ou arraché. Il en va de même d'un autre ms. de Thévenot, Arabe 2153, où subsiste une longue note de la main de Raue datée de Constantinople du 27 février 1640. Aucun de ces trois volumes ne semble porter la trace de son passage dans la bibliothèque de Gaulmin.

Un dernier groupe de ms. constituant la bibliothèque de Gaulmin, celui des volumes qui lui viennent de du Ryer, illustre bien aussi la difficulté de retracer l'histoire des bibliothèques des érudits intéressés par l'Orient au XVIIe siècle, les livres étant fort recherchés et changeant souvent de main. Il semble néanmoins que l'essentiel de la bibliothèque d'André du Ryer, sieur de la Garde Malezair (né en 1580 à Marcigny, consul en Égypte jusqu'en 1630, retourné en 1632 auprès de Murat IV à Constantinople, ayant fait paraître à son retour, en 1634, une traduction d'extraits du Gulistān de Saʿdī, il mourut en 1660) échut à G. Gaulmin. Deux des ms. persans de Gaulmin, Persan 195 et 288, portent l'ex-libris de du Ryer (Pl. III, B), tandis qu'un autre Gulistān lui ayant appartenu (Persan 335) figura dans la bibliothèque de Mazarin. Beaucoup plus nombreux que ses ms. persans étaient les livres arabes et turcs de du Ryer (36 : Parmi ceux-ci on peut citer, ayant aussi appartenu à Gaulmin, Arabe 1911, Turc 53, 130 (venant de Savary), 272 ou 273. Turc 206 aboutit dans la bibliothèque de Thévenot. Arabe 22 (lequel fut saisi en 1640 chez Sionita et paraphé par Boissy) était en 1672 chez le chancelier Séguier et passa ensuite, comme Arabe 652 dans la bibliothèque Coislin puis à St.-Germain. Une liste complète mériterait d'être dressée.

Moins illustre que du Ryer, un autre diplomate français, Jacques Angusse, qui avait été envoyé en mission à Constantinople (notamment en 1610-11 et 1618-9), était aussi rentré du Levant avec des manuscrits. Il revint en 1634 de Constantinople par Marseille, et dans les papiers de Peiresc (B.N. Latin 9340, f. 302) figure une liste de livres rapportés par lui où l'on relève la présence d'un Gulistān, des Maqāsid, du Dānistan et des lexiques de Halimī et Šahidī).

1668. MAZARIN.

La collection constituée à partir de 1643 par le Cardinal Jules Mazarin (37 : Ainsi, au début de 1647, Mazarin aurait reçu environ 100 ms. « arabes ». C'est ce qu'écrit Abraham Ecchellensis dans la préface du De proprietatibus ac virtutibus medicis animalium (...), Pans, 1647.), première bibliothèque de Paris à être largement ouverte au public, fut confiée jusqu'en 1652 à la garde de Gabriel Naudé, puis, après cette date, à celle de la Poterie. Vendue en 1651-2 durant la Fronde, elle fut ensuite reconstituée et enrichie. D'abord légués, à la mort du Cardinal en 1661, à la bibliothèque du Collège des Quatre-Nations, les manuscrits de Mazarin firent l'objet d'un échange et entrèrent en 1668 à la Bibliothèque du Roi (38 : Delisle, I, p. 280-2.). Les bibliothécaires des deux institutions, Pierre de Carcavy et François de la Poterie, dressèrent alors un inventaire (39 : B N N.a.fr. 5763, f. 4v, 142 sq. et 221 sq. Dans nos notices nous indiquons entre parenthèses, dans la mesure du possible, les n° des ms. dans cet inventaire.) de ces ms., parmi lesquels il se trouvait 343 volumes « en arabe, samaritain, persan, turc et autres langues orientales ». Au terme de cet échange, la Bibliothèque du Roi s'accrut de 25 ms. persans.

La riche collection de ms. arabes, persans et turcs de Mazarin semble, pour une part importante s'être formée grâce à des envois faits par les soins de Jean de la Haye-Ventelet, ambassadeur à Constantinople de 1639 à 1661, mais surtout par son fils Denis, qui était venu entre 1653 et 1660 auprès de son père, puis fut à son tour ambassadeur de 1665 à 1670 (40 : Omont, Missions, I, p. 2-3 et 6. De la Haye commença ses recherches de ms. grecs et orientaux dès 1644 et le 15 novembre 1644 Mazarin lui demandait des livres « grecs, arabes, manuscrits et autres ». Le 16 mai 1647, il pouvait écrire à Mazarin qu'il faisait rechercher des livres grecs et espérait pouvoir obtenir des livres arabes à Damas, et le 14 octobre 1649 il faisait savoir au Cardinal qu'il avait acquis six mois auparavant pour lui 150 volumes grecs dont 16 imprimés rares et que c'était le P. Athanase qui avait recherché ces volumes (Arch. Affaires étrangères, Corr. Pol. Turquie 5, f. 326-7, 407-8 et 521). Jean de la Haye semble s'être surtout occupé de la recherche des ms. grecs. Après la Fronde, en 1653 et 1654, ces recherches seront poursuives pour le Cardinal par de la Haye et son fils Denis.

De la Haye, ou bien plus vraisemblablement son fils, envoyèrent aussi des ms. à Henri-Auguste de Loménie de Brienne (1595-1666). Selon Renaudot, qui le tenait de Hardy (B.N. N.a.fr. 7478 f. 248), « M. le Comte de Brienne, le dernier secrétaire d'Estat avoit eu de Mr. de La Haye cinquante ms. orientaux, qu'il a donnés à Mr. le Chancelier [Séguier] ». Ce document corrobore celui qui a été publié par Omont (Missions, II, p. 1193-5).), ou à des achats de bibliothèques particulières comme celle de Nicolas-Claude Fabri de Peiresc (41 : Toujours selon ce que Hardy relata à Renaudot (B.N. N.a.fr. 7478 f. 247v), après la mort de Peiresc, survenue en 1637, son héritier de Riants apporta la bibliothèque du défunt à Paris « et il n'en retira pas dix mille [livres] à cause de son impatience, ayant donné deux cens manuscripts orientaux pour deux mille Livres, on les acheta pour Mr. le Cardinal ». Ce témoignage est à confronter à ce qu'écrit Delisle (I, p. 284-5). La vente des ms. de Peiresc aurait eu lieu en 1647-8.)

L'histoire de cette collection n'a malheureusement pas encore été écrite. A l'intérieur de celle-ci, on peut toutefois distinguer cinq groupes de volumes:

a) Une partie des ms. portent des notices sommaires, numérotées de 1 à 24 et rédigées par le maronite Abraham Ecchellensis, titulaire de 1645 à 1651 de la seconde chaire de langue arabe au Collège Royal (Pl. III, D). Elles sont antérieures à 1652 (42 : À partir de 1653 Ecchellensis est à Rome, où il rédige aussi des catalogues (G. Levi della Vida, Ricerche sulla formazione del più antico fondo dei manoscritti orientali della Biblioteca Vaticana, Rome, 1939, p. 374-397 (et Pl. I, nos 2-3). Le ms. Arabe 914 de la Bibliothèque nationale qui porte l'ex-libris d'Ecchellensis permet d'identifier son écriture.). Il s'agit des actuels ms. Persan 293 (n° 12), Arabe 2314, 828, 1116, 918, 4144, 4169, 1215, 4008, 432, 2637 (respectivement nos 1, 2, 3, 4, 6, 7, 13, 15, 16, 22), Turc 3, 42, 296, 193 (nos 5, 14, 18, 20) et Suppl. turc 1228, 766 et 767 (nos 10, 23 et 24) (43 : Nous n'avons pu retrouver toutefois les nos 8, 9, 11, 17, 19 et 21.)

b) D'autres ms. portent aussi des notices latines brèves de la main du même Ecchellensis, mais celles-ci sont dépourvues de numéro. Probablement s'agit-il d'un fonds de provenance différente. Ce sont les ms. Persan 215 et 338, Arabe 443, 478, 624, 794, 812, 839, 863, 864, 967, 1137, 1146, 2320 (44 : Cette notice a été forcément mise postérieurement à 1646, date de l'édition, à laquelle elle fait allusion, à Paris, d'une traduction par Ecchellensis du texte de ce ms. alors déjà dans la collection mazarine (Ecchellensis a pu également utiliser Arabe 2314).), 2370, 3969, 4021, 4029, 4045, 4063, 4150, 4173, 4174, 4180, 4189, 4200, 4572, Turc 11, 14, 84, 183, 192, 356 et Suppl. turc 796 (45 : On rencontre toutefois des notices similaires écrites par Ecchellensis sur des volumes qui, s'ils avaient pu appartenir au Cardinal, ne figuraient plus en 1668 dans la collection mazarine (ce qui est le cas d'Arabe 2350, passé chez Gaulmin, à qui Naudé l'aurait prêté). De telles notices se voient sur les ms. Arabe 1323 et 1631, qui ont appartenu à Gaulmin, ou sur les ms. Persan 150 et 311, Turc 22 ou Arabe 872, 1867 et 2465 qui figurèrent dans la bibliothèque de Thévenot. Mais on sait qu'Ecchellensis fut en rapport avec M. Thévenot. Le ms. Persan 351, où la notice d'Ecchellensis est d'ailleurs grattée, pose pour sa part un problème. Venant de Savary de Brèves, il aurait été saisi en 1640 chez Gabriel Sionita, mais, transféré chez Richelieu, faudrait-il supposer qu'il a pu figurer ensuite parmi les livres de Mazarin avant d'aboutir chez Gaulmin? Un Coran de Renaudot, enfin, Arabe 463, possède lui aussi une notice d'Ecchellensis.).

c) D'autres notices se rencontrent sur les manuscrits de la collection mazarine. Elles sont de la main de Denis de la Haye-Ventelet (1625-1722), venu en 1653 en Turquie avec des instructions de Mazarin pour, comme son père, acheter des ms.(46 : L'écriture de ces notices (Pl. III, E) est exactement la même que celle de la lettre autographe (Arch.A.E., Corr.Pol.Turquie 5 f. 523-3v) que Denis de la Haye de Ventelet écrit à Mazarin de Péra de Constantinople le 18 décembre 1653 et où il écrit « (...) pour les manuscrits, j'en ferai faire une très exacte recherche » (...).

Si l'on veut essayer de dater ces achats et cet envoi, on peut tirer argument du fait que le ms. Arabe 3362 (le n° 11) comporte un horoscope pour l'année 1068H./1657 et que le ms. Arabe 958 est une copie datée de 1655.

Notons enfin qu'une note de la main de Denis de la Haye, mise à l'époque où il était ambassadeur, figure au verso d'un document ottoman daté d'Edirne de 1079H./1668 (Supplément turc 1218 f. 5v).). Écrites en général en français, certaines sont numérotées de 1 à 100. Il s'agit probablement d'un important envoi homogène de Constantinople à la bibliothèque du Cardinal, que Denis de la Haye aurait fait postérieurement à la Fronde.

