Collection Rothschild

Présentation de la collection
Bibliothèque nationale de France. Département des manuscrits.

Présentation du contenu

Les volumes de la collection Rothschild ont été décrits dans le catalogue suivant : Catalogue des livres composant la bibliothèque de feu M. le Bon James de Rothschild [rédigé et publié par Emile Picot et Paul Lacombe, précédé d'une notice biographique intitulée : Le Bon James de Rothschild]. Paris : D. Morgand (E. Rahir), 1884-1920. 5 vol. in-8 °, fig., pl. en noir et en coul., portr..
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Biographie ou histoire

Le baron James de Rothschild, 1844-1881.Texte d'Émile Picot, Paris, 7 décembre 1884.
Trois ans se sont écoulés depuis que la mort a ravi James de Rothschild, et son souvenir est encore si vivant en nous, le vide que sa perte a laissé dans notre existence est encore si profond, que ce n'est pas sans une bien douloureuse émotion que nous prenons la plume pour retracer en quelques mots une vie si noblement remplie. Peut-être eussions-nous réussi à hâter la publication, depuis si longtemps attendue, de ce catalogue, si nous n'avions reculé de jour en jour devant l'accomplissement de cette pénible tâche.
Nathan-James-Édouard de Rothschild naquit à Paris le 28 octobre 1844. Il était fils du baron Nathaniel et de la baronne Charlotte de Rothschild. Il tenait de son père cet esprit droit et lucide, cette entente des affaires, cette mémoire prodigieuse qui ont fait l'étonnement de tous ceux qui l'ont connu. Quant à sa mère, qui occupe une place si distinguée dans la haute société parisienne, elle ne nous en voudra pas de dire qu'il lui devait par-dessus tout l'amour du beau.
De bonne heure le jeune James entra au lycée Bonaparte (aujourd'hui lycée Condorcet), et nul n'apporta plus de zèle ni de régularité dans ses études classiques. Ce fut sur les bancs du collège que nous eûmes la bonne fortune de nous lier avec lui. Nous pourrions dire le jour où commença cette liaison : ce fut au banquet de la Saint-Charlemagne de l'année 1859, et, depuis lors, elle n'a jamais cessé d'être intime ; elle n'a été rompue que par la mort !
James de Rothschild n'avait pas plus de douze ans qu'il commençait à se former une petite bibliothèque. Les livres étaient les seuls cadeaux qui lui fissent plaisir le jour des étrennes. A peine adolescent il se mit en relations avec M. Potier, le savant libraire dont la maison était le rendez-vous de tout ce que Paris comptait d'amateurs distingués. Ce n'étaient pas alors les productions du XVIIIe siècle, ni les ouvrages des romantiques que l'on recherchait avec passion ; la mode était aux classiques ; on s'intéressait même encore aux auteurs grecs et latins. James de Rothschild se familiarisa ainsi avec les livres sérieux, et, lorsqu'il se consacra plus spécialement à l'étude de nos vieux poètes et des grands écrivains du XVIIe siècle, il n'en conserva pas moins le respect des lettres anciennes.
En 1862, James de Rothschild quitta le lycée, laissant à ses maîtres et à ses camarades les plus excellents souvenirs. Il entra à l'école de droit, où beaucoup d'entre nous le suivirent. Après les cours, nous nous réunissions souvent chez lui, dans cet hôtel de la rue Taitbout qui disparut lors du percement de la rue La Fayette. Notre ami nous surprenait sans cesse par ses goûts simples et par son ardeur au travail. L'activité de son esprit lui permettait d'embrasser à la fois les recherches les plus diverses. Entraîné dans les conférences, alors en grande vogue parmi les jeunes gens, il s'y fit remarquer par le soin avec lequel il suivait toutes les questions qui y étaient discutées. Il publia en 1863 un Essai sur les Satires de Mathurin Règnier, dont il avait donné lecture à la Conférence du Rez-de-Chaussée. Cet essai, qu'il eût voulu plus tard refondre et développer, atteste déjà une véritable connaissance de notre ancienne poésie ; il est écrit de ce style clair et châtié que nous retrouvons dans tout ce qui est sorti de sa plume.
Bien qu'une partie de son temps fût consacrée à des lectures variées et, qu'il suivît avec une ponctualité exemplaire tous les cours de la faculté de droit, il voulut encore se familiariser avec la jurisprudence pratique. Il se fit clerc d'avoué, et fréquenta l'étude de Me de Brotonne. Ce ne fut pas là une fantaisie passagère. Il avait compris que la connaissance approfondie des lois et de la procédure lui serait d'un précieux secours dans le maniement des grandes affaires dont il était appelé à s'occuper un jour.
Après avoir passé dix mois de l'année dans un labeur assidu, il prenait généralement ses vacances en Italie, de préférence à Venise et, là, il visitait les musées et fouillait les boutiques des libraires. Il lui arriva plusieurs fois de sauver de la dispersion des collections précieuses. Ce fut ainsi qu'il conserva à l'Italie un millier de pièces, presque toutes italiennes, relatives à la bataille de Lépante. Cette réunion unique est aujourd'hui une des curiosités de la Bibliothèque Marcienne. Une autre fois, il se rendit acquéreur des archives de la famille Mocenigo ; il les offrit à la Bibliothèque de la Sorbonne.