Les ms. Persan 24, 49, 220, 258, 302 et 345 y sont respectivement pourvus des notices numérotées 95, 86, 98, 29, 13 et 90 (Pl. III, E). Les autres volumes d'autres langues faisant partie de cette série sont les actuels ms. Arabe 3388 (n° 1), 1571 (n° 1bis ou 7), 737 (n° 2), 784 (n° 4), 744 (n° 5), 2368 (n° 6), 634 (n° 8) (47 : Un second ms. numéroté 8, Arabe 3158, était répertorié en 1672 dans la bibliothèque du feu chancelier Pierre Séguier (coté « P »), Nous ignorons la raison d'être de cette double numérotation, incomplète dans le cas des envois qui paraissent ceux faits par [Denis] de la Haye à Loménie de Brienne.), Turc 324 (n° 9), Arabe 3136 (n° 10), 3362 (n° 11), Turc 324 (n° 9), Arabe 3136 (n° 10), 3362 (n° 11) (48 : Un second ms. n° 11, Suppl. turc 275 était en 1672 dans la bibliothèque Séguier (coté « L »).), 4249-50 (n° 12) (49 : Ce ms. en deux tomes se retrouve en 1672 dans la collection Séguier (coté « A »).), 3141 (n° 14), Turc 381 (n° 15), Arabe 1124 (n° 16) (50 : Nous n'avons pu retrouver le n° 17. Il existe en revanche parmi les ms. inventoriés en 1672 chez Séguier un « n° 17 » (Arabe 2800), coté « E ». Cette copie de Suyūtī ne peut être le ms. Mazarin, apparemment perdu, sur lequel Ecchellensis fit sa traduction parue à Paris en 1647.), 958 (n° 18), 705 (n° 19), 4067 (n° 20), Turc 315 (n° 21), Arabe 1114 (n° 22), 4427 (n° 23), 4164 (n° 24), 905 (n° 25), 2383 (n° 26), 4012 (n° 27), Turc 383 (n° 28), Arabe 605 (n° 30), 891 (n° 31), 4563 (n° 32), 1280 (n° 33), Turc 20 (n° 34), Arabe 4129 (n° 35), 1669 (n° 36), 1247 (n° 39) (51 : Un autre ms. n° 39, Arabe 1795, se trouve plus tard dans la bibliothèque de M. Thévenot.), 875 (n° 40), 4037 (n° 41), 2360 (n° 43), 1260 (n° 43 [sic]), 4568 (n° 44), 2547 (n° 45), Turc 17 (n° 46), Arabe 786 (n° 47), 4066 (n° 49), 2013 (n° 50), 1109 (n° 51), 4570 (n° 52), 608 (n° 53), 2028 (n° 54), 1244 (n° 55), 972 (n° 56), 2096 (n° 57), 4589 (n° 58), Turc 52 (n° 62), Arabe 663 (n° 64), 4373 (n° 64 [sic]), 879 (n° 65), 848 (n° 67), 4007 (n° 69), 1156 (n° 70), 696 (n° 71), 753 (n° 72), 1115 (n° 73), 593 (n° 74), 4396 (n° 74 [sic]), 4188 (n° 77), Turc 333 (n° 78), Arabe 4530 (n° 79), 1250 (n° 80), 1043 (n° 81), 844 (n° 82), Turc 314 (n° 84), 364 (n° 85), Arabe 636 (n° 87) (52 : Un second ms. n° 87, Suppl. persan 552, était en 1672 dans la collection Séguier (coté « G »).), 4376 (n° 88), Turc 110 (n° 89), Turc 57, 59, 60 et 58 (nos 91 à 94), Arabe 4187 (n° 96), Turc 152 (n° 97), Arabe 950 (n° 99) et 1305 (n° 100). Peu de numéros semblent manquer.

d) Une collection distincte est formée de volumes portant des notices françaises ou latines très brèves, de la même main que les notices précédentes. On trouve de telles notices sur les ms. Persan 35, 40, 59, 88, 107, 112, 224, 286 et 318, entrés à la Bibliothèque du Roi lors de l'échange de 1668 (53 : Mais on en trouve aussi sur le ms. Persan 106 qui fera partie de la bibliothèque d'Antoine Galland (n° 52 de Galland) et sur Persan 257 qui appartint à Fouquet.). On en rencontre pareillement sur les ms. actuellement cotés Turc 4, 108, 283, 335, 336, 337 et 356 (2 à 10) et sur les ms. Arabe 606, 607, 661, 720, 723, 785, 821, 841, 880, 889, 944, 970, 992, 1006, 1112, 1125, 1139, 1265, 1331, 1458, 1771, 1774, 1781, 1957, 2255, 2875, 2973, 3214, 3278, 3345, 3386, 3417, 4030, 4100, 4155, 4158, 4201, 4531, 4571, 4577 et 4654 (54 : Des notices similaires figurent sur des ms. de M. Thévenot (Arabe 1105, 1346, 1921 et 4588), sur des ms. qui étaient en 1672 chez Séguier, Suppl. persan 211 (coté « T »), Suppl. turc 293 (coté « Q »), 356 (coté « H ») et Arabe 802 (coté « S »), 917 (coté « O », lequel possède une autre notice en grec et l'indication « livre rare donné par Ismaël Aga »), 1637 (coté « HH », avec une notice grecque comparable), 933 (coté « M »), 1645 (coté « R »), 1759 (« B »), 2097 (« E »), 3065 (« V ») et 3351 (« J »), sur deux ms. de Le Tellier (Persan 243 et Arabe 4374), sur deux ms. de Renaudot (Arabe 2841 et 2931) et sur un autre ms. de St.-Germain sans indication d'origine (Arabe 2237). Il est fort possible que Denis de la Haye-Ventelet ait, entre 1653 et 1660, ou pendant son ambassade (1665-1670), envoyé des ms. à d'autres personnages qu'à Mazarin, comme il le fit pour de Brienne.). Probablement s'agit-il d'un envoi fait à une date différente par D. de la Haye.

e) Il est par ailleurs un nombre assez important (plus d'une cinquantaine) de ms. dépourvus de notices de l'une ou l'autre de ces mains. Certains possèdent cependant l'indication d'un prix en piastres et un titre français sommaire: c'est le cas d'Arabe 4, 1914, 3119, 3352 ou 3392, acquis par l'intermédiaire d'un marchand (55 : On retrouve des indications de prix et des titres de la même main sur des manuscrits de la collection de Gaulmin (Arabe 1680, 1712, 3093, 3120, 3149, 3225, 3277, 3319, 3398, 3531, 3537, 3540, 3685 et 3927), de celle de Thévenot (Arabe 1713 et 2191) et de celle du chancelier Séguier (Arabe 1165, 2186, 2515, 2531, 2986, 2997, 2998, 3020, 3509 et Suppl. turc 282 et 351). Tous ces manuscrits avaient été envoyés d'Égypte vers 1640.). D'autres ont des notices de diverses mains (Arabe 2498, 2577, 2839, 3006) ou n'en portent aucune. Ce dernier cas est celui des ms. Persan 26, 44, 115 et 256.

Un petit nombre de ms. de Mazarin ne comportent que l'indication de leur origine, ayant conservé des ex-libris ou des marques. On voit ainsi que le ms. Persan 355 a appartenu à André du Ryer, que le ms. Pers. 373 porte une ancienne cote « n° 17 », ou que les ms. Arabe 15 et 3092 viennent de Richelieu, Arabe 6 de Peiresc (56 : De fait les autres ms. acquis lors de la vente des livres de Peiresc vers 1647-8 demeurent difficiles à identifier.), Turc 236 de Guillaume Postel puis de Hubert qui l'avait acquis en 1612, Turc 9 de Yuhannān Hawrānī puis de Jean Caillemer et Arabe 2897 de Jean Bourdelot. Dans le cas d'un ms. comme Persan 54 les indices dont on dispose sont fort ténus (57 : On sait qu'il se trouvait déjà dans la collection du Cardinal avant la Fronde, puisqu'il est décrit dans une liste de la main de Naudé (N.a.fr. 5765 f. 72) de la façon suivante « n° 7. Alcoran des Persans en arabe, avec figures ou images. Fol. relié en or ».).

1669-1673. Les missions archéologiques au Levant

En 1667, Colbert et Carcavy chargèrent Laisné et de Monceaux qui voyageaient en Orient de réunir pour la Bibliothèque du Roi des ms. grecs et orientaux (58 : Omont, Missions, I, p. 27-49.). Cette mission fut suivie d'effet et des livres envoyés du Levant en 1669. Parmi eux, outre 3 volumes en arabe inventoriés par Pierre Dipy, on compte 7 ms. en turc et 5 en persan dont une liste fut dressée par le Secrétaire-interprète François Pétis de la Croix (59 : Ms. B.N. Latin 17172 f. 297v. Le ms. Turc 250 mentionne la date d'envoi « du Levant », 1669.). Les actuels ms. Persan 212, 255, 31, 301 et 217 portent dans cette liste les nos 2, 3, 5, 10 et 12, tandis que les ms. Turc 284, 363, 350, 159, 267 et 250 sont numérotés 1, 4, 6, 7, 9 et 11 (60 : Le n° 8, un ms. turc, n'a pu être identifié. En revanche, un paraphe est visible aux f. 1 de Turc 363, 89v de Persan 31, 102v de Turc 267 et 96 de Persan 301.). Beaucoup de ces ms. sont des textes mystiques ou de la littérature ḥurūfī.

Le médecin et numismate Jean-Foy Vaillant (1632-1706) avait été également chargé d'une mission du même ordre en Orient. Il acheta à Constantinople en 1671 quelques manuscrits pour la Bibliothèque du Roi. Parmi ceux-ci, deux volumes persans, Persan 218 et 260, qu'il acquit pour 10 et 18 livres, enrichirent la collection royale (61 : Omont, Missions, I, p. 50-51.).

La mission du P. Jean-Michel Wansleben, ou Vansleb (1635-1679), fut la plus fructueuse de celles que Colbert fit entreprendre. Wansleben était le disciple du célèbre Job Ludolf (1624- 1704) et fut le collaborateur d'Edmund Castell (1606-1685). Il avait fait un voyage en Égypte en 1664-5, mais s'était ensuite converti au catholicisme et était entré dans l'ordre dominicain à Rome. Il vint en 1670 à Paris. Colbert, connaissant ses compétences, décida de l'envoyer en mission diplomatique en Éthiopie. À cette mission devant être entreprise dès 1671 (62 : La documentation concernant la mission de Wansleben a été étudiée et commentée en détail par Omont, Missions, I, p. 54-174 et II, p. 1200-2. Les listes de ms. rapportés, avec souvent la mention de leur prix, publiées p. 879-951 du t. II.) se joignirent des instructions détaillées données par Carcavy pour acquérir en Orient des objets pour les collections royales, et notamment des ms. grecs et orientaux (63 : Il est intéressant de noter ce qu'ecrit Carcavy au sujet des ms. persans dans ses instructions datées de mars 1671 (Omont, Missions, I, p. 59): « Il importe qu'il sache que les livres persans sont beaucoup plus chers en Turquie qu'en Perse; si l'occasion s'en présente et s'il juge à propos d'aller à Hispaan, il en trouvera quantité et aura liberté entière de les acheter ».).