Quand venait la fin des vacances, James reprenait ses études au jour dit. Le 9 août 1865, il fut reçu licencié en droit, et, le 14 novembre suivant, il prêta serment comme avocat stagiaire. Le 17 février 1866 il plaida pour la première fois à la cour d'assises, et, pendant trois ans il fut fréquemment appelé à prendre la parole devant les jurés. Mais les audiences criminelles n'étaient pas les seules qu'il suivît ; il plaida aussi diverses affaires devant la juridiction civile. L'étonnement de ses clients était grand quand ils se voyaient en présence d'un avocat qui ne réclamait pas d'honoraires et qui parfois ne les aidait pas moins de sa bourse que de ses conseils.
Entre les audiences, il assistait presque chaque semaine aux conférences des stagiaires ou à celles des attachés au parquet de la cour. Ce fut à l'une des réunions des attachés qu'il lut un mémoire intitulé : De la naturalisation en France, sous la loi du 3 Décembre 1849, et des modifications introduites par la loi du 29 Juin 1867. Ce mémoire fut imprimé au mois d'octobre 1867 dans la Revue pratique de droit français.
James de Rothschild se rappela toujours avec bonheur le temps qu'il avait passé au palais. Il avait conservé les plus cordiales relations, non seulement avec le jeune barreau, mais avec les avocats plus anciens, avec une foule de conseillers et de juges, qui avaient été unanimes à l'apprécier.
En dehors du palais, il ne négligeait aucune occasion de faire le bien. Choisi comme délégué cantonal pour le VIIIe arrondissement de Paris, il visitait les écoles, distribuait des encouragements aux maîtres et aux élèves ; il s'intéressait à la Société d'instruction élémentaire, à la Société protectrice de l'enfance, à la Société de patronage des jeunes détenus et à toutes les œuvres du même genre. Les établissements de bienfaisance israélites, dus pour la plupart à la munificence de sa famille, ne pouvaient le laisser indifférent ; il prodiguait à tous son argent et, chose plus rare, son temps et sa peine.
Une société à la fondation de laquelle James de Rothschild prit une part importante fut la Société de médecine légale, qui se constitua le 10 février 1868. Il fut nommé secrétaire des séances, tandis que la présidence était dévolue au Dr Alph. Devergie. Il exposa lui-même plusieurs affaires délicates, et ne cessa de prendre part aux travaux communs qu'après s'être convaincu que l'existence de la société était assurée et qu'elle pouvait se passer de son concours.
Au mois de février 1870, James de Rothschild perdit son père, le baron Nathaniel à qui l'unissait la plus tendre affection et qu'il avait toujours entouré des soins les plus touchants. Le premier usage qu'il fit de sa fortune fut d'honorer par une œuvre durable le souvenir de ce père bien-aimé.
En visitant les écoles israélites du Marais, il avait été frappé d'y voir un grand nombre d'enfants chétifs et débiles ; ce fut à ces enfants qu'il résolut de venir en aide. La ville de Paris avait récemment fondé à Berck-sur-Mer, sous le haut patronage de l'impératrice Eugénie, un hôpital destiné au traitement des jeunes scrofuleux par l'hydrothérapie maritime ; on y constatait déjà des cures merveilleuses ; il n'y avait qu'à suivre cet exemple, à créer dans des proportions réduites un établissement où les petits malades fussent reçus sans aucune de ces formalités administratives dont la lenteur pouvait compromettre leur guérison. Telle fut l'origine de l'hôpital Nathaniel de Rothschild.
Le commencement de l'année 1870 fut une époque laborieuse. James de Rothschild, qui jusque là n'avait pas voulu distraire une heure de ses études en s'occupant d'affaires financières, fut appelé à remplir dans le bureau de la rue Laffite l'importante place que la mort de son père y laissait vacante. Dès le premier jour ses aptitudes naturelles se révélèrent ; il devint pour ses oncles un précieux collaborateur. En même temps il fut nommé membre du comité de direction du chemin de fer du Nord, où ses talents d'administrateur, son horreur de la routine et sa sollicitude pour le personnel de la compagnie ne tardèrent pas à se montrer.
Quelques mois plus tard la guerre éclata entre la France et l'Allemagne. Le baron James, qui était né Anglais, mais qui, à sa majorité, avait réclamé la nationalité française, tint à remplir son devoir de citoyen. Il eût pu exciper de sa qualité de fils aîné de veuve et laisser à d'autres le soin de défendre la patrie ; il préféra s'enrôler dans un bataillon de marche et s'exposa volontairement à toutes les souffrances, à tous les dangers du siège de Paris. Sa noble conduite lui valut la médaille militaire, distinction dont il eût eu le droit d'être fier, mais dont il ne fit jamais parade. Nul ne se rappelle lui avoir entendu raconter ses campagnes ; par contre, ses camarades du régiment n'ont pas oublié les services qu'il leur rendit pendant ces longs mois où la famille Rothschild soulagea tant de misères.