Après un bref séjour à Chypre en juin, Wansleben passa par Alep, où il demeura du 13 septembre à décembre 1671. Durant ce séjour, il put acheter pour 255 piastres et envoyer à la Bibliothèque du Roi, en septembre ou décembre (64 : Omont, II, p. 880-2 et 897-9. Les livres achetés à Alep se répartissent en deux séries de 61 et 33 volumes, les uns acquis entre le 22 septembre et le 14 novembre 1671, les autres acquis jusqu'au 11 décembre. Leur description ne permettant pas toujours une identification très assurée du ms. dont il s'agit, nous nous sommes néanmoins efforcés de repérer les ms. persans figurant dans chacune de ces listes. Ce seraient:

-dans la liste de septembre-novembre:

Persan 166 (« Kitab ehkam Patlimus... »), 267 (« il mesnevi...), 254 (« Divan Ferh... »), 39 (« Kitab... Nedgm iddin il Kubari »), 45 (« Kitab minhadg il abedin »), 310 (« Kitab mansuri bil tob... »), 294 (« Scherh il Glostan Jacob Ibn Seiid Ali »), 315 (« Divan Riadi »), 312 (?) (« Un Divan persien »),

-dans celle de décembre:

Persan 306 (« Kitab Bostan in turchesco »), 284 (« Divan Schahi ve Riadi ve Hilali »), 367 (?) (« Bent attàr, in turchesco »), 27 (« Kitab fi arbaein hadis »), 388 (« kitab hekajat in persiano »), 296 (« Il Glostan »), 119 (« Taarich ittabari »), 132 (« Kitab bil faresi fi elm il mantek... »), 29 (?) (« Eruded il selam le Hanefi »), 156 (« Kitab mofradad fi tibb... »),

Resteraient à placer deux ms. qui furent envoyés d'Alep en 1671, Persan 160 et 268 (lequel porte, au crayon, à sa garde finale, « un poeta persiano »). Plusieurs de ces identifications restent très conjecturales, les descriptions étant assez fantaisistes. De fait, pour ces acquisitions, Wansleben ne disposait vraisemblablement pas d'un informateur très érudit, ce qui ne l'empêcha point de se procurer des livres fort rares ou intéressants.), 94 volumes, parmi lesquels se trouvaient les actuels ms. Persan 27, 29, 39, 45, 119, 132, 156, 160, 166, 254, 267, 268, 284, 294, 296, 306, 310, 312, 315, 367 et 388.

Wansleben arriva au Caire le 14 avril 1672 et demeura en Égypte jusqu'en octobre 1673, sans avoir réussi à atteindre l'Éthiopie mais ayant fait l'acquisition d'un grand nombre de ms. Un premier envoi de 135 volumes acquis depuis son arrivée fut fait en janvier 1673 (65 : Omont, II, p. 883-5 et 899-904.). On y relève la présence des actuels volumes cotés Persan 41, 153, 184, 188, 244, 259, 264, 313, 322, 324, 325, 353, 357, 362 et 376. Dans le second envoi, fait en août 1673 (66 : Ibidem, p. 887-8 et 904-910.) se trouveront encore quelques ms. persans (Persan 53, 62, 136, 180 et 192). Pour ses envois du Caire, Wansleben a presque toujours noté sur le contreplat supérieur des volumes le prix et souvent la date (Pl. IV, A) et il a imprimé son timbre au début et à la fin de ceux-ci (Pl. IV, B).

La fin du voyage de Wansleben fut marquée par un séjour prolongé à Constantinople, de mars 1674 à janvier 1676. De la capitale ottomane, où il attendait les instructions de son protecteur Colbert, lequel lui intima finalement l'ordre de rentrer en France, le Dominicain n'envoya plus aucun ms. persan à la Bibliothèque du Roi II en acheta cependant en 1676 pour Colbert. Ce sont les ms. actuellement cotés Persan 344 et 382, tous deux munis de son timbre, et peut-être aussi, bien qu'ils ne portent aucune marque mise par Wansleben, les ms. Persan 28 et 205 qui arrivèrent comme Persan 382 le 25 juin 1676 dans la bibliothèque du ministre (inventoriés par Pétis de la Croix à leur arrivée, cf. Omont, II, p. 969-70).). Il rentra à Paris au printemps 1676, mais, disgracié, ne reçut aucune charge; nommé vicaire de Bourron en 1678, c'est là qu'il mourut le 12 juin 1679.

1686. Mission de Galland

Pendant les années suivantes, N. Clément dirige le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque du Roi, les acquisitions de ms. orientaux sont moins nombreuses, mais un effort d'identification et de classement des livres recueillis est entrepris, qui aboutit à la réalisation des inventaires de 1675, puis de 1682.

La collection royale s'enrichit cependant en mai 1686, grâce à un envoi fait de Constantinople par le célèbre Antoine Galland (1646-1715) (68 : M. Abdel-Halim, Antoine Galland, sa vie et son œuvre, Paris, 1964, notamment p. 72-75.), de quelques manuscrits persans. Galland était déjà allé deux fois en Orient, de 1670 à 1675, puis en 1677-8. Reparti en 1679, muni notamment d'instructions de Colbert pour une mission d'achats d'objets antiques et de manuscrits grecs et orientaux (69 : Omont, Missions, I, p. 206-7, ces instructions indiquent qu'en matière de livres en persan étaient en particulier recherchés la Bible et « l'Histoire de Mircond en persan en entier ».) qui se révélera peu fructueuse, il demeurera au Levant jusqu'en 1688. L'envoi de ms. persans qu'il fit à la Bibliothèque du Roi intervient assez peu après sa nomination, en septembre 1685, comme antiquaire du Roi. Les ms. envoyés sont les suivants (70 : D'après la liste des « livres arabes, turcs et persiens mss. acheptez à Constantinople par Mr. Galant et receus à Paris par la voye de Mr. Vaillant le J.e, may 1686. Payez par luy sur les lieux », figurant p. 146 du Vol. 18 des Arch.A.R.):

« Histoire générale divisée en 4 parties contenant l'histoire des Rois de Perse, des Califes, des Rois et Princes qui se sont establis pendant et depuis le règne des Califes par Nikbi. Ms. persien. F°. » (ms. Regius 1503.2) [Persan 61].

« Histe particulière de Ginghiz Khan écrite par ordre de Mahmoud Gazan khan, un de ses descendans. Ms. persien. F°. » (ms. Regius 1510.2) [Persan 66].

« Histoire sacrée suivant la tradition des Mahométans, depuis la création du monde jusques à J.-C., trad. de l'arabe de Kesani. Ms. persien. F° » (ms. Regius 1501.2) [Persan 51].

« Histoire d'Iëmin uddeulet, autrement Mahmoud Sebektegin et d'autres Princes contemporains par Meulana Aboulscheref Nassih Munschi, connu sous le nom de Vecani. Ms. persien. F° » (ms. Regius 1510.3) [Persan 68].

« Histoire des poètes persans par Deulet Schah. Ms. persien. In 4° » (ms. Regius 1516.3) [Persan 249].

1700. Le Tellier

À la fin de 1700, le don à la Bibliothèque du Roi par l'archevêque de Reims Charles-Maurice Le Tellier (1642-1710) des ms. de sa bibliothèque, parmi lesquels 14 ms. orientaux dont l'un (le ms. n° 16) est en persan (71 : B.N., N.a.fr. 5616: Delisle, I, P. 302-4. Voir aussi Arch.A.R. 19, page 31 (ms. 15622, n° 10).), enrichit la collection royale. L'origine de ce volume, l'actuel Persan 243, qui porte un titre « Elegantissumus poeta pers. », n'est pas établie avec certitude (72 : Cf. note 53, supra. S'agit-il d'un ms. ayant appartenu à N. Fouquet?).

1708. Première mission de Paul Lucas

Le marchand et voyageur Paul Lucas (1664-1737) (73 : Omont, Missions, I, p. 317-382.), à l'occasion de son voyage entrepris en octobre 1704, avait reçu différentes instructions, et notamment celles de l'Abbé Bignon pour acquérir des livres au Levant. Il s'en acquitta fort bien et put rapporter en 1708 à la Bibliothèque du Roi 22 ms. arabes, persans et turcs, que lui-même assura avoir acquis pour 645 livres, mais qui furent estimés 1475 livres(74 : Delisle, I, p. 332-3; Omont, o.c., I, p. 345-6 et 349, et II, p. 1055-6.). Parmi ces volumes, il y avait 6 ms. persans, qui sont les nos 1, 11, 15, 19, 20 et 21 de l'inventaire que dressa à leur arrivée F. Pétis de la Croix. Voici leurs cotes actuelles, le prix qu'en indiquait Lucas, pour autant que l'on puisse identifier les volumes décrits, et leur estimation définitive:

n° 1, Persan 285 [9 livres], 10 livres (ou 17 livres?).

n° 11, Persan 101 [(15) livres], 40 livres.

n° 15, Persan 236 [(18) livres], 45 livres.

n° 19, Persan 148 [(12) livres], 60 livres.

n° 20, Persan 147 [(12) livres], 60 livres.

n° 21, Persan 149 [(21) livres], 60 livres.

Lucas accomplira deux autres missions au Levant quelques années plus tard.

1712. Bibliothèque de Thévenot

L'acquisition de la magnifique collection de ms. orientaux de Melchisédech Thévenot en décembre 1712 (75 : Arch.A.R. 19, p. 112. Les ms. arabes, persans et turcs de feu Melchisédech Thévenot furent apportés à la Bibliothèque du Roi le 27 décembre 1712. Les numéros « Thévenot » que nous donnons dans les notices sont ceux que les ms. portent dans la liste des p. 219-242 du même registre.) marque une date importante dans l'accroissement du fonds persan de la Bibliothèque du Roi. Thévenot, né à Paris en 1621, était mort le 29 octobre 1692 (76 : Ms. B.N. Fr. 15 189, f. 246.). Avant de devenir garde de la Bibliothèque du Roi en décembre 1684 (77 : Au sujet des projets de Thévenot en vue de faire acquérir en 1687 par Girardin des ouvrages orientaux à Constantinople pour la B.R., voir Omont, Missions, I, p. 257-61.), charge qu'il occupera jusqu'en 1691, M. Thévenot, esprit curieux, avait constitué une bibliothèque des plus riches. Thévenot savait lire plusieurs langues orientales, notamment le persan, et recherchait les livres en cette langue. Dès 1666, le chevalier d'Arvieux, venu travailler dans la bibliothèque de Thévenot à Issy, près de Paris, pouvait le constater et le noter dans ses Mémoires. Quelques années plus tard, Renaudot le constatera à son tour (78 : Dans des notes figurant parmi ses Papiers, Renaudot écrit (B.N. N.a.fr. 7478, f. 253-3v) qu'il alla rendre visite le 18 octobre 1670 à Thévenot, qui est « l'homme particulier le plus riche en ms. qui soit peut être en Europe, aussi s'en sert-il mieux que pas un. Il sait l'arabe en perfection aussi bien que le persan (...). Il a en persan plusieurs volumes de l'histoire des prophètes mahométans et celui de Mahomet, qui j'ai vu, tient un gros volume en très petite lettre [= Persan 82] (...) Il a trois ou quatre cents ms. orientaux ». À la même époque, en 1669, il s'intéresse aussi à la typographie orientale (cf. Revue d'Hist. des Sciences, XXVII, 2, 1974, p. 123-6).). Le P. Ange de St.-Joseph le classe en 1681 (79 : Ange de Saint-Joseph, Pharmacopoea persica, Paris, 1681, p. 51-2 de la Préface.) parmi les gens qui, à Paris, sont capables de lire le persan et rapporte qu'il rassemble autour de lui une véritable académie de savants. Parmi ceux-ci en effet les orientalistes, tel B. d'Herbelot ou A. Galland, paraissent avoir été nombreux.

À la mort de Thévenot, la bibliothèque personnelle de l'érudit fut inventoriée par Galland (80 : Bibliotheca Thevenotiana, Paris, 1694. Une liste manuscrite de ms. orientaux de Thévenot, de la main d'Antoine Galland (B.N. ms. fr. 6132 et Latin 17 173 f. 1 sq.), porte des numéros. Les ms. persans de Thévenot ont aussi été catalogués par l'Abbé E. Renaudot qui a placé une courte notice à l'intérieur de chacun d'eux.), mais ses héritiers vendirent seulement les imprimés, tandis que les ms. passèrent entre les mains de libraires. L'acquisition de 290 de ceux-ci par la Bibliothèque du Roi en 1712 se fit grâce à un échange réalisé avec ces libraires. Pour une valeur de 2000 livres, des imprimés doubles des collections royales furent donnés en échange des ms. orientaux, parmi lesquels il y avait 81 volumes en persan.

Bibliothèque constituée en Europe par un homme qui fut en rapport avec nombre de savants et de voyageurs, la collection de Thévenot est la somme d'apports très divers, souvent malaisés à déterminer.

On y trouve, tout d'abord, quelques volumes qui avaient appartenu à G. Gaulmin, notamment Persan 142, 280, 283 (qui venait de Hubert), 304 et 356, d'autres qui avaient appartenu à Christian Raue, Persan 174 et 281, où l'ex-libris du savant berlinois a été arraché ou gratté à une date inconnue, un ms. qui vient peut-être de Gerbrandt Ansloo (m. en 1643), Persan 82 (81 : Dans la mesure où le titre latin serait bien de sa main.). On rencontre également trois volumes, Persan 150, 311 et 338, porteurs d'une notice d'Ecchellensis, avec lequel Thévenot était en rapport dès 1650 (82 : Le livre et le Liban jusqu'à 1900, o.c., p. 251-3. Ce peut aussi être des ms. venant de Mazarin.), ainsi que 4 volumes ayant figuré dans la bibliothèque de Richelieu, dont trois avaient été reliés à ses armes, Persan 182, 347 (venant de Savary de Brèves), et 354 (83 : Persan 182 a été coté 2650 en 1643-4 par Biaise. Persan 347 porte une cote « n° 8 », de la même main que la cote « n° 7a » que l'on voit sur Persan 354 et que la cote « n° 6 » que l'on voit sur Suppl. persan 532, un ms. relié comme Persan 270, mais qui a appartenu à C. Bérault puis à E. Renaudot avant d'entrer à St.-Germain.), et le dernier, relié d'une autre manière, venait également de Savary (Persan 270) (Pl. IV, C). Un autre manuscrit, Persan 197, venait d'André du Ryer, tandis que le ms. Persan 248 avait été copié à Paris par Joseph Lazare, originaire d'Alep, et les ms. Persan 177 et 356 l'avaient été par David d'Ispahan, lequel avait également annoté deux autres ms. que posséda Thévenot, Persan 261, que Gaulmin annota aussi, et Arabe 1142.

Pour le reste, on est beaucoup plus embarrassé pour déterminer les bibliothèques dont proviennent les ms. persans de Thévenot.

Quelques ms. possèdent, ou ont possédé, une cote libellée sous la forme Arm... Tab... Loc..., ce sont les actuels Persan 171, 176, 223, 226 et 317 (Pl. IV, F), ainsi que le ms. Suppl. turc 772. À cette même bibliothèque, où les volumes orientaux paraissent avoir occupé l'Armoire « L » appartenait aussi un ms. qui était jusqu'en 1678 dans la bibliothèque de Hardy (84 : Cf. infra, note 112, etc.), avant de passer chez Colbert, Persan 163. Tous ces ms. possèdent également une courte notice en français de la main de Harlay de Sancy, tandis que Persan 317 comporte en outre une marque d'achat pour 45 aspres par un nommé B.C. le 11 mai 1613 (Pl. V, A). Sur le ms. Persan 170, non seulement la cote Arm... Tab... Loc... paraît grattée au f. 1, mais aussi la notice. La même cote pourrait avoir figuré au f. 1 de Persan 69. Des cotes comparables se retrouvent sur nombre de manuscrits hébreux de la B.N. venant de l'Oratoire. Ne s'agirait-il pas de volumes provenant d'Achille de Harlay de Sancy (1581-1646), qui fut ambassadeur à Constantinople de 1609 à 1618 et entra à son retour à l'Oratoire?

Les ms. Persan 225 et 330 comportent une notice en français, où le titre est traduit, et ces notices sont de la même main que celles des ms. Turc 16, 54, 68, 85, 95, 120, 125, 141 et 340. Par ailleurs certains ms. comportent des notes de diverses mains non identifiées, tel Persan 172 (« Tab. Astron. Ulug. Beg »), 287 (marqué « Persian »), 295 (acquis pour 5 livres 60), 50 (avec le nom de Pierre Baratier, d'une main ancienne), ou 145 (avec des notes en français à la fin), dont l'origine reste à établir.

Le ms. Persan 266 comporte une notice en grec, tandis que c'est peut-être leurs reliures françaises qui permettraient de savoir de qui Thévenot tenait les ms. Persan 60, 319 ou 385.

Thévenot a par ailleurs possédé plusieurs manuscrits, Persan 1, 155, 177, 179, 183, 274, 352, Arménien 57, 287, Arabe 423, 628, 1220, 1224, 1243, 1256, 1258, 2362, 2373, 2720, 2810, 2896, 2916, 2955, 3001, 3002, 3042, 4027, 4055, 4239, 4314, 4318, Syriaque 131 et Turc 96, 99, 101 et 361, qui sont marqués d'un paraphe (Pl. III, C), mis en général au début et à la fin du volume. Ce paraphe, qui doit correspondre à un inventaire de bibliothèque, probablement réalisé avant 1665 ou 1667, car il se retrouve sur deux ms. de Gaulmin, Persan 12 et Turc 307 qui sont entrés à sa mort à la Bibliothèque du Roi, se retrouve sur quelques ms. passés dans d'autres collections (85 : Les autres ms. qui portent ce paraphe sont Arménien 13 ([Marin ...], puis Renaudot), Hébreu 1137 (d'Herbelot), Syriaque 85 (P. Dipy en 1677, Renaudot), 271 (Colbert), 60 et 250, Arabe 846 (La Chapelle, puis B.R. en 1688), 2180 (sans indic), 2378 (Renaudot), 2735 (St.-Germain?), 2785 (Séguier, Coislin), et 4079 (Hardy, Colbert), Suppl. persan 64 (Renaudot), 739 (Renaudot), 793 (C. Bérault, puis Renaudot), et Suppl. turc 49 (Machard, Oratoire), 270 (Bérault, Renaudot), et 386 (Louis Byzance, Oratoire)

Il faut par ailleurs noter que les ms. Arménien 13, 287, Syriaque 60, 85, 250, 271, Arabe 2180, 2720, 2735, 3042, Turc 197, 220, 307, 361, Persan 1, 183, 352 et Suppl. persan 64 sont couverts de reliures très comparables, de maroquin ou de veau, noir, rouge ou vert, estampées à chaud de deux filets de bordure, avec le plus souvent un dos à la grecque.). Le possesseur parisien de cette bibliothèque orientaliste reste encore à identifier (86 Le médecin du duc d'Orléans Pierre Vattier, né en 1623, professeur d'arabe au Collège Royal à partir de 1658, qui pourrait être cet orientaliste, ne mourut que le 7 avril 1667. Bien que nous ne connaissions pas son écriture, il ne semble pas s'agir de lui, les transcriptions des noms orientaux, n'étant pas conformes au système qu'il préconisait.) (Pl.V,C).

Deux de ces ms., Persan 155 (Pl. V, D) et 274 portent d'anciens numéros (respectivement « n° 8 » et « n° 15 », barrés, « n° 23 » barré et remplacé par « 8 ») que l'on retrouve sur deux autres ms. Thévenot dépourvus du paraphe, les actuels ms. Persan 30 (« n° 29 » barré remplacé par « 32 ») et 210 (« n° 31 » remplacé par « 11 »), à l'instar des ms. Persan 2 et 64 de Gaulmin (Pl. II, E). Ces numéros se rencontrent sur nombre d'autres ms. de Thévenot (87 : C'est le cas des ms. Arabe 1243 (« n° 23 »), 1256 (« nos 25 » et « 27 »), 1258 (« nos 25 » et « 28 »), 2362 (« n° 24 »), 2363 (« nos 26 », « 29 » et « 13 »), 2373 (« nos 30 » et « 17 »), 2896 (« nos 5 » et « 9 »), 2955 (« nos 7 » et ...), 4239 (« nos 1 » et « 6 »), 4314 (« nos 34 » et « 31 ») ou Turc 96 (« nos 7 » et « 22 »). Il existe aussi de tels numéros sur Arabe 846 (La Chapelle), un n° barré remplacé par « n° 3 ».). Ils paraissent de la main du personnage, actif vers 1650-60, qui copia les ms. Persan 34, 85, 361, Arabe 1402 et Suppl. persan 556, rédigea la notice de Persan 155, etc. L'inventaire auquel ils correspondent ne paraît pas conservé.

Thévenot possédait un certain nombre de ms. venant d'Iran. C'est le cas de Persan 128, un volume portant l'ex-libris de Huibert Vissnich (Pl. V, E), qui fut directeur en Perse de la Compagnie hollandaise des Indes (V.O.C.) de 1623 à 1628, et de Persan 337, acquis en 1635 à BandarʿAbbās par Robbert Lovell (Pl. V, H). C'est le cas d'une collection assez importante de volumes d'origine indienne et surtout persane qui paraît avoir été constituée en Iran vers 1666 ou peu après. Certains de ces volumes portent le cachet, ovale, d'un Européen, sur leur première page. Ainsi en va-t-il sur les ms. Persan 116, 137, 190, 273, 305, Arabe 4321, mais aussi sur Persan 326 et Suppl. persan 100 qui lui ont peut-être appartenu, avant de passer respectivement chez Galland et chez E. Renaudot. Tous ces volumes, ainsi que d'autres ms. ayant aussi appartenu à Thévenot, Persan 94, 118, 127, 151, 159, 221, 230, 328, 370, 372, 379 et Turc 332, portent, très souvent, outre un titre persan en Nastaʿlīq, une notice latine concernant le titre et l'auteur du livre. Ces notices semblent pouvoir être de la main de Pétis de la Croix (1622-1695), qui les aurait mises à l'arrivée des volumes en France (Pl. VI, B).