A peine les portes de Paris furent-elles ouvertes que le baron James voulut avoir des nouvelles de son hôpital de Berck. Les travaux étaient fort avancés au moment de la déclaration de guerre, et les bâtiments, qui devaient recevoir des enfants, avaient donné asile à des soldats blessés ou convalescents. N'était-ce pas là une inauguration digne de cette belle œuvre ?
Le voyage de James dans le Nord fut marqué par un triste accident. Il se cassa la jambe dans la gare de Boulogne, et dut rester dans cette ville jusqu'à guérison complète ; mais, par une juste compensation, un événement heureux marqua sa convalescence. Il célébra ses fiançailles avec sa cousine, Mlle Thérèse de Rothschild, de Francfort-sur-Mein, que les qualités les plus charmantes rendaient digne de devenir sa compagne. Le mariage fut célébré à Francfort le 18 octobre 1871.
James de Rothschild avait de tout temps aimé la vie calme et tranquille ; aussi le mariage ne changea-t-il guère ses habitudes. Il partageait ses journées entre sa famille, ses affaires et ses livres. Il avait peu de penchant pour les voyages et ne quittait guère Paris que pour faire de rapides excursions à Francfort ou à Londres. Les séjours qu'il fit en Angleterre furent toujours profitables soit à sa bibliothèque, soit à ses études favorites. Il était bien connu, non seulement chez les libraires de Piccadilly et de Bond-Street, mais encore au Musée Britannique, où il venait travailler avec ardeur dès qu'il pouvait s'échapper de la Cité.
Les autres déplacements auxquels le baron James se prêtait volontiers, c'étaient ses excursions en Médoc, où il visitait régulièrement sa propriété de Mouton. Là aussi il marqua son empreinte par une œuvre utile : la fondation d'une école et d'un asile.
Sa bienfaisance intelligente rendit son nom populaire dans tout le Médoc ; aussi un groupe important d'électeurs lui offrit-il dans le département de la Gironde une candidature législative qui eût probablement rallié tous les suffrages ; mais il n'avait pas d'ambition politique. Il ne comprenait pas qu'un professeur pût quitter sa chaire, qu'un savant s'éloignât de ses livres ou de son laboratoire, pour se lancer dans les luttes le plus souvent stériles des partis. Il repoussa donc les ouvertures qui lui étaient faites, et le triste spectacle que nos assemblées parlementaires ont offert depuis quelques années ne nous fait pas regretter qu'il n'ait pas eu le désir d'y siéger.
Nous avons dit que James de Rothschild rêvait une existence tranquille et ne se déplaçait qu'à regret. Le seul véritable voyage qu'il fit dans les dernières années de sa vie fut le voyage de Russie. Il se mit en route au mois de janvier 1874, avec son oncle le baron Edmond de Rothschild. Son absence se prolongea pendant plus de six semaines. Le grand pays qu'il visitait et dont il put contempler les splendeurs lors des fêtes données à la cour au moment du mariage de la grande duchesse Marie Alexandrovna avec le duc d'Édimbourg, l'intéressait à plus d'un point de vue. Il était bien aise d'étudier chez eux ces peuples slaves qui lui paraissaient appelés à jouer un grand rôle dans le monde ; puis il se rappelait les relations que la Russie avait entretenues avec la France, surtout au XVIIIe siècle, et il était curieux de voir les collections réunies à l'Ermitage et dans les autres palais impériaux. Chaque jour il communiquait à sa femme ses impressions dans de charmantes lettres qui seront peut-être publiées un jour, et qui donneront une haute idée de son esprit et de son talent d'observateur.
Il avait espéré découvrir pendant son séjour en Russie quelques livres précieux apportés de France par les gentilshommes de la grande Catherine ; il eut à cet égard une déception : il ne trouva pas un seul volume digne de lui ; aussi se dédommagea-t-il, dès son retour à Paris, en se rendant acquéreur de la petite bibliothèque formée par M. Ernest Quentin-Bauchart.
En 1874 commença pour James de Rothschild la période de grande activité littéraire. Il s'occupait depuis longtemps d'une Bibliographie des poésies anonymes du XVe et du XVIe siècle ; il laissa provisoirement de côté ce travail, qu'il pensait avoir l'occasion de compléter dans le cours de ses recherches ultérieures, et profita de la connaissance qu'il avait acquise de notre ancienne littérature pour reprendre avec M. A. de Montaiglon le Recueil de Poésies françoises des XVe et XVIe siècles, resté inachevé depuis 1865. Les tomes X, XI, XII et XIII de cette précieuse collection, qui parurent de 1875 à 1878, sont presque entièrement de lui. Ils contiennent 95 pièces puisées en grande partie dans sa propre bibliothèque, et accompagnées de notices érudites. Sentant bien qu'un recueil semblable ne peut rendre de réels services que grâce à des tables complètes, il entreprit de dresser un index détaillé des neuf volumes antérieurement publiés et de ceux auxquels il attacha son nom. Cet index existe ; peut-être serait-il déjà imprimé si les vicissitudes subies par la Bibliothèque Elzévirienne et la mort de M. P. Daffis n'avaient entravé bien des projets. Il était d'ailleurs nécessaire de soumettre le travail à une révision qui aurait encore exigé de longues veilles.