Il se pourrait fort bien qu'il s'agisse, de même que dans le cas des ms. Persan 219 et 222 (Pl. VI, C), des livres qu'avait rassemblés durant son voyage en Perse et en Inde, le neveu de Melchisédech Thévenot, Jean Thévenot (1633-1667), décédé tragiquement à Miyāna alors qu'il regagnait la France (88 : Il s'agit évidemment là seulement d'une hypothèse. On sait, par une lettre du P. Raphaël du Mans au Consul d'Alep, Baron (Archives des M.E.P., Paris, Vol. 349, p. 167-70), datée d'Ispahan du 3 avril 1668, que Jean Thévenot avait rédigé un testament à Ispahan en 1667, prévoyant qu'on devait faire parvenir à Paris « tout son équipage et récolte du Levant de mémoires, livres etc. », pour qu'il soit remis à son frère Bonaventure Thévenot qu'il désignait comme héritier et légataire. La relation de voyage de Thévenot aurait été ainsi adressée, par l'intermédiaire de Baron et de l'intendant Arnoul, à son frère et elle parut en 1674 à Paris, éditée par de Luisandre et Pétis, ami du défunt, tandis que la partie concernant l'Inde ne paraîtra que 10 ans plus tard. Nous supposons que les 22 ms. pouvaient constituer sa moisson de livres persans.).

Thévenot possédait plusieurs autres ms. indiens, tel Persan 9, venant des Jésuites missionnaires d'Inde, de même probablement que Persan 158, tels aussi les ms. Persan 56, 105, 123, 279, 316, 365, 387, ou encore Persan 386, lequel avait appartenu à Sebastiaõ Velho Reimaõ, qui était au service d'Awrangzēb vers 1675.

1715. Legs De Galland

Le célèbre orientaliste et professeur au Collège Royal Antoine Galland mourut le 17 février 1715. Il avait manifesté l'intention de léguer ses manuscrits à la Bibliothèque du Roi et ceux-ci, une centaine de volumes, y entrèrent dès le 24 février (89 : Delisle, I, p. 335. Comparer au Vol. 19 des Arch. A.R., p. 111 et p. 211-6, où figure la liste des ms. légués, accompagnée des cotes « Gallandianus », que l'on retrouve le plus souvent sur les volumes eux-mêmes.). Bibliothèque de travail d'un érudit, on y trouve une vingtaine de ms. en persan.

Parmi ceux-ci, on trouve plusieurs ms. acquis ou copiés à Constantinople durant son premier séjour: Persan 199 (Gallandianus n° 72), qui lui vient de ʿAlī Bēg Bobowski; Persan 202 (n° 77), copie faite par Galland du dictionnaire de Castell; Persan 329 (n° 49), annoté et traduit de sa main; Persan 201 (n° 71), acquis en 1672 (Pl. VI, H); Persan 203 (n° 76), qu'il copia en 1672; Persan 191 (n° 69), qu'il acquit en 1673.

Si pour quatre ms. on ne dispose pas d'indication (les n° 59 à 62, savoir Persan 323, 46, 308 et 211), on sait que Persan 232 (n° 53), comme Persan 331 (n° 58), a été acquis à Paris par Galland, que Persan 326 (n° 56) vient peut-être de Jean Thévenot ou de son oncle, tandis que Persan 106 (n° 52) pourrait avoir appartenu à Mazarin. Par ailleurs, si Persan 104 (n° 51) est une copie faite à Paris par Joseph Lazare, les ms. Persan 138 (n° 50), Persan 247 (n° 55) et 178 (n° 68) portent l'ex-libris de Galland accompagné respectivement des dates de 1699, 1709 et 1710. Persan 120 (n° 54), enfin, a été acquis par Galland en mars 1710 de l'avocat Pinsson des Riolles (90 : À ces ms. doit s'ajouter le ms. « Gallandianus 3 », un volume acquis le 18 mars 1710 par Galland, qui est actuellement coté Suppl. persan 1710. Par ailleurs, le ms. Suppl. persan 84 porte à son f. 1 l'ex-libris de Galland, mais il n'est pas entré à la B.R. en 1715 et a figuré dans les collections de l'Arsenal.).

1725-27. Paul Lucas et Pierre Armain

Si P. Lucas ne rapporta aucun ms. persan de sa seconde mission (1714-18), la troisième mission qu'il effectua en 1723-4 à Constantinople permit au fonds persan de s'accroître en janvier 1725 des quelques volumes rapportés à Paris en novembre précédent. Les descriptions des ms. qui sont données (91 : Omont, Missions, II, p. 1070-71. Il aurait alors rapporté 50 ms. pour une valeur totale estimée à 5000 livres, mais 44 volumes seulement sont indiqués comme entrés en 1725 à la B.R.) ne manquent ni n'imprécisions ni d'inexactitudes, mais il nous semble possible d'identifier la plupart, sinon la totalité, des ms. persans entrés en janvier 1725 (92 : Il se trouve que les notices qu'Armain rédigea pour les volumes en persan et en turc venus en 1725 à la B.R., ou envoyés par lui-même en 1727, portent des n° compris entre 97 et 114 ou 116.).

Le n° 1 de la liste, « un livre in-F° qui traite de l'histoire du monde depuis Mahomet, en langue arabe », paraît pouvoir être identifié avec Persan 58, qui porte une cote « n° 1 », tandis que le n° 2, « un livre servant de préliminaire au livre de Zafer namé composé par le docte Chereffiddin; en arabe » doit être Persan 70 qui porte une cote « n° 2 » de même type.

L'actuel ms. Persan 348, un ms. ayant appartenu à Pierre Armain (Pl. VI, D), semble bien devoir être le n° 30, « la rhétorique des oiseaux ou leurs colloques, écrite en vers persans ». Plus facile à identifier, le n° 31, « livre en vers persans par Chaik Sady » est vraisemblablement Persan 238, tandis que le n° 32, « livre contenant la politique, en langue persane » doit être certainement identifié avec Persan 377, qui porte par ailleurs une cote « E », d'une main qui rappelle fort celle des nos l et 2 de Persan 58 et 70 (93 : Une cote « G » de ce type se retrouve sur un ms. identifiable sur la liste, l'actuel Arabe 2544 (notice d'Armain n° 103), une cote « H » sur le n° 35 de la liste, Turc 156 (Armain, notice n° 104), etc.). Deux autres ms., le n° 39, « livre qui concerne les factions de Chah Deulet (...) » et le n° 40, « Gulistan ou traité d'histoires en langue persane », sont les ms. actuellement cotés Persan 250 et 334, munis respectivement de cotes « N » et « O » du même type. En revanche, l'identification des nos 12 et 38 de la liste, bien qu'elle les présente comme en langue persane, ne paraît guère possible.

Peu de temps après, Pierre Armain, qui était alors Interprète du Roi à Alexandrie (94 : Omont, Missions, I, p. 371-2, signale que l'Abbé Bignon avait fait envoyer en juillet 1726 à Armain, une copie du « Mémoire des Livres à rechercher dans le Levant » pour la Bibliothèque du Roi dont P. Lucas était muni lors de sa mission. C'était à la demande d'Armain lui-même.), contribuera à son tour à l'enrichissement des collections royales. Armain avait offert ses services à la Bibliothèque du Roi dès 1722 et, le 17 octobre 1725, envoyé 8 ms. à l'Abbé Bignon (95 : Delisle, I, p. 373; Omont, Missions, I, p. 768-71.). Armain en proposait 1660 livres et leur achat ne fut finalement conclu que le 2 mars 1727, pour 560 livres seulement, selon l'estimation de de Fiennes. Parmi ceux-ci figuraient, acquis pour 150 livres, l'album Persan 129 (« 7. Recueil de vers persans, orné de plusieurs figures dans le goust des Orientaux...), acquis pour 80, le ms. Persan 245 (« 4. Poésie persane très bien écrite, dont la reliure et les vignettes sont ornées... ») et probablement aussi Persan 194 (« 3. Dictionnaire persan avec l'explication en turc, in-8 », payé 30 livres).

1729-30. La Mission des Abbés Sevin et Fourmont à Constantinople

La mission des Abbés François Sevin (1682-1741), futur garde des manuscrits de la Bibliothèque du Roi, et Michel Fourmont (1690-1746), professeur de syriaque au Collège Royal, commença en septembre 1728 (96 : Delisle, I, p. 380-85; Omont, Missions, I, p. 433-536 et II, p. 1209.). Il s'agissait de faire l'inventaire des ms. grecs du Sérail, s'il s'en trouvait, et surtout d'acquérir des manuscrits grecs et orientaux pour le Roi. C'est à l'Abbé Sevin, demeuré dans la capitale ottomane, que revint à partir du début de 1729 la tâche d'acquérir des livres. Il s'en acquitta avec le plus grand succès, jusqu'à son départ en avril 1730. À la fin de décembre 1729, Sevin avait fait envoyer 5 caisses de manuscrits; ceux-ci avaient quitté Marseille au début d'avril suivant et arrivèrent à Paris le 12 mai.

Au total, avec quelques envois faits postérieurement à 1729 (97 : Tel Persan 11, semble-t-il (Omont, I, p. 516). Y eut-il des ms. persans parmi les volumes envoyés ultérieurement par Icard? Nous n'en avons pas trouvé d'indice.), la mission de Sevin permit à la Bibliothèque du Roi de s'enrichir de 96 volumes persans et turcs (98 : Les notices rédigées par Armain après 1734 pour ces volumes persans et turcs sont les premières qu'il rédigea et elles sont numérotées de 1 à 96, la notice 96 étant suivie de la mention « fin des livres apportés par M. l'Abbé Sevin ».), choisis avec soin, provenant souvent de bibliothèques de collectionneurs ottomans importants, tel Abū Bakr Širvani (99 : Persan 6, 7, 90, 135, 167, 181, 234, 246, 375, ainsi que des ms. d'autres fonds, comme Arabe 2104, 3365, 4434, etc. également acquis par Sevin. En 1724, Lucas avait déjà acquis deux volumes venant de Širvani, Persan 58 et 70. Par ailleurs Persan 21, 121, 162 et 276 avaient appartenu au collectionneur̔Alī (Pl. V, B).) (Pl. V, G et B). Par ailleurs, la plupart de ces volumes ont conservé leurs reliures ottomanes d'origine. Sevin recherchait tout spécialement les ouvrages historiques.

Les manuscrits persans sont au nombre de 65. La plupart de ces ms. comportent une courte notice. Celle-ci, toujours de la même main, est souvent accompagnée d'une signature « Umer Effendy ». (100 : Dans une lettre du 4 juin 1729 (Omont, Missions, I, p. 482), Sevin parle d'« un effendi, homme sçavant et dont M. de Laria m'a procuré la connaissance ». Il pourrait s'agir de lui.) (Pl. VI, I), du nom d'un personnage qui fut probablement l'un de ceux qui aidèrent Sevin dans ses acquisitions de ms. islamiques. Cette signature accompagne les notices figurant sur les ms. Persan 13, 19, 20, 21, 23, 25, 65, 77, 86, 90, 91, 99, 167 et 381. En revanche, celles des ms. Persan 15, 67, 76, 83, 87, 109, 113, 114, 121, 133, 134, 135, 181, 228, 234, 235, 246, 262, 276, 349, 350, 359, 368, 374, 375 et 384 en sont dépourvues. Parmi ces notices, certaines comportent l'indication du prix du volume; c'est le cas de Persan 19 (15 piastres), 20 (5p.), 21 (15p.), 23 (4p.), 25 (5p.20), 65 (12p.), 77 (9p.), 90 (10p.), 91 (4p.20), 96 (10p.), 113 (4p.), 167 (8 p.), 228 (29 p.), 262 (5 p.), 349 (5 p.), 350 (6 p.), 374 (5 p.) et 381 (10 p.). Pour les autres volumes, on arrive párfois à retrouver le prix d'achat grâce aux listes publiées par Omont (101 : Omont, Missions, II, p. 1095-1116.) (par exemple, 4 piastres pour Persan 135, 10 p. pour Pers. 181 ou 20 p. pour Pers. 276). Le ms. Persan 109 porte un paraphe européen. Les courtes notices « Gulistan » et « Kuiliat Sadi » des ms. Persan 291 et 332, pour leur part, sont d'une autre main.