A l'année 1874 appartient également la fondation de la Société des anciens Textes français, qui se constitua définitivement le 15 avril 1875. James de Rothschild devint l'âme de cette société, qu'il aida de toutes les manières. Non seulement il lui recruta de nombreux adhérents parmi ses amis et les membres de sa famille, mais il entreprit pour elle une vaste publication dont il fit généreusement les frais, le Mistére du viel Testament, qui ne doit pas compter moins de six forts volumes in-8. M. Gaston Paris, dans un discours prononcé par lui le 21 décembre 1881, à la séance annuelle de la société dont il était alors le président, a rendu un digne hommage à la mémoire de celui que nous venions de perdre, et nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ses paroles :
« Le baron James de Rothschild, mort à trente-six ans il y a quelques semaines, est, messieurs, le véritable fondateur de la Société des anciens Textes. C'est lui qui, en 1874, à Vichy, où j'avais eu l'honneur de faire sa connaissance, me dit un jour, après plusieurs entretiens où il m'avait surpris et charmé par l'étendue et la sûreté de ses connaissances autant que par la finesse de son esprit : « Pourquoi ne fonderiez-vous pas, vous, M. Paul Meyer et les autres savants qui s'intéressent au moyen-âge littéraire, une société des anciens Textes français, analogue à l'Early English Text Society ? » — « Nous y avons pensé plus d'une fois, lui répondis-je ; mais nous craignons un insuccès. Les affaires de ce genre ont un côté temporel qui nous est étranger et qui nous effraie. » Sa proposition me fit cependant réfléchir, et le lendemain je lui dis en l'abordant : « Eh bien ! la société dont vous me parliez hier, nous la fonderons si nous pouvons la présenter comme ayant pour trésorier le baron James de Rothschild. » — « J'y consens de grand cœur », dit-il aussitôt, et la société existait l'année suivante.
« Vous savez quel intérêt il a toujours porté à vos travaux, et quel précieux concours il nous a donné et valu. Qu'il fût un trésorier hors ligne, c'est ce qu'on pouvait attendre ; qu'il fût en même temps un donateur libéral, on n'en était pas non plus étonné ; mais ce qui surprit fort ceux qui ne le connaissaient que de nom, ce fut de trouver en lui un excellent éditeur de textes. Je ne parlerai pas ici des ouvrages qu'il a publiés ou commencés ailleurs, et qui auraient justement fondé la réputation d'un littérateur sérieux ; mais le Mistére du viel Testament, dont il a pu nous donner deux volumes, et dont la suite, grâce à la générosité de Mme la baronne James de Rothschild et à l'active amitié de M. Émile Picot, ne nous fera pas défaut, est une publication hors ligne. Pour les soins à donner au texte, le baron James étonnait parfois les éditeurs les plus diligents par la rigueur de sa méthode et la minutieuse exactitude de son travail ; pour le commentaire, il a montré une information que peu de savants auraient possédée au même degré. Vrai Français de cœur, et s'intéressant à la France de toutes les époques, surtout de celle qui termine le moyen-âge et ouvre les temps modernes, fidèle en même temps à la race dont son nom est une des gloires, il trouvait un attrait particulier à publier et à illustrer cette grande œuvre, où se reflète la manière dont les Français d'autrefois ont compris l'histoire d'Israël. Il y avait du reste conçu bien d'autres projets pour la société. Elle perd avec lui tout ce qu'elle pouvait en espérer, tout ce qu'elle s'en promettait légitimement pour une longue suite d'années. »
Bien que James de Rothschild eût spécialement porté ses investigations sur le XVe et le XVIe siècle, il ne négligeait pas l'étude des auteurs classiques du XVIIe siècle, dont il s'efforçait de réunir les ouvrages. Ce fut lui qui nous encouragea à publier la Bibliographie Cornélienne, et ce livre ne put être improvisé en aussi peu de temps que grâce à son active collaboration. Il eut aussi l'occasion de lire les gazettes rimées du temps de Louis XIV, et d'apprécier les renseignements qu'il était possible d'en tirer pour l'histoire littéraire. Il s'attacha dès lors à recueillir toutes les notes imprimées ou manuscrites de Loret et de ses continuateurs qu'il put rencontrer chez les particuliers. MM. Ravenel et Pelouze avaient commencé une réimpression de la Muze historique dont le tome Ier seul avait paru ; le baron James décida M. Daffis à se rendre acquéreur de l'édition et à charger M. Livet de l'achever. De son côté, il se donnait une tâche plus aride encore : il poursuivait dans toutes les bibliothèques publiques ou privées les gazettes publiées par les continuateurs de Loret. Il les fit copier, les classa et en constitua une série s'étendant de 1665 à 1689. Il ne se proposait pas de les imprimer avant d'avoir terminé les divers ouvrages qu'il avait entrepris ; mais, cédant aux instances de son ami M. Ludovic Halévy, il en mit sous presse le premier volume. Ce fut la dernière publication dont il put lui-même s'occuper.
Bien d'autres projets occupaient pourtant le baron James. Il se proposait d'achever l'édition des œuvres de Gringore, commencée en 1858 par MM. d'Héricault et de Montaiglon ; son nom figure même sur le titre du second volume, publié en 1877, bien qu'il n'y eût pas travaillé ; sa collaboration devait commencer avec le tome III, et déjà il avait transcrit tous les poèmes du célèbre héraut d'armes qui devaient être réimprimés. Les chansonniers l'intéressaient également. Il en avait copié ou fait copier un grand nombre, qu'il devait annoter lui-même ou qui devaient paraître sous sa direction. Les Noelz de Jehan Chaperon, publiés par nous en 1879, étaient le premier volume d'une collection d'anciens chansonniers qui ne sera peut-être pas reprise.
Outre le Viel Testament bien d'autres mystères avaient attiré l'attention de James de Rothschild. Non content d'avoir réuni tous les ouvrages modernes consacrés à notre ancien théâtre, il fit copier les plus importants manuscrits conservés dans nos bibliothèques publiques. Il transcrivit lui-même le Mistère de sainct Pierre et sainct Paul, puis la Vie de saint Christofle composée par maître Anthoine Chevalet. Épris de ce dernier ouvrage qui renferme des parties si vivantes et si curieuses, il se proposait de le réimprimer en y joignant l'ancien Mistère de sainct Christofle déjà reproduit en 1833 par la société des Bibliophiles français.
Ces copies et bien d'autres encore, il les faisait de sa main ; c'était, disait-il, le meilleur moyen de lire, et, en effet, grâce à sa mémoire, il se rappelait les moindres détails d'un texte qu'il avait une fois transcrit.
En voyant ces énormes cahiers copiés par lui, on se demande comment James de Rothschild, absorbé par les affaires financières et par l'administration d'un chemin de fer, si occupé de ses livres et des mille soins matériels qu'entraîne la formation d'une grande bibliothèque, recevant tant de lettres auxquelles il était obligé de répondre, a pu suffire à de si nombreux travaux. C'est qu'il avait un ordre et une méthode inflexibles. Quand il avait entrepris un ouvrage quelconque, il n'eût voulu pour rien au monde laisser passer un seul jour sans y consacrer au moins quelques instants. S'il copiait un mystère, il ne se serait jamais couché sans avoir transcrit ne fût-ce que vingt ou trente vers, pour « sauver le principe ». Il avait sans doute relu bien des fois l'épître dans laquelle le vieux Jehan Bouchet insiste sur les résultats inattendus que peuvent produire quelques heures d'un labeur quotidien.
Nous ne mentionnerons plus qu'un seul projet de publication formé par James de Rothschild, celle des papiers de Rasse des Nœux, le médecin de Charles IX. Ces papiers, bien connus de ceux qui étudient l'histoire du protestantisme et celle des guerres de religion, contiennent une multitude de pièces satiriques, d'épigrammes, de chansons, etc., qui peuvent servir d'introduction au recueil de Pierre de L'Estoille. La copie de ce vaste répertoire est entièrement terminée, quant à l'impression, il ne fallait y songer que plus tard.
Nous arrivons à la dernière fondation du baron James, à la Société des études juives, qu'il organisa sur le modèle de la Société des anciens Textes, et dont il fut élu président. Dès la séance constitutive du 10 novembre 1879, il montra la largeur de ses vues en faisant écarter des travaux qu'il proposait d'encourager toute œuvre de polémique ou même de simple édification. La société ne devait avoir d'autre but qu'un but scientifique ; les orientalistes de profession, aussi bien que ceux qui se livrent à des recherches historiques, pourraient en faire partie au même titre que les Israélistes eux-mêmes. Ces principes libéraux ont été féconds en résultats. La Revue des études juives a pris rang, dès ses débuts, parmi les publications les plus sérieuses et les plus estimables. Nul doute qu'elle ne contribue puissamment à développer chez nous le goût d'études trop longtemps négligées.
Tant de travaux divers avaient causé chez James de Rothschild une grande fatigue. Sa santé, dont il avait peu de soin, inquiétait souvent ses amis, qui eussent voulu lui voir prendre quelque repos ; ils étaient pourtant loin de supposer que le mal fût déjà si grave. Pendant l'été de 1881, le baron éprouva plus d'une fois des accidents congestifs d'une nature inquiétante ; à l'entrée de l'automne, ces accidents devinrent plus fréquents, et il fut emporté subitement le 25 octobre 1881 : il allait avoir trente sept ans !
Nous n'essaierons pas de peindre le deuil dans lequel ce coup inattendu jeta non-seulement sa famille et ses amis, mais tous ceux dont il avait été le bienfaiteur. On en eut la preuve dans le long défilé d'hommes de toute condition qui suivirent le convoi funèbre. Ses obsèques n'eurent pas d'autre pompe. Conformément à un désir souvent exprimé, aucun discours ne fut prononcé. Il avait voulu être simple jusqu'au bout.