Les autres volumes ne comportent pas (ou plus) de notice. Ce sont les actuels ms. Persan 11 [acquis pour 85 piastres fin 1729 ou début 1730], 37, 63, 75, 78, 79, 81, 84, 95, 102, 110, 122, 124, 126, 131, 162, 165, 173, 227, 309, 314 et 360.

1732. Entrée des ms. de la Colbertine à la Bibliothèque du Roi

La vente à la Bibliothèque du Roi des ms. de la Colbertine par Seignelay en 1732 (102 : Delisle, I, p. 439-486; Catalogue de l'exposition Colbert, 1619-1683, Paris, Hôtel de la Monnaie, 1983, p. 401-425.) faisait entrer dans les collections royales 637 ms. orientaux, soit un peu plus du dixième du total, et parmi ceux-ci 46 volumes persans. Ces ms. persans avaient été rassemblés de 1672 à 1681, pour Colbert (m. 1683), par Étienne Baluze (m. 1718), qui eut de 1667 à 1700 la charge de garde de la bibliothèque du ministre, collection largement ouverte au public érudit (103 : Registre des prêts de la Colbertine, B.N. Latin 9366.).

La plus grande partie de ces ms. persans est venue grâce aux efforts déployés par Colbert pour se faire envoyer des livres par les diplomates ou les religieux du Proche-Orient.

Un des premiers envois que recut le ministre, en janvier 1675 (104 : Omont, Missions, I, p. 241. Arrivé à la même date, le ms. Suppl. turc 1227 (Colb. 5153) était jadis coté (jusqu'en 1903) Persan 111.), comprenait des volumes acquis à Constantinople en 1674 par le sieur de la Croix (m. 1704), secrétaire depuis 1670 de l'ambassadeur Charles-François Ollier de Nointel. Il s'agit, acquis pour 4 piastres, des volumes Persan 22 et 100 (Colbertinus 5956-7), pour 5 piastres, de Persan 47 (Colb. 5954), pour 10 piastres, de Persan 206 (Colb. 4547) et, pour 2 1/2 piastres, de Persan 189 (Colb. 5955) (Pl. VI, E).

Par ailleurs Nointel (105 : Ibidem, p. 175-221 et 245.) avait acquis à Constantinople le 15 Janvier 1672 pour 22 piastres l'actuel ms. Persan 242 (Pl. VI, G) et il en fit l'envoi au ministre vers 1675 (Colb. 1199, qui sera estimé 4 livres en 1683). Les ms. Persan 289 et 307 (Colb. 5291-2) paraissent avoir la même origine.

Un autre envoi parvint à la Colbertine le 9 octobre 1675. Parmi les ms. arrivés alors, on relève les volumes « 5. E. » (Colb. 4225: Persan 265), « 7. G. » (Colb. 1650; Persan 79 A), « 8. H. » (Colb. 4574; Persan 32) et « 9. J. » (Colb. 6063: Persan 43), qui sont en persan, mais l'origine de ces volumes n'est pas clairement établie. D'après les notices de Baluze, sur les volumes, Persan 265 vient de Constantinople, tandis que Persan 32 et 79 A viennent « d'Orient ». En revanche, sur la liste qu'établit Pétis de la Croix à leur arrivée (106 : Ibidem, II, p. 967; voir aussi B.N. Latin 9363, f. 155v, en marge.), il est marqué que Persan 43 vient d'Alep, et ce pourrait être un envoi du consul ou du P. Joseph Besson S.J. (1610-91).

Une autre liste dressée par Pétis (107 : Ibidem, II, p. 969-70.) recense les volumes arrivés à la Colbertine le 25 juin 1676. Elle comprend quatre ms. persans, un ms. « B » (Persan 205: Colbertinus 4581), un ms. « B. 2. » (Persan 28; Colb. 6008), un ms. « a », acquis par le P. Wansleben à Galata au début de 1676 pour 3 3/4 piastres (Persan 382; Colb. 5952) et un ms. « E... », acquis par lui pour 3 piastres en 1676 à Constantinople (Persan 344; Colb. 6569). Tous doivent être des volumes déposés par Wansleben à son retour.

Colbert tira également profit, pour l'enrichissement de sa collection (108 : Ibidem, I, p. 229. Pétis « le jeune », bien que communément appelé François Pétis de la Croix, signe « JeanFrançois de la Croix » des lettres conservées dans le recueil B.N. N.a.fr. 5214.), du séjour en Orient de François Pétis de la Croix (1653-1716), le fils du Secrétaire-Interprète François Pétis de la Croix. Recommandé par Colbert, le jeune Pétis avait d'abord séjourné à Alep (1670-73), puis en Mésopotamie, à Ispahan (1674-6) et à Constantinople, avant de rentrer en 1682 à Paris. Si c'est probablement lui qui envoya au ministre le ms. Persan 141 (Colb. 5302) « acheté par La Croix en 1673 », c'est en tous cas certainement lui qui envoya d'Ispahan plusieurs volumes, actuellement cotés Persan 33, 92, 93, 108, 140, 186, 272 et 278 (respectivement Colb. 5277, 5286, 5287, 5284, 5301, 5290, 5293 et 3720).

On sait que le Carme Ange de St. Joseph offrit à Nointel en 1678 des ms. persans et sabéens, que celui-ci envoya ensuite de Constantinople à la Colbertine, et notamment les actuels ms. Sabéen 1, etc. (109 : Ibidem, I, p. 233-4.). S'il y avait parmi eux des ms. persans qui aboutirent à la Colbertine, il est difficile de les identifier.

Pétis de la Croix père dressera encore une liste de ms. syriaques et persans entrés le 24 mai 1681 dans la collection colbertine (110 : Ibidem, II, p. 980.). Leur origine n'est pas spécifiée. Les ms. persans sont numérotés 1 (Persan 146; Colb. 2266), 2 (Persan 73; Colb. 2296), 3 (Persan 16; Colb. 2267) et 4 (Persan 358; Colb. 2255).

Faute de marques explicites, l'origine de 3 ms., Persan 213 (Colb. 5280), 277 (Colb. 5297) et 320 (Colb. 6267) est difficile à établir, bien que les deux derniers aient certainement une provenance ottomane.

Une partie non négligeable des ms. persans de la Colbertine est cependant d'origine parisienne. En juillet et en août 1678, en effet, Baluze fit l'acquisition des volumes qui formaient la très riche bibliothèque du Conseiller au Châtelet Claude Hardy, qui était mort à Paris le 5 avril. D'origine mancelle, né à la fin du XVIe siècle, il était fils de Sébastien Hardy. Parmi les volumes achetés par Baluze, il y en avait 122 en langues orientales (111 : Selon le chiffre donné au f. 145 de B.N. Latin 9363.). Hardy (112 : F. Briquel-Chatonnet, « Un ex-libris autographe du savant orientaliste Claude Hardy », Scriptorium, XL, 1986 (1), p. 120-2 et Pl. 8. Son ex-libris se retrouve sur Éthiopien 152.), qui connaissait le persan, avait commenceé fort tôt à s'intéresser aux textes orientaux(113 : Selon ce qu'il relata lui-même à Renaudot en 1669 (B.N. N.a.fr. 7478, f. 247) « il commença l'arabe dès le collège des Jésuites où il était et (...) les P. Ignace Armand et Sirmond lui ayant demandé ce qu'il faisait, il leur dit « j'ai étudié le grec pour lire les auteurs de cette langue, j'étudie l'arabe pour lire en cette langue ceux que nous n'avons plus en grec ». Le P. Armand était mort en 1638. En 1622, Hardy étudiait avec le marocain Ahmad b.Qāsim (Ar. 4341, f. 24v).

Confirmant cette connaissance de l'arabe qu'acquit Hardy dès une date ancienne, on peut citer l'ex-libris, barré ensuite, qui figure sur Arabe 428. Il porte la date de 1626 et le nom de « Claude, fils de Sébastien Hardy, de Paris ».) (Pl. VI, F). Sa collection, riche en Corans (114 : F. Déroche, Catalogue (...) Manuscrits du Coran (...), II, Paris, B.N., 1985, nos 355, 371, 393, 463, 469, 479, 501, 503 et 537.), paraît s'être constituée pendant une cinquantaine d'années, tant grâce à l'acquisition de volumes venus d'autres bibliothèques, ou ayant appartenu à des voyageurs(115 : Ainsi, un court billet de la main de Hardy, daté du 21 janvier 1629, est inséré dans le ms. Arabe 4341. Il porte « Monsieur Schmidt est humblement supplié, après son arrivée à Marseille de se vouloir, quand il le pourra commodément, enquester de la demeure d'un médecin nommé Mauran Decroix qui a quantité de livres arabiques, turcs et persiens qu'il a apporté de Levant.

De plus, s'enquester s'il a envie de les vendre, ainsy qu'il a esté receu advis en ceste ville, ou touts ou partie.

Et en tirer un mémoire avec le pris au juste.

Et se vouloir donner la peine d'escrire ce qu'il aura appris là-dessus, le plus tost que sa commodité luy permettra ».), que, comme ce fut le cas pour Peiresc, par le concours des missionnaires et spécialement des Capucins (116 : Dans le ms. du dictionnaire arabe de du Ryer (Arabe 4308) se trouve une notice de la main de Hardy, ainsi libellée: « Parvum Lexicum Turcico Arabicum eum interpretatione gallica D. Anthonij Du Rier Consulis Alexandriae olim excripta ex ejusdem dictionarij apographo quod mutuum concessit P. Hyacynthus Cap. Parisiensis ». Il s'agit probablement du célèbre P. Hyacinthe de Paris Kerver (m. 1650).

Par ailleurs Renaudot rapporte (B.N. N.a.fr. 7478, f. 252) qu'un autre Capucin, missionnaire cette fois, le P, Hilarion de Loches, qui était chargé d'acheter des ms. éthiopiens pour Hardy, avait été mis en galère par les Turcs qui le croyaient de connivence avec l'Emir « Facardin » (Fahr al-Dīn) du Liban.).