Nous avons retracé les principaux événements de la vie de James de Rothschild ; mais nous n'en n'avons pas assez dit pour faire apprécier les excellentes qualités de son cœur. Le nombre de ceux qu'il obligea, soit parmi ses anciens camarades, soit parmi le personnel du chemin de fer du Nord, soit dans le monde des inconnus, est vraiment incalculable. Il n'aimait pas à donner d'une manière banale ; quand il s'intéressait à une infortune, il suivait ses protégés jusqu'à ce qu'il les eût vus hors du besoin. Sa munificence s'étendait particulièrement sur les libraires, les encolleurs, les relieurs : on eût dit qu'il leur était reconnaissant des jouissances que les livres lui procuraient. Nous ne dévoilerons pas ici les secrets de sa générosité ; aussi bien n'aimait-il pas à les divulguer. Nous-même, qui pendant des années avons eu avec lui un commerce de chaque jour, nous découvrons souvent des bien-faits qu'il nous avait cachés avec soin. Outre ce qu'il donnait lui-même, plusieurs de ses amis, ses anciens maîtres pour la plupart, étaient les distributeurs attitrés de ses aumônes. Le baron James suivait ainsi les traditions de sa famille, qui s'est toujours montrée aussi désireuse de faire le bien que de dissimuler la main qui donne. Son frère, le baron Arthur, qui coopéra toujours à ses bonnes œuvres, ne nous permettrait sans doute pas de dire quelle part il y a prise.
Nous voudrions avoir la compétence nécessaire pour rappeler les services rendus par James de Rothschild à la maison de banque dont il était l'associé ; tout ce que nous pouvons dire, c'est que la justesse de ses vues et son extrême prudence y furent constamment appréciées. Ainsi qu'il l'avait pensé, ses connaissances juridiques lui furent de la plus grande utilité et lui valurent des missions de la plus haute importance.
Nous avons plutôt à parler ici du bibliophile et, sur ce terrain, nous nous sentons plus à l'aise. Nous ne craignons pas d'affirmer qu'il n'y eut pas dans ce siècle un amateur plus délicat que le baron James. Sa collection, commencée vers 1856, ne prit un développement considérable qu'à partir de 1863. Il acheta lui-même, à la vente Double, les Libri de re rustica, aux armes de J.-A. de Thou, et l'exemplaire des Œuvres et Meslanges poétiques d'Estienne Jodelle qu'on croit avoir appartenu à la reine Marguerite de Valois. En 1864, à la vente d'Auteuil, il se fit adjuger un superbe exemplaire de l'Atalanta fugiens, de Michel Maier, relié en mosaïque pour Girardot de Préfond. Ce précieux volume fut le premier article d'une série unique de ces riches reliures exécutées pour les plus illustres bibliophiles du XVIIIe siècle. Dès lors, il n'y eut pas une vente marquante à laquelle il n'enlevât quelques morceaux importants. Il nous suffira de rappeler les ventes de Techener (1865), du prince Radziwill (1866), de Yemeniz (1867), de J.-Ch. Brunet (1868), du baron J. Pichon (1869), de M. L. Potier (1871-1872), de MM. Bordes, Perkins et Tufton (1873), de M. W. Tite (1874), de MM. Capron et Benzon (1875), de M. Lebeuf de Montgermont (1876), de M. R.-S. Turner (1878), de M. A.-F. Didot (1878, 1879 et 1881), du docteur Desbarreaux-Bernard (1879), du comte 0. de Béhague (1880), du marquis de Ganay (1881), etc. Dans ces ventes, le baron James se contentait d'un petit nombre d'articles ; mais il excellait à choisir, et c'est la surtout qu'il montrait la sûreté de son goût.
D'ailleurs, il n'était pas de ces bibliophiles qui dépensent de grosses sommes d'argent dans les enchères publiques, soit parce que la galerie les contemple, soit parce qu'ils espèrent ainsi retrouver plus facilement, en cas de revente, le prix qu'ils auront payé, et qui ne se décident qu'avec peine à faire une transaction amiable ; il estimait au contraire que le vrai plaisir de l'amateur, c'est d'aller soi-même à la découverte. Les volumes les plus précieux peut-être de sa bibliothèque, il les avait acquis dans ses visites journalières à M. Potier, à M. Porquet, aux frères Tross, à MM. Morgand et Fatout. Ajoutons que ses trésors bibliographiques reçurent un accroissement notable à la mort de son grand'père, le baron de Rothschild, qui lui légua une collection unique de livres d'heures, de classiques et de dessins originaux, acquis pour la plupart aux ventes de Renouard et de La Bédoyère. La baronne douairière compléta cette dernière série en faisant acheter pour son petit fils les dessins exécutés par Boucher pour les œuvres de Molière, suite admirable qui était la perle du cabinet formé par M. le baron Pichon.
Pendant dix ans, James de Rothschild exerça sur le marché des livres une sorte de suprématie. Il y avait des amateurs plus anciens que lui et dont les collections étaient encore plus importantes que la sienne ; il n'y en avait pas de plus appliqué ni de plus soigneux. Sa mémoire lui permettait de reconnaître à des années d'intervalle les exemplaires qui lui étaient soumis ; il possédait un véritable flair pour découvrir les restaurations ou les défauts que nul parfois n'avait remarqués avant lui, et, comme il croyait avoir le temps de compléter sa bibliothèque, il ne voulut jamais fixer son choix que sur des volumes irréprochables. Il se priva souvent de tel ou tel ouvrage qui l'aurait intéressé, parce qu'il n'en trouvait pas un bel exemplaire et qu'il ne voulait pas faire baisser le niveau de sa collection en y introduisant des choses médiocres.
Chaque jour, un peu après trois heures, le baron James quittait la rue Laffitte et se dirigeait vers le passage des Panoramas. Il venait s'asseoir dans la librairie de MM. Morgand et Fatout, où sa place était marquée, et où de nombreux amateurs faisaient cercle autour de lui, désireux d'entendre ses appréciations et de profiter de ses conseils. C'est là qu'on pouvait le mieux juger et de son érudition et de son esprit. Il n'avait pas, comme causeur, la timidité qu'il avait dû surmonter comme orateur ; il trouvait sans cesse des mots heureux, qu'il lançait avec un fin sourire ; mais s'il connaissait la malice, il ignorait la méchanceté.
A quatre heures et demie, il regagnait son bureau ; puis, après avoir expédié sa correspondance, il faisait une nouvelle séance chez M. Rouquette, dans le passage Choiseul. Il y retrouvait, à quelques exceptions près, les mêmes bibliophiles, auxquels venaient s'ajouter ceux qui ont voué un culte particulier aux romans et aux ouvrages illustrés du XIXe siècle. Il avait bien quelques épigrammes contre ces amateurs d'un genre nouveau ; il tint un jour à leur montrer que, s'ils avaient révélé au monde l'importance des couvertures imprimées qui recouvrent les éditions originales des romantiques, ils n'avaient pourtant pas encore poussé la minutie à ses dernières limites : ils avaient, en effet, négligé de conserver à la postérité les inscriptions placées sur le dos des livres. Il venait d'acheter un exemplaire de la première édition des Chansons de Béranger, dans sa brochure primitive, en vilain papier jaune ; ne voulant pas dépouiller le volume d'un aussi précieux habit, ni soustraire aux regards l'étiquette en papier blanc qui portait le titre, il fit faire en maroquin un élégant étui dans lequel il enchâssa le livre broché. Nous ne savons si la raillerie fut remarquée ; après tout, les amateurs de littérature moderne pouvaient s'en consoler en pensant que la baron James collectionnait, lui aussi, les œuvres des romantiques.
Dans ces conversations intimes, James de Rothschild avait sur les bibliophiles une influence incontestée et l'on peut dire que beaucoup ne le devinrent qu'à cause de lui. Les uns achetaient des livres parce qu'il le leur avait conseillé ; d'autres pour faire comme lui ; d'autres, peut-être, avec la secrète pensée de les lui revendre. Les livres une fois achetés, il fallait s'occuper de la reliure, et c'est alors qu'on le consultait de toute part. Il avait acquis sur l'art du relieur aux différentes époques les connaissances les plus sûres. Après avoir réuni de brillants spécimens de l'art ancien, il ne contribua pas peu au perfectionnement de l'art moderne. Ce fut lui qui mit en relief les rares qualités de M. Trautz. Cet excellent homme, victime d'une modestie excessive, était presque à la fin de sa carrière quand le baron James réussit à le faire ranger parmi les maîtres. Il publia dans le Bulletin de la librairie Morgand et Fatout, au mois de mai 1876, une notice dans laquelle il justifiait sa prédilection pour M. Trautz et décrivait en détail toutes les opérations par lesquelles un volume doit passer avant de prendre place sur les rayons d'un collectionneur délicat. Ce fut pour lui que le grand relieur exécuta ses œuvres les plus importantes, ses dentelles les plus riches et ses mosaïques les plus étincelantes. L'amateur était difficile, et l'artiste tâchait de se surpasser pour le satisfaire.
Après la mort de M. Trautz, le baron James sauva de la dispersion les dessins et les fers réunis dans l'atelier de la rue du Four, et veilla à ce que les traditions s'y maintinssent.
James de Rothschild devait ses succès de bibliophile moins à sa fortune qu'à la sûreté de son goût, et ce goût le guidait en toute chose. Ce ne sont pas seulement les livres de sa bibliothèque qui brillent par une qualité sans laquelle les autres ne sont rien, les objets d'arts acquis par lui, depuis le grand meuble en tapisserie du duc de Parme jusqu'au buste de Melle Dotinville par J.-J. Caffieri, peuvent être cités comme des objets exquis. Au sein d'une famille qui compte tant d'amateurs passionnés et de fins connaisseurs, aucune voix n'était plus écoutée que la sienne ; jamais une acquisition faite d'après ses conseils n'a causé de regrets.
Le baron James se montrait particulièrement sévère pour certains architectes contemporains qui font la leçon à Michel-Ange et s'enorgueillissent de rompre avec les traditions glorieuses des siècles passés. En voyant ces pauvretés qui coûtent des millions, il se prenait à regretter que l'amour des livres ne fût pas plus répandu ; il eût volontiers invité tel ou tel artiste en vogue à feuilleter avec lui les œuvres de Du Cerceau, de Bérain, de Meissonnier et de Delafosse. Quand le pic du démolisseur faisait tomber quelqu'une des merveilles de l'ancien Paris, il s'efforçait de sauver du naufrage les épaves les plus précieuses. C'est ainsi qu'il se rendit acquéreur des admirables boiseries exécutées pour la bibliothèque du roi sur les dessins de Robert de Cotte, lorsque M. Labrouste, les jugeant sans doute indignes de figurer dans un édifice construit sur ses plans, les fit vendre avec les matériaux de rebut. Il préserva de même de la destruction le joli fronton et la principale cheminée de l'hôtel Choiseul. Il avait surtout la passion des boiseries, et l'on en verra de superbes, tant dans son hôtel de l'avenue de Friedland que dans le château qu'il a fait construire près de Chantilly.