Une liste de ms. persans entrés à la Colbertine en août 1678, dressée par Pétis de la Croix (117 : Omont (Missions, II, p. 977-8) a publié cette liste des ms. persans, suivie de celle des ms. turcs, ainsi que (ibid., p. 990-4) celle des ms. arabes venant de Hardy, sans toutefois identifier leur origine. Pour ce qui est des inventaires de la bibliothèque de Hardy, on en trouve un aux f. 137-44 de B.N. Latin 9363 (avec, en persan, cités notamment les n° 83, « lexicon persicum sine interpretatione », 105, « commencement d'un dictionnaire persan et turc », 108, 117, « livre persan en caractères romains; confession de foi des Mahométans », 121, « anthologia persica », 136, « dictionarium persicum Mu(sil)um », ou 370), qui se termine par la mention du « paquet du reste des Mss. que M. Thévenot a jugé de peu de conséquence », où se trouve, entre autres, un « portefeuille de papiers arabes » et 15 vol. ms. arabes. Aux f. 149-51 v et 313-26 de B.N. Latin 9363 se trouvent des listes des ms. acquis entre le 14 juillet et le 15 août par Baluze; les ms. orientaux n'y sont pas toujours clairement détaillés.), permet de retrouver un certain nombre de ms. persans de Hardy entrés à cette date. L'actuel ms. Arabe 397 (Colb. 1032), un Coran avec traduction persane qui appartenait en 1573 à l'avallonnais Claude Naulot du Val (comme B.N. Lat. 7167), puis aux Jésuites de Paris, est le ms. « A » de cette liste. Quoique sa cote ait disparu, le ms. « B » semble bien être le ms. Persan 333 (Colb. 6417), le ms. « D » est Persan 361 (Colb. 3664), copié par un orientaliste français, le ms. « E » est Persan 185 (Colb. 3764), copié à Paris en 1640-43 par David d'Ispahan, le ms. « F » Persan 163 (Colb. 4317), qui porte comme plusieurs ms. de Thévenot une ancienne cote Arm. Tab. Loc., le ms. « G » Persan 207 (Colb. 3543), le ms. « H » Persan 209 (Colb. 3544), tous deux autographes de Hardy, le ms. « J » Persan 208 (Colb. 3667), un ms. de Savary de Brèves (Pl. III, A), le ms. « L » Persan 34 (Colb. 3668), de la même main que le ms. « D », le ms. « + » l'actuel ms. Suppl. persan 1031, copie autographe par Hardy d'une partie du ms. « F », tandis que le ms. « + + + » est peut-être Persan 130 (Colb. 4381) (Pl. V, F), bien que le titre donné soit tout autre. Les ms. « K » et « + + » ne paraissent pas avoir été mis dans le fonds persan de la Bibliothèque du Roi, pas plus que le ms. « C ».

Par ailleurs, le ms. Persan 3 (Colb. 2876) porte une cote « f ». Il s'agit selon toute évidence, bien qu'aucun inventaire où figurerait la description de ce volume ne soit, semble-t-il, conservé, d'un ms. de Hardy, celui des « Quatuor Evangelia persicè » acquis pour Colbert le 14 juillet 1678 (118 : B.N. Latin 9363 f. 313. L'« Historia S. Petri persicè » mentionnée au f. 314v est probablement l'imprimé de 1639).

Le ms. Persan 80 (Colb. 2875) porte une cote que l'on peut lire « g » ou « 9 ». Il est difficile de déterminer s'il s'agit d'un ms. de Hardy ou, plus vraisemblablement, d'un ms. envoyé d'Orient, mais que l'on ne retrouve pas sur les listes publiées par Omont.

Deux autres ms. de la Colbertine sont également, selon toute probabilité, des acquisitions parisiennes. L'un, le ms. 4991, actuel Persan 251, porte un paraphe accompagné d'un numéro d'inventaire (« 221 ») (Pl. VI, A) de même type que ceux que l'on trouve sur Arabe 939 (« 222 ») et Turc 8 (« 223 »), ce dernier portant une signature (« Petro... ») (comp. aussi leurs notices, Pl. IV, E). L'autre, le ms. 6125, coté aujourd'hui Suppl. persan 1174, vient de l'évêque de Babylone Bernard de Sainte-Thérèse, mort en 1669 à Paris.

Il faudrait enfin, pour être complet, ajouter à cette liste les 13 ms. judéo-persans de Colbert, actuellement cotés Hébreu 70 (Colb. 2468), 71 (2469), 90 (4602), 91 (4601), 97 (4609), 100 (4611), 101 (4610), 116 (4605), 118 (4607), 120 (4608), 121 (4606), 128 (4604) et 129 (4603), qui sont des volumes acquis en Iran par les frères Vecchietti (119 : Cf. note 3, supra.), puis rapportés d'Italie et entrés à une date inconnue dans la Colbertine.

Envois des Jésuites missionnaires en Inde

En 1728, l'Abbé Bignon avait fait écrire au P. Le Gac, Supérieur des Jésuites missionnaires français d'Inde, dans l'espoir que ceux-ci pourraient faire l'acquisition de livres indiens. L'initiative réussit et valut à la Bibliothèque du Roi l'envoi de nombre de livres indiens de 1732 à 1737 (120 : Delisle, I, p. 368-9; Omont, Missions, II, p. 829-51 ; J. Filliozat, Catalogue du fonds sanscrit, I Paris B N 1941, p. II-IV.), parmi ces envois, il s'est également trouvé quelques livres en persan.

Une liste des ms. persan réunis en 1732 à Chandernagor par le P. Pons, et envoyés dans les mois qui suivirent (121 : Omont, Missions, II, p. 1186-7. Par ailleurs, les notices d'Armain correspondant à ces volumes portent des numéros 121 à 130, et cette dernière notice est suivie de la mention « fin des livres qui estoient dans l'entrepos » Deux ms. toutefois, Persan 74 et 74bis, ont des notices nos 442 et 443, bien qu'ils paraissent eux aussi envoyés d'Inde) permet de relever la présence des ms. Persan 99A et 358A dont le P. Pons avait fait faire la copie en 1730 pour 4 roupies et pour 8 roupies et 8 anas. On retrouve également les ms. Persan 18, acquis pour 8 anas, Persan 229, pour 50 roupies, Persan 231, pour 20 roupies. Les autres ms., plus difficiles à identifier dans la liste sont les actuels Persan 18, 74, 74bis, 89, 229, 231 et 303, ainsi que Persan 17, 103, 125, 290 et 378, pour la reliure desquels il dépensa 3 roupies et 8 anas.

Cet envoi est le dernier apport important avant 1739. Par la suite les ms. qui arriveront dans les collections royales seront intégrés dans un nouveau fonds nommé Supplément persan.

Par ailleurs, dès 1739, la Bibliothèque du Roi est sans conteste possible la bibliothèque française la plus riche en ms. persans. Elle devance largement une autre grande bibliothèque parisienne, celle de St.-Germain-des-Prés, qui compte alors environ 107 volumes en persan, dont une dizaine provenant de la collection Séguier-Coislin et le reste du legs des livres d'E. Renaudot. Les autres collections de couvents ou de particuliers ne renferment en général que quelques volumes.

Un premier classement des acquisitions orientales de la Bibliothèque du Roi était, on l'a vu, intervenu dès 1675. Les volumes reçurent alors des cotes reflétant leurs fonds d'origine. Si le catalogue rédigé à cette occasion est perdu, les cotes et les numéros des pages du catalogue sont restés transcrits sur les gardes des volumes inventoriés alors (Pl. III, D).

Peu après, en 1682, Nicolas Clément (1656-1712) réalisa un grand inventaire méthodique numérique (Pl. III, E), classé par langue (le persan occupant les nos 1472 à 1610), et, à l'intérieur de chacune de ces divisions linguistiques, par matières (Religions chrétienne et musulmane, Histoire, Philosophie, etc.), puis par formats (Folio, Quarto, Octavo)(122 : Dans une des copies de celui-ci (B.N. N.a.fr. 5402) les ms. persans occupent les p. 98-107; dans l'autre, mise à jour jusqu'en 1729 (N.a.fr. 5410), les p. 149-69.). Ces cotes Regius cintinuèrent ensuite à être attribuées aux nouvelles acquisitions jusque vers 1730, affectées d'un exposant. Dans le catalogue de Clément seuls le titre, l'auteur et le format sont indiqués, sommairement, grâce aux identifications faites, pour le persan, par le secrétaire-interprète F. Pétis (123 : Pétis de la Croix, Secrétaire-interprète du Roi, rédigea en effet un catalogue assez complet et détaillé des manuscrits persans et turcs de la Bibliothèque du Roi autour de 1680. Ainsi, tous les ms. cotés de 1472 à 1612 y étaient soigneusement décrits. Par ailleurs, les cotes Regius inscrites sur les volumes eux-mêmes sont souvent de sa main. Du catalogue de Pétis, deux copies autographes sont conservées à la B.N. (N.a.fr. 5405 et 5406). (Pl), puis par l'Abbé Eusèbe Renaudot (1648-1720) (Pl. IV, D), par Pétis, le fils, ou A. Galland. Les manuscrits de la Colbertine pour leur part portent les cotes numériques que leur avait données Étienne Baluze (1630-1718) dans son catalogue (124 : C'est l'Abbé de Targny qui porta de sa main sur les volumes les cotes Regius mises à côté des numéros de Baluze, lorsqu'il procéda au récollement des ms. transférés à la Bibliothèque du Roi.); ils ont en outre reçu des cotes Regius au moment de leur don et de leur intégration au fonds de la Bibliothèque du Roi.

Nous nous sommes efforcés, dans nos notices, d'indiquer les anciennes cotes des volumes, les plaçant, par convention, entre crochets pour les distinguer des marques et cotes antérieures à celles reçues chez Colbert ou chez le Roi.

Une meilleure connaissance de l'histoire de la littérature persane, la parution dans les dernières décennies de très nombreux catalogues de ms. persans conservés dans les bibliothèques d'Iran et du monde entier, d'une part, et les progrès accomplis dans la connaissance de la codicologie, nécessitant des descriptions plus développées des volumes, d'autre part, ont rendu nécessaire la préparation d'un nouveau catalogue des manuscrits persans de la Bibliothèque nationale qui soit mieux en mesure de répondre aux besoins des utilisateurs de ce fonds. De fait, après la parution du catalogue de 1739, il fallut attendre le travail d'Edmond Fagnan, attaché à la Bibliothèque de 1873 à 1884, pour qu'un nouveau catalogue soit rédigé, et achevé en 1880 (125 : Ce catalogue est coté Supplément persan 1626. Deux autres volumes, cotés 1627-8, concernent les ms. 1 à 1032 du Supplément. Pour cataloguer le Supplément, Fagnan avait pu tirer parti des notices établies par Joseph-Toussaint Reinaud, qui avait réorganisé ce fonds, puis par Michel Bréal et Hermann Zotenberg.). Donnant une description plus détaillée des volumes et de leur contenu que le catalogue de 1739, il resta malheureusement inédit et, pour l'essentiel, ce sont ses notices qu'a reprises et publiées Edgar Blochet (1870-1937) dans son Catalogue des manuscrits persans de la Bibliothèque nationale (4 volumes, Paris, 1905-1934). Dans ce dernier, toutefois, un nouveau classement par matières a été introduit et une nouvelle numérotation donnée, différente de la cote des volumes (126 : Voir la table de concordance que nous donnons à la fin de ce volume.).

La première partie de nos notices comprend la description du (ou des) texte(s) que renferme le ms., avec la mention du nom d'auteur, et, si nécessaire, des divisions de l'ouvrage et des caractéristiques de l'exemplaire. Nous avons indiqué, de la manière la plus brève possible, l'incipit et l'explicit de chaque texte. Pour ce faire, notre tâche s'est trouvée grandement facilitée par l'existence des répertoires de C. A. Storey(127 : Charles Ambrose Storey, Persian Literature, a Bio-bibliographical Survey [ouvrage désigné dans nos notices par le sigle S.]:

- Volume I, part 1, Quranic Literature, History, Londres, 1927-39.

- Volume I, part 1, Section II, fasc. 3, History of India, Londres 1939.

- Volume I, part 2, Biography. Additions and corrections. Indexes, Londres, 1953.

- Volume II, part 1, A, Mathematics. B, Weights and Measures. C, Astronomy and Astrology. D, Geography, Londres, 1958.

- Volume II, part 2, E, Medecine, Londres, 1971.

- Volume II, part 3, F, Encyclopaedias and Miscellanies. G, Arts and Crafts. H, Science. J, Occult Arts, Leiden, 1977.

- Volume III, part 1, A, Lexicography. B, Grammar. C, Prosody and Poetics, Leiden, 1984.

Par le sigle S B. nous désignons par ailleurs dans nos notices la traduction russe révisée et augmentée par Bregel (Yuri E. Bregel', Persidskaïa Literatura, Bio-bibliografičeskii Obzor, 3 vol., Moscou, 1972) de la première partie du volume I, sur la littérature coranique et l'histoire (Inde non comprise).) et d'A. Munzavī (128 : Désigné en abrégé dans nos notices par « Munzavī», avec l'indication du tome. Il s'agit de: Ahmad Munzavī, Fihrist-i nushahā-i h_attī-i fārsī, I-VI, Téhéran, 1348-[53]H./1969-74.), auxquels nous renvoyons constamment. De même faisons-nous autant que possible renvoi aux catalogues d'autres bibliothèques lorsque des copies du même texte s'y trouvent que ces répertoires ne mentionnent pas. Pour ce qui est des éditions du texte, nous avons le plus souvent dû nous contenter de mentions indicatives et renoncer à donner une bibliographie complète de chaque texte, que l'on peut souvent trouver ailleurs. Les véritables éditions critiques sont en effet, en général, rares.

Par ailleurs, il nous a semblé utile, pour chaque texte, de donner une liste des différentes copies que nous avons pu en trouver dans les fonds de la Bibliothèque nationale. En attendant la parution d'indices cumulatifs, le lecteur en pourra tirer profit.

Pour la translittération du persan, nous avons utilisé un système (cf. tableau ci-après) qui se rapproche le plus possible de celui que l'on utilise pour l'arabe. Au reste, chaque système présentant des imperfections, celui-ci n'échappe pas à la règle.

La partie codicologique de nos notices appelle plus de remarques. Tout d'abord, en l'absence de datation explicite ou implicite, la date que nous proposons pour la copie reste souvent sujette à révision, dans la mesure où elle peut reposer sur des rapprochements de styles d'écriture ou de décor, quand les études sur la paléographie et le décor sont encore très peu nombreuses. Pour désigner les écritures, nous avons eu recours à la classification traditionnellement admise. Celle-ci est très insuffisante. Ainsi le Nash_ī peut désigner un grand nombre de types d'écritures et il n'a parfois aucun trait commun avec le Nash_ classique. Moins sujet à variation, le Nasta̔līq pourrait certainement se diviser en plusieurs types, sans parler des variantes qui viennent du fait que l'on a devant soi l'œuvre d'un calligraphe, ou une écriture plus cursive, voire négligée. Nous avons pris le parti, fort arbitrairement, de qualifier les écritures de « persanes », d'« ottomanes » ou d'« indiennes », plus souvent en raison de l'origine géographique de la copie que de critères paléographiques réellement objectifs. Un tel classement ne peut être que le point de départ de classifications véritables, pour lesquelles la publication de fac-simile serait d'un grand secours. Nous donnons ici (Pl. VII-VIII) quatre exemples d'écritures de la fin du XIVe siècle pour la dénomination desquelles on ne dispose pas de terminologie adéquate.

Pour ce qui est des noms des copistes, nous avons tenté de procéder à des rapprochements de ms. copiés par les mêmes copistes, ne nous limitant pas aux seuls calligraphes, pour lesquels des répertoires existent déjà, tel celui constitué par Mahdī Bayānī (129 : Mahdī Bayānī, Ahvāl va ās_ār-i h_wušnivīsān..., I-III, Nastaʿlīq-navīsān, Téhéran, 1345-8H./1966-9; IV, [Nash_, S_ulus, Riqāʿ,...], bā namūnahā-ī az h_uṭuṭ-ī h_w [éd. par H. Mahbūbī Ardakānī], Téhéran, 1358H./1979.

Un résumé rapide, mais récent, des problèmes liés à l'étude des ms. persans est donné par O. F. Akimuškin, « Persidskaïa rukopisnaïa kniga » in Rukopisnaïa kniga v kulture Narodov Vostoka..., I, Moscou, 1987, p. 330, 406 et Pl. 38-48 (Akademia Nauk S.S.S.R., Otdelenie Istorii. Kultura Narodov Vostoka...).). Plusieurs fois, nous avons été en mesure d'identifier des copistes et il nous semble que devrait être envisagée un jour la constitution d'un répertoire exhaustif de copistes de ms. persans et que la datation et la localisation de la copie de bien des volumes en serait facilitée, d'autant que certains copistes peuvent être connus par ailleurs comme poètes, écrivains, etc. Il faudrait aussi, ce qui n'est pas toujours aisé, faire la part entre ms. copiés par des copistes de profession et ms. écrits par d'autres personnages, en général pour leur propre usage.

La description des caractères du décor fait l'objet d'une rubrique spéciale. Par convention, nous décrivons les éléments constitutifs des encadrements en partant de l'extérieur de la marge. Les décors enluminés sont décrits de la façon la plus complète possible. Les catalogues descriptifs sont encore trop peu nombreux en ce domaine, exception faite d'ouvrages comme celui de D. Duda (130 : Dorothea Duda, Islamische Handschriften, I. Persische Handschriften, Vienne, 1983 (Die Illuminierten Hss. und Inkunabeln der Österreichischen Nalionalbibliothek, 4).), pour que l'on puisse se référer à une typologie précise donnant un classement daté et localisé. Au reste, nous aimerions, dans l'avenir, pouvoir compléter notre catalogue par la publication de planches illustrant nos descriptions. Par ailleurs, nous avons conservé le terme de sarlawh et l'avons employé dans le sens où il est habituellement utilisé en Occident pour désigner un motif ornemental figurant au dessus du début d'un texte, même si certains préféreraient que l'on parle d'̔unwān pour désigner ce type de décor (131 : Tel est le parti qu'ont pris O. F. Akimuškin et A. A. Ivanov, « The Art of Illumination », in The Arts of the Book in Central Asia, 14th-16th Centuries, Londres-Paris, UNESCO, 1979, p. 35-57.). En l'occurrence nous avons préféré nous conformer à l'usage le plus communément reçu, d'autant que la terminologie persane, arabe ou turque est souvent insuffisamment clairement établie pour définir les décors.

Nous avons accordé une certaine place à la description des papiers utilisés (132 : Pour décrire les papiers européens filigranés, nous renvoyons en général aux grands répertoires de filigranes publiés à Amsterdam par les soins de la Paper Publications Society, en particulier à ceux de Charles-Moïse Briquet (Les filigranes. Dictionnaire historique des marques de papier dès leur apparition vers 1282 jusqu'en 1600 ..., I-IV, rééd. 1968), de Vladimir Mošin (Anchor Watermarks, 1973) et d'Edward Heawood (Watermarks mainly of the 17th and 18th Centuries, rééd. 1969).), et à la constitution des volumes. Il s'agit là en effet d'un domaine assez neuf et les remarques que l'on peut faire sont d'un grand secours pour dater les exemplaires, en localiser l'origine ou en analyser les lacunes. Pour définir les types de papiers orientaux toutefois, les critères dont on dispose jusqu'à présent sont encore trop peu nombreux pour fournir une classification satisfaisante. L'étude de la constitution des cahiers amènera dans l'avenir, nous n'en doutons pas, à des conclusions intéressantes sur la répartition du quaternion, du quinion et d'autres types de cahiers à travers le monde iranien. On remarque déjà l'abondance des quaternions en Iran et en Inde dès le XVIe siècle et celle du quinion dans le domaine ottoman à partir du même siècle, bien que l'on ait encore fait parfois usage du quaternion (influence iranienne?). Plus tôt, d'autres variations s'observent et certains centres semblent avoir été fidèles au quaternion (Širaz), d'autres au quinion ou à d'autres types.

Ayant un certain nombre de manuscrits à peintures à décrire, nous avons jugé nécessaire, après quelques brèves indications bibliographiques, de donner la liste des peintures, leurs dimensions et la description de la scène représentée. Par ailleurs, nous avons, autant que possible, signalé les ms. comportant des dessins, des figures géométriques ou des tableaux.

Il ne nous a malheureusement pas toujours été possible d'identifier complètement les ex-libris de nos ms. ou de déchiffrer les timbres des possesseurs ou mentions de prix. Certains rapprochements ont néanmoins été proposés, notamment avec des personnages ottomans connus. On peut ainsi espérer dans l'avenir tirer de ces humbles marques des renseignements utiles à l'historien et à l'historien des bibliothèques.

Pour décrire les reliures, enfin, nous avons eu, s'agissant des reliures orientales postérieures au XVe s., recours à la classification des décors proposée par F. Déroche(133 : F Déroche, Catalogue (...) Manuscrits du Coran (...), II, Paris, 1985, p. 14-26.) et il faut convenir qu'elle s'est avérée satisfaisante dans un grand nombre de cas. Malgré la présence d'une proportion assez importante de reliures européennes sur les volumes persans de l'Ancien fonds (134 : Les archives livrent quelques renseignements sur la date à laquelle plusieurs ms. reçurent leur reliure de plein maroquin rouge aux armes du Roi. On y voit ainsi qu'en 1739 on donna à relier au relieur Mercier les ms. Persan 32, 34, 35, 140, 165, 186 et (198?), puis que l'on confia à nouveau en 1744 au même relieur les ms. Persan 73, 75 et 79 A.), la date de la constitution de celui-ci a permis la conservation, dans l'état où elles se trouvaient au XVIIe ou au début du XVIIIe siècle, de nombre de reliures ottomanes, indiennes ou persanes.

Plusieurs indices complètent ce volume qui, nous l'espérons, pourra rendre service aux chercheurs, malgré des imperfections dons nous sommes conscient et que nous souhaitons moins nombreuses dans les volumes ultérieurs.

Avoir à remercier tous nos collègues du Cabinet des Manuscrits de la Bibliothèque nationale pour l'aide et les encouragements qu'ils nous ont prodigués à mainte reprise est pour nous un agréable devoir.

Table de translittération

  • ā = آ
  • b = ب
  • p = پ
  • t = ت
  • s_ = ث
  • g = ﺝ
  • č = ﭺ
  • ḥ = ﺡ
  • ẖ = ﺥ
  • d = د
  • ẓ = ﺫ
  • r = ﺭ
  • z = ز
  • ž = ژ
  • s = س
  • š = ش
  • ṣ = ﺹ
  • ẕ = ض
  • ṭ = ﻁ
  • z̤ = ﻅ
  • ῾ = ع
  • g = ﻍ
  • f = ف
  • q = ق
  • k = ک
  • g = گ
  • l = ل
  • m = م
  • n = ن
  • v, u, aw = و
  • h, ou a final = ه
  • y, ī, à = ی
  • groupe ẖw =http://archivesetmanuscrits/images/Persan/Persan-Intro.jpg
  • Voyelles brèves : a, i, u