Tel fut James de Rothschild : à ceux qui l'ont connu de dire si nous exagérons son mérite ou si nous ne restons pas plutôt au-dessous. Jamais plus bel exemple ne fut donné, jamais homme ne trouva moyen en si peu d'années de se vouer à plus d'œuvres utiles. Ces œuvres heureusement ne périront pas avec lui ; grâce à l'inépuisable générosité de sa famille, elles ont, au contraire, reçu, en souvenir de lui, un nouveau développement. Malgré une santé délicate, la baronne James veille avec une piété touchante à l'exécution des volontés ou des désirs de son mari. Pendant ses séjours à Berck, elle prodigue à ses petits malades des soins maternels. Les résultats médicaux obtenus à l'hôpital Nathaniel de Rothschild sont supérieurs à ceux qu'on peut observer dans les autres établissements du même genre. On n'en sera pas surpris si l'on songe que les enfants y sont admis dès que la nécessité du traitement par l'air marin a été constaté. Ils n'ont pas à subir cette longue attente pendant laquelle le mal s'aggrave au point de devenir quelquefois incurable.
Quant à l'héritage littéraire de James de Rothschild, il a été remis entre nos mains. C'est à nous qu'incombe la lourde tâche de terminer les vastes publications qu'il avait entreprises et qui auraient suffi à remplir une vie entière. Nous nous sommes consacré de tout notre cœur et de toutes nos forces à l'accomplissement de ce devoir. Nous avons déjà publié les tomes III et IV du Viel Testament et le tome II des Continuateur de Loret ; nous donnons aujourd'hui le tome I du Catalogue des livres rares et précieux réunis par le baron James. Ce travail, auquel nous avons été associé, mais auquel il a eu la part principale, ne porte que sur les articles choisis. Il n'y est fait aucune mention, ni d'une bibliothèque moderne composée de plus de vingt mille volumes, ni d'une collection de pièces historiques relatives au règne de Louis XIII, collection acquise à la mort de M. Pécard, et considérablement augmentée depuis.
Bien que toutes les divisions contiennent des livres importants, on verra que James de Rothschild avait surtout concentré ses recherches sur les productions de nos anciens poètes et sur la littérature française en général.
En dressant l'inventaire de ses richesses, il a tenu à consigner une foule d'observations que lui suggérait son expérience d'amateur, et qui seront sans nul doute utiles aux bibliographes de l'avenir. Au lieu de publier une simple nomenclature des livres qu'il avait groupés sur ses tablettes, il s'est proposé de faire une œuvre scientifique. Il a voulu que tous ses volumes fussent décrits avec une précision rigoureuse ; il a supprimé toutes les attributions douteuses ou contestables. Il lui aurait été facile de se conformer à l'usage et d'attribuer toutes ses reliures anciennes aux Du Seuil, aux Padeloup et aux Derome ; il a cru préférable de s'abstenir de toute attribution quand les livres ne portent pas de signature. Il a de même supprimé ces épithètes, chères aux faiseurs de catalogues, de « bel exemplaire », de « rare » et de « précieux ». Ceux qui ont pénétré dans les deux cabinets de l'avenue de Friedland seront probablement d'avis que ces qualificatifs eussent été superflus. Ils ont été remplacés par des notices littéraires qui ne paraîtront peut-être pas sans intérêt, si l'on en juge par la peine qu'elles ont coûté. De nombreux fac-simile, obtenus à l'aide de la photographie, permettent de se faire une idée précise des impressions les plus rares, surtout de celles qui ne portent pas le nom du typographe qui les a exécutées. Elles devront servir à fixer l'origine de plus d'un volume curieux.
Le catalogue était déjà en grande partie rédigé lorsque la mort a frappé James de Rothschild. Il voulait qu'il fût entièrement composé en placards avant de commencer la révision des épreuves. Cette manière de procéder devait permettre d'y intercaler toutes les acquisitions faites au cours de l'impression ; la correction et la mise en pages eussent pu s'opérer ensuite rapidement, et l'ouvrage eût été presque complet. Les événements ont modifié le plan primitif. Nous n'avons pas cru devoir attendre que la rédaction et la composition du tome second fussent achevées pour donner au public le tome premier. La bibliothèque du baron James reste ce qu'elle était, en attendant que son fils soit en âge de la continuer ; il n'y avait donc pas à s'inquiéter des additions. Par contre, nous nous sommes astreint à revoir toutes les descriptions sur les originaux et à contrôler rigoureusement toutes les notices.
Nous avons apporté tous nos soins à cette tâche, et, si nous avons échoué, si l'ouvrage auquel James de Rothschild attachait le plus d'importance, n'est pas ce qu'il avait rêvé, qu'on ne s'en prenne qu'à notre incapacité de mieux faire ; qu'on ne nous accuse pas d'ingratitude ni d'indifférence envers sa mémoire